Vendredi 13 février 2025
06 h 16
Le stress est monté d'un coup.
Autour du camp, il y avait des lapins. Enfin, ce qu'il en restait.
En cercle.
Les corps étaient disloqués avec une minutie écœurante.
Les têtes, presque arrachées, s'accrochaient encore aux cous par des filaments de nerfs, de muscles et de peau mal déchirée.
Les thorax avaient été ouverts de force, laissant les poumons violacés et spongieux s'affaisser à l'air libre.
Les pattes avaient été sectionnées puis replacées à distance, disposées comme si l'animal était encore entier, chaque moignon luisant de graisse jaune, de sang noirci et de chair verdâtre.
Les yeux avaient éclaté hors des orbites, tandis que les langues tirées des gueules étaient clouées dans la neige.
Les colonnes vertébrales sortaient en arcs rigides, nacrées de moelle rose.
Les intestins, brun-jaune, étaient disposés en cercles épais, encore accrochés au ventre, brillants et gonflés.
Le sang, mêlé de bile vertes et de sérosités brunes, avait gelé par plaques grasses, presque noires.
Je me suis dit que ça pouvait être des animaux. Des renards. Des loups. Quelque chose de logique.
Mais la disposition.
L'ordre...
Et aucunes traces...
Une neige vierge...
Sam tremblait. Elle pleurait sans bruit.
Aaron m'a prise contre lui, m'a caché la vue.
Même Juno n'a rien dit.
Moi, j'ai pleuré.
Je ne comprends plus.
Rien ne tient.
On doit descendre.
Vite.
On manque de nourriture, d'eau...
16 h 26
Juno s'est effondré.
Pas une chute violente. Il s'est affaissé, simplement. Sam a crié son nom et a voulu le rejoindre trop vite. Elle a glissé. Elle a disparu dans la pente, avalée par la brume.
Aaron m'a attrapée par les épaules et m'a crié d'aller voir Juno.
Il est parti en skiant vers Sam.
J'attendais... j'entendais des bruits... des pas ? Mais c'était derrière, pas là où était Aaron...
Quand il est revenu, Il la soutenait tant bien que mal. Son bras droit pendait dans un angle qui n'aurait jamais dû exister.
L'os avait percé la peau, ressortant à l'air libre, blanc, couvert de traînées rouges comme des griffures. La chair autour était éclatée, ouverte en pétales irréguliers, trempée de sang.
À chaque pas, ça bougeait. Ça frottait. Le sang coulait lentement le long de son flanc, chaud, épais, s'accumulant dans les plis de ses vêtements avant de goutter dans la neige.
Elle respirait par à-coups.
Moi, je fixais l'os.
Je n'arrivais plus à regarder autre chose.
Elle a perdu ses skis.
Juno ne se réveillait pas.
La montagne est silencieuse... c'est pire que l'écho des pas...
23 h 36
On a perdu la boussole. Sam l'a lâchée pendant sa chute.
Juno est brûlant. Il transpire. Sa main est devenue violacée, presque noire par endroits. Elle suinte un liquide épais, vert, à l'odeur écœurante.
La plaie s'est élargie.
Aaron a essayé de remettre le bras de Sam en place. La peau s'est fendue davantage. Le sang a jailli. Sam a hurlé longtemps.
Le bras est bandé, maintenu, mais rien n'est normal.
Ce soir, on dort tous les quatre dans la même tente.

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