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Le sourire aux lèvres, la tête pleine de rêves, il s’en alla à l’aventure.

Jael fredonnait les paroles de cette chanson stupide sans vraiment y croire, la mélodie était entrainante et l’aidait à passer le temps.

Plusieurs heures étaient passées depuis qu’il avait quitté Vern, ses bottes résonnaient d’un cliquetis régulier sur le sentier, son paquetage sur le dos, les yeux rivés sur son objectif du jour, il devait atteindre les premières ruines avant la tombée de la nuit.

Ce n'était plus très loin, les ruines qu’on appelait Kador, les plus proches de Narv sur le chemin qu’il doit traverser. Ce chemin qui n’était pas direct vers sa destination, il avait dû le réfléchir afin de ne jamais passer une nuit dans la nature, c’était plus sage comme ça, même si ça rallongeait son voyage d’un jour ou deux. Car l'arrivée de la nuit amenait son lot de problèmes : les monstres devenaient plus actifs, la visibilité réduite et le froid glacial.

Chaque problème avait une solution, et à ce stade il n’était pas inquiet, il avait souvent dû dormir dans les ruines de Kador et il savait quoi faire.

— Pour l’instant rien ne change de ce que je fais d’habitude, pensa Jael.

Il accéléra le pas pour arriver plus vite à Kador, il n'aimait pas traîner sur le sentier, cette sensation d’exposition et de vulnérabilité ne lui convenait pas, même les quelques restes de bâtiments éparpillés sur les deux côtés du sentier métallique ne faisaient rien pour réduire cette peur.

La ruine apparaissait au loin, ces bâtiments effectuant une danse des ombres aux lumières mourantes de la journée. Jael pressa encore le pas.

Il était presque arrivé lorsqu’un son fugace le fit sursauter, un son inhabituel, une sorte de grognement lointain. Jael s’arrêta net, ce n’était pas bon signe.

Passant à un pas léger, il s’approcha furtivement de l’entrée des ruines. Cette entrée était symbolisée par un étrange monolithe d’environ deux mètres de hauteur, identique à celui à l’entrée de Narv, et de toutes les ruines qu’il avait déjà visitées.

Il choisit de s'éloigner pour ne pas être dans la lumière émanant du monolithe, choisissant de se terrer dans l’ombre d’un bâtiment voisin. Il scruta l'endroit où il pensait être l’origine des sons.

Jael ne voyait rien, et les sons s’étaient tus. Il commençait à penser que c’était le fruit de son imagination, quand le son reprit, plus fort et plus proche, ça provenait de derrière lui.

Jael se retourna aussi vite qu’il put, mais avant qu'il ait pu se retourner complètement, un puissant coup vint le frapper violemment et le balancer contre un mur à moitié effondré.

Le choc était violent, il sentit une douleur criante dans tout son corps, sa conscience commença à sombrer.

Il fallait qu’il résiste, tomber inconscient signerait son arrêt de mort. Alors il ouvrit les yeux avec difficulté, une ombre menaçante s’approchait.

Il attrapa le premier objet à portée de main — un éclat de métal — et le lança. L’arme improvisée rata sa cible, mais l’ombre hésita une seconde de plus, juste assez pour que Jael roule sur le côté.

Rapidement, il ouvrit son sac de voyage et commença à chercher frénétiquement, jusqu’à ce que sa main tombe sur l’objet qu’il cherchait.

À cet instant, l’ombre imposante sauta au-dessus du mur, pile à l’endroit où Jael s'était réfugié.

Sans hésiter, il brandit son poignard et l’enfonça dans le ventre de son agresseur.

La bête, un loup noir aux yeux rouges qui brillaient dans la quasi-obscurité environnante, s'effondra avec un hurlement strident, un liquide chaud et visqueux s’abattit directement sur la tête de Jael.

chancelant, le loup lança un autre hurlement, Jael, sentant que c’était maintenant ou jamais, rassembla ses forces restantes et se lança, poignard en avant, vers la bête.

Le loup ne resta pas immobile, il se lança à son tour à la rencontre de l’humain, les deux se rencontrèrent juste au pied du monolithe.

Le loup fut le premier à frapper, mais son coup de mâchoire rata le cou de Jael d’un cheveu. Ce dernier en profita pour asséner deux coups supplémentaires dans le ventre du loup, juste à côté du coup initial.

La bête lança un hurlement qui déchira les tympans de Jael, et s’effondra de tout son poids sur Jael.

Jael pouvait à peine respirer, il essaya de pousser la dépouille du loup pour se dégager, mais juste à ce moment, une autre douleur lui déchira le cerveau cette fois.

[Message système]

Mise à jour de la synchronisation en cours

Ensuite ce fut le blackout total.

***

Jael bougea difficilement, la lumière du jour lui frappait le visage et lui rendait peu à peu sa chaleur.

Il essaya de bouger, mais tout son corps était endolori, ses muscles criaient, sa respiration était difficile, il ouvrit les yeux doucement, la luminosité était maximale, il était resté inconscient pendant toute la nuit et une partie de la journée suivante.

se rappelant des événements de la veille, il tourna lentement la tête, pour retrouver la dépouille du Loup étendue à deux pas de son visage, il tourna encore la tête.

— J’ai eu chaud, soupira-t-il.

Puis il essaya d’organiser ces idées.

Un loup noir à Kador, je suis littéralement venu ici des dizaines de fois, à part de rares rencontres avec des araignées, il n’y a jamais rien eu d’autre.

En fait, c’était la première fois qu’il rencontrait une autre bête que des araignées, n’ayant jamais eu besoin de s’aventurer très loin de Narv.

Toujours allongé, il se retourna encore une fois pour examiner le corps du loup, il était trois fois plus grand qu’une araignée, la couleur noire venait des poils sur son dos et ses membres, le ventre lui était d'un gris léger.

Il se remémorait ses conversations avec les autres charognards à la taverne de Narv, la carapace métallique couvrait la quasi-totalité du corps des loups noirs, rendant difficile de les blesser, seul le ventre était complètement organique.

J'ai eu vraiment chaud que mon premier coup l’ait atteint dans le ventre.

Il continua son examen silencieux du corps inerte à côté, tout en essayant de bouger ses membres endoloris.

Finalement, il put se relever, avec difficulté, il posa la main sur le monolithe – témoin silencieux de sa lutte de la veille – pour se redresser.

La main sur le monolithe, il ressentit une légère chaleur l'irradier.

Merci mon vieux, c’est probablement grâce à ta chaleur que j’ai pu passer la nuit.

Tout à coup, il eut un flash, se remémorant le message système qu’il avait eu juste avant de s’évanouir. Il s’empressa de le vérifier, concentrant son esprit pour ouvrir la fenêtre de statut système.

La douleur mentale fugace, la douleur à travers les yeux, la rétine qui brûle, signes distinctifs de la manifestation du système.

ID : 350543AF

Niveau : 0

synchronisation : 51 %

Classe : aucune

Attributs : aucun.

Log système [AM8BN2RXW…]

Ses yeux s’écarquillèrent, Jael a à peine le temps de lire le message système avant que celui-ci ne s’évanouisse, mais il avait eu le temps de bien retenir l’information.

synchronisation : 51 %

Il avait gagné vingt pour cent de synchronisation d’un seul coup, il avait dû tuer une bonne douzaine d'araignées pour en arriver à trente et un, et là, un seul Loup lui octroie vingt de plus.

Il savait que la première expérience avec un monstre était toujours celle qui donnait le plus d’expérience, mais cela ne réduisait pas son enthousiasme.

— Pour avoir failli me tuer, ça me semble un bon prix, se dit-il en tapotant joyeusement sur la tête de la bête.

Son moral commençait à remonter. Mais là, il avait des problèmes plus pressants à régler, il avait toujours mal, il tenait debout à peine et il avait faim ; il fallait remédier à tout ça.

Il avança doucement, veillant à chaque pas à bien prendre ses appuis, vers le mur où il avait laissé son sac de voyage.

Après quelques instants qui lui parurent comme une éternité, Jael atteignit son sac, le prit puis passa de l’autre côté du mur.

Au moins de ce côté, je suis caché.

Il sortit son réchaud de fortune et commença à réchauffer une ration alimentaire, son premier repas depuis quasiment une journée.

Une fois le ventre plein, Jael rangea son matériel, et revint vers le monolithe. Il ramassa son poignard resté par terre, il regarda le Loup d’un air curieux.

— Que fais-tu ici loin de ton territoire, petite bête malchanceuse ?

et, sans hésiter, il se pencha et commença à ouvrir le ventre de la bête, les fluides corporels lui coulèrent sur les mains, mais il continua son travail en les ignorant, il écarta les pistons, tuyaux et réservoirs de toutes sortes sur son chemin, coupa une membrane rigide pour passer derrière, son objectif était le cœur de la bête.

Enfin sorti, il le scruta sous la lumière, il était parfaitement sphérique, de la même taille que celui de l'araignée, mais d’une lueur rouge nettement plus éclatante.

Il fourra le cœur dans son sac, puis retourna vers le monolithe. Il ne s’était jamais intéressé à ces objets dispersés un peu partout dans les ruines, il le scruta consciencieusement.

Il était constitué d’un bloc uni, la lueur bleue semblait émaner de toutes les directions, trois côtés étaient parfaitement lisses et vides, sur le dernier, une écriture inconnue semblait le narguer et le défier de la comprendre, mais il savait déjà que personne n’a jamais pu percer les mystères de ces reliques.

Apparemment certains ont même essayé de les détruire, sans succès, les objets restaient complètement hermétiques à toute tentative de les comprendre.

Il posa la main sur le côté avec écriture, sentant avec ses doigts le relief que ces mots créaient sur la surface.

[Message système]

Tentative d’acc.

— C’était quoi ça ? Jael eut un choc sous forme d’une ombre fuyante qui envahit son esprit pendant un très court instant, pour disparaître aussi subitement qu’elle était apparue.

Il bougea encore sa main sur les lettres du monolithe dans l'espoir de revoir cette ombre, mais celui-ci resta muet, comme à son habitude.

Après plusieurs essais infructueux, il arrêta enfin d’essayer, et décida qu’il était temps d’avancer.

Ça doit être mon imagination.

Jael reprit la marche, s'arrêtant seulement pour manger et dormir. Le trajet était éprouvant, il n'avait jamais été aussi loin de Narv, les paysages désolés se suivaient et se ressemblaient, des bâtiments effondrés par ci par là, parfois quelques arbres morts depuis des lustres, dont le bois était tellement pourri qu’il ne valait pas la peine d’être prélevé, malgré la préciosité du matériau.

Lentement, l'effet de la solitude se fit sentir, il commençait même à regretter les odeurs nauséabondes des bas quartiers.

Au bout de trois jours, durant lesquels il traversa plusieurs ruines, sans jamais rencontrer une seule âme, humaine soit-elle ou machine. Il aperçut la grande muraille métallique montant jusqu’à rencontrer le plafond. Elle marquait la fin des espaces ouverts et le début des zones des conduits.

Il y avait une dernière ruine au pied de la muraille. Selon sa carte, l’entrée qu'il devait emprunter se trouvait juste après celle-ci.

Jael avança doucement, après la mésaventure de Kador, il prenait maintenant soin d'entrer doucement dans chaque ruine, pesant ses pas et retenant presque sa respiration pour faire le moins de bruit possible.

Il avança, passa le monolithe gardant l'entrée de la zone, et se dirigea vers un bâtiment qui lui semblait idéal pour un campement.

En s'approchant, il crut distinguer des voix, des discussions dont il entendait l'écho sans comprendre les mots.

Il voulut s'approcher, mais avant qu'il ne bouge, il sentit une lame froide sur son cou, et une voix lui parlait.

— Tout doux, bel inconnu, ou ma lame risque de glisser sur ta jolie peau.

Jael se figea, il ne l'avait pas senti s'approcher.

Un Synchronisé d'agilité ?

Jael leva les mains lentement en signe de résignation.

— S'il vous plaît, je ne fais que traverser, je ne veux pas d'ennuis.

— Avance.

Une main le poussa vers la direction des voix, sans toutefois le brusquer, la lame froide s'éloigna de son cou et vint se presser contre son dos.

Il avança, se demandant sur qui il était tombé. Ils finirent par arriver dans un campement établi à l'intérieur d'une sorte de hangar plutôt bien préservé.

Deux personnes étaient assises par terre autour d'un feu aux flammes ardentes et sinueuses, sortant d'un brûleur à huile que Jael reconnut comme étant utilisé par les récupérateurs.

Une inspection minutieuse des deux personnes confirma sa conclusion : les deux étaient habillées en cuir synthétique de bonne facture, avec des renforcements visibles au-dessus des points vitaux. La seule différence qu'il pouvait voir, c'était leurs armes.

Le premier, un gaillard bien bâti qui dépassait Jael d'au moins une tête. avait des poings-de-choc posés à ses pieds.

Un synchronisé de force, ils aiment ce genre d'armes qui multiplient leur force de frappe déjà monstrueuse, pensa Jael.

L'autre était plutôt maigre et élancé, il avait deux poignards de longueurs différentes accrochés à sa ceinture.

Celui-là, il peut être de n'importe quel attribut.

— fini de nous toiser ? lui lança le premier.

— Karla, tu étais partie te soulager, t'as chié un charognard, Gahaha…

Cette Karla avança en laissant Jael planté sur place, s'assit par terre tout en fusillant le gars d'un regard noir.

— Ta gueule Doug, je l'ai trouvé en train de se faufiler vers ici.

Jael contesta.

— Ce n'était pas mon intention, j'ai entendu des voix et je voulais voir d'où ça venait.

Doug se tourna vers lui.

— Qu'est-ce qu'un sale charognard fait aussi loin de la ville ?

Jael leva les yeux, consterné, mais il savait qu'il n'y avait rien à faire, ce mépris des charognards ne datait pas d'hier.

— Je ne fais que passer, j'ai décidé d'aller plus loin que d’habitude pour essayer de trouver de nouvelles ressources.

Doug grogna.

— Donc non content de nous piquer notre travail auprès de Vern, tu as décidé de venir nous emmerder ici aussi.

— Calme-toi Doug, tu vois bien que ce n'est qu'un gamin, il doit être nouveau, il a probablement eu les yeux plus grands que le ventre.

— Les téméraires ne font pas long feu dans les ruines, remarque Doug, qui semblait s’être légèrement calmé.

Jael pensa profiter de la situation.

— Je peux me joindre à vous ? Votre sagesse me serait d'une grande aide.

Karla éclata de rire.

— Nous flatter ne te mènera à rien, mais je t'aime bien, petit, prends une place, devant le feu, mais nous ne partagerons pas notre nourriture, tu me comprends j'espère, elle est trop limitée pour être offerte gratuitement.

Jael comprenait, il pensait que lui-même hésiterait à partager sa nourriture avec des inconnus, il s'assit et entreprit d'ouvrir son sac.

Mais avant qu’il ne le fasse, le troisième récupérateur, jusque-là resté silencieux et occupé à alimenter le feu, prit une boîte de nourriture devant lui et la lui lança.

Surpris, Jael attrapa quand même la boite, l'autre gars s'était déjà remis à sa contemplation silencieuse du feu.

— Foutu Caleb, pas étonnant que tous les Synch de perception soient des tarés, commenta Doug.

Jael, tout en commençant à réchauffer son plat, demanda au trio.

— Vous avez remarqué des choses bizarres dernièrement.

C'est Karla qui prit la parole.

— Comme quoi.

— Je ne sais pas, des monstres qui quittent leur zone habituelle par exemple.

Doug et Karle échangèrent un regard silencieux.

— Qu'est-ce que tu sais ? lui demanda Karla.

— En traversant Kador, j'ai aperçu un Loup noir, on n'est pas censés en trouver si près de Narv que je sache. En tout cas c'est ce que les autres charognards me disaient.

Doug renifla avec dédain à l'évocation des charognards.

Karla se mordit nerveusement les lèvres.

— Tu vois Doug, on est pas les seuls à avoir remarqué quelque chose d'étrange.

Puis tourna le regard vers Jael.

— Comment t'as fait pour t'enfuir, les loups sont connus pour avoir un odorat développé.

Jael tressaillit, ses petites libertés avec la vérité risquaient d'éclater.

— Il était dans un espace ouvert et j'étais loin derrière, j'ai vite fait de déguerpir. J'ai eu de la veine.

— Ta chance est monstrueuse gamin, j'espère pour toi qu'elle restera à tes côtés.

Doug tira Karla vers un coin et ils commencèrent à échanger des chuchotements que Jael ne put distinguer, au bout de quelques minutes.

— Nous repartons vers Narv demain matin, tu peux rester dormir ici près du feu si tu veux.

Jael détourna le regard.

— Je préfère avancer un peu tant qu'il reste un peu de lumière.

Karla sourit, et lui fit un clin d'œil.

— Je comprends, prudence est mère de sûreté.

Ils cessèrent de parler, chacun se concentrant sur son repas, Jael prit soin de manger doucement, pour ne pas laisser paraître son empressement à partir.

Le repas terminé, il rangea ses affaires, fit un signe de remerciement bref aux récupérateurs, et reprit sa route.

Avant de quitter définitivement le camp des récupérateurs, il jeta un dernier regard en arrière, le mystérieux Caleb le fixait étrangement.

Voulant s'éloigner le plus possible, Jael marcha longtemps, faisant plusieurs détours avant de poser ses affaires et d'établir son camp de fortune. Puisqu'il avait déjà mangé, il n'avait plus rien à faire, il s'endormit rapidement.

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