Mardi 10 février 2025

3 minutes de lecture

13 h 02

La neige est plus dense aujourd'hui. Elle absorbe les bruits. Les pas ne résonnent plus. Le bas a disparu. Quand je me retourne, il n'y a rien à mesurer. Juste du blanc, du gris. Le paysage se répète. Sans traces animales.

Ça fatigue la tête.

On a escaladé notre premier mur de roche et de glace.

Je suis épuisée.
Je marche lentement.
Matt boite. Il pose le pied de travers, corrige, recommence.
Il ne dit rien.

Ce matin, Sam, Aaron et Juno ont skier. Plusieurs fois. Ils disparaissaient dans la pente et revenaient en riant.

Je suis restée avec Matt. Quand je lui ai demandé pour sa cheville, il a haussé les épaules. Ses yeux ont brillé un peu trop.
Il m'a avoué : il pense parfois à s'arrêter. Puis il a regardé la pente. Longtemps. Il a dit qu'il ne voulait pas la laisser.

Je n'aime pas voir mon beau-frère les larmes aux yeux, ça ne lui ressemble pas.

Quand ils sont revenus, Sam a parlé tout de suite. De l'escalade à faire. De la neige. De la suite.
Matt n'a rien ajouté.
Juno ne plaisantait pas.
Aaron me souriait souvent.

Je n'ai pas reconnu l'ambiance.
Je n'ai rien dit.
Je crois que moi aussi je n'ai plus envie de continuer. Marcher, grimper, escalader... je suis fatiguée.

20 h 08

On est arrivés dans une forêt à flanc de montagne. Les arbres sont serrés. La neige s'accroche aux branches. La lumière a changé sans prévenir. Tout semble plus étroit.

Après le déjeuner, Matt a parlé d'un coup. Il a dit que ça faisait trop longtemps qu'on montait. Que le sommet aurait déjà dû apparaître. Il a parlé de la direction. Toujours l'ouest. Toujours la même indication sur la boussole. Il a dit que le terrain aurait dû tourner sous nos pieds.

Il a parlé de sa cheville. De la douleur. De la chaleur à l'intérieur. Il a dit qu'on ne devait pas continuer comme ça. Qu'il voulait redescendre. Qu'il voulait que Sam vienne avec lui.

Elle a refusé immédiatement.

Ils se sont disputés.
Les phrases se chevauchaient.
Sam s'est énervée. Elle a dit qu'il dramatisait. Qu'il faisait perdre du temps. Puis elle lui a dit de partir s'il n'était pas capable de suivre.

Juno a tenté de plaisanter. Il a parlé de retard. De sommet visible demain. De boussole qui finirait par tourner. De la plus grande descente en ski de nos vies.

Matt l'a poussé.
Sam a explosé.

Elle a poussé Matt plus fort. Elle l'a insulté. Elle lui a dit de « dégager ».

Matt s'est figé. Puis il a fait demi-tour.

Aaron a voulu le retenir.
Et Matt...

Son poing est parti.
L'impact a fait un bruit qui a raisonné dans la montagne. Le nez d'Aaron s'est tordu dans un craquement et le sang a éclaboussé aussitôt la neige et son visage.
Il est tombé à genoux, la tête pendante. Du sang coulait de sa bouche ; il a recraché une masse sombre et visqueuse qui s'est écrasée sur le blanc.

Matt a frappé encore.
Plusieurs fois.

La chair encaissait avec des bruits écrasés. La peau a gonflé presque aussitôt, violacée. L'œil s'est fermé.
La bouche d'Aaron restait ouverte sur un souffle haché. Le sang coulait s'accrochait à son menton, teintant la neige de rose puis de brun, tandis qu'un gargouillis remontait de sa gorge à chaque respiration.

Je regardais. Je n'ai pas bougé.
Je n'ai pas bougé...

Juno s'est interposé en jurant. Sam a attrapé Aaron, l'a serré contre elle.

Matt pleurait. Beaucoup. Il a regardé Aaron une dernière fois, puis il est parti.
Personne ne l'a suivi.
La brume est montée vite. Elle l'a avalé.

Matt a disparu.

Le camp s'est monté dans le silence.
Personne n'a beaucoup mangé.

21 h 01

Juno est revenu après s'être éloigné.
Il parlait fort.
Il avait trouvé quelque chose.

On l'a suivi.
Je n'aurais pas dû...

Il y avait un lapin déchiqueté, la tête plus loin, les pattes derrière, sang gelé sur la neige.

Mes mains tremblaient.
Pas à cause du froid.

Juno souriait. Il a parlé de « rituel de taré de la montagne ».

Sam s'est approchée. Elle a regardé longtemps. Trop longtemps. Elle a dit qu'aucun humain n'était ici.

Aaron est resté derrière moi. Sa main a trouvé la mienne.
Je l'ai réalisé après.

Je me suis éloignée.
J'ai sorti mon journal.
J'ai écrit tout de suite. Sinon ça va me rester en tête... je dois écrire.

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