La Taverne

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Il se dirigea vers la sortie, soulagé de ne plus ressentir de présence hostile. Un enterrement avait lieu dans une allée voisine. On mettait le cercueil en terre au moment où il passait à proximité. Il ressentit brusquement un frisson. Intrigué, il regarda mieux le groupe affligé et son attention fut attirée par une femme en élégante robe noire qui se tenait un peu à l’écart. Nul ne faisait attention à elle. Il la regarda mieux et elle se tourna vers lui, le visage masqué par un large chapeau. Son malaise s’accentua et il passa la main devant ses yeux. Lorsqu’il regarda de nouveau, elle avait disparu. Il ne frissonnait plus. On refermait la tombe. Il s’assit sur un banc voisin pour retrouver des forces et l’image de la femme aperçue dans le métro s’imposa à lui. Était-ce la même ? Si oui, que voulait-elle ? Il nota l’évènement dans son carnet d’une main qui tremblait un peu. Il resta un long moment sans bouger, laissant la tristesse se dissiper lentement.

C’était par une journée comme celle-ci, alors que le soleil faisait oublier le malheur qu’il avait enterré son oncle. Il avait durement ressenti la mort de celui qui avait constitué sa seule famille. Ce même jour, il avait pris conscience de son destin lorsque pour la première fois, il était entré dans la Taverne.

La grande salle de la Taverne lui parut plus sombre que d’habitude. Pourtant, le Baron était à son poste, et son Mentor l’attendait. Des rumeurs de conversation venaient de la pièce où il n’avait pas encore accès.

― Tu as l’air bien songeur. On m’a pourtant dit que tu t’étais bien comporté pendant le Passage. Il est vrai qu’il ne présentait pas de grosses difficultés pour un simple observateur. Ton oncle aurait été fier de toi. Certes, tu as manifesté quelques signes de nervosité mais c’est normal. Ce genre d’expérience n’est pas donné à tout le monde.

― Je suis toujours tracassé par des interrogations.

Le Baron posa deux bières devant eux.

― Je te l’ai déjà dit. Les réponses viendront à leur heure, parfois de façon inattendue. Ne t’en préoccupes pas avant d’avoir réussi l’Epreuve. Ce pourrait être conseillé comme une marque de faiblesse. Rien ne doit te distraire.

― Il m’est arrivé aujourd’hui deux choses dont le sens m’échappe.

― Tu connais les règles. On ne peut te révéler que ce que tu dois savoir. Je t’écoute.

― Un invité non prévu a assisté au Passage. Cela n’a pas troublé le Passeur amis j’ai eu l’impression qu’il venait aussi pour moi. Il ne m’a pas quitté du regard. Il a disparu à la fin de la cérémonie, pourtant, ensuite, je ressentais sa présence, comme s’il me suivait.

Le Mentor hocha la tête, sans paraitre vraiment surpris.

― Avait-il une canne à pommeau d’argent ?

― Oui.

― Dans ce cas, je sais qui il est et ce qu’il veut. Nous aurons l’occasion de reparler de lui. Quelle est l’autre cause de trouble ?

― Je vous ai déjà parlé de ma rencontre dans le métro avec cette femme qui m’a regardé. Je n’en suis pas sûr car je n’ai pas vu son visage mais je me demande si je ne l’ai pas revue tout à l’heure. Elle était près d’un groupe assistant à un enterrement.

― Elle t’a regardé ?

― Je ne saurais pas le dire, elle s’est tournée vers moi mais son visage était caché et ensuite elle a disparu…

Pour la première fois le visage du Mentor s’assombrit.

― Je n’aime pas ça… Il est possible, je dis bien possible que tu aies vu la Mort. Elle apparait rarement et il n’est pas de bon augre de croiser son regard. Tu l’aurais vue deux fois le même jour. Je me demande ce qu’elle te veut….

Il leva son verre avec un sourire fataliste.

― Quelles que soient ses intentions, tu les connaitras vite. Pour l’instant, rien ne doit te détourner de ton Epreuve, ne pense à rien d’autre. Revenons maintenant à ton homme en noir. Il s’appelle Aramis et c’est lui que tu vas affronter. C’est pour toi qu’il est venu assister à la cérémonie. Il t’étudie pour essayer de te vaincre.

― Il s’appelle vraiment comme ça.

― Nous respectons une tradition immémoriale que l’on retrouve dans les religions anciennes. Le vrai nom doit toujours rester secret. Il a un pouvoir magique lié au destin de celui qui le porte. Pour cette raison, nous leur choisissons des surnoms tirés de la littérature et qui reflète un peu leur personnalité. Lors de mon Epreuve, j’ai expédié un certain Rubempré comme le jeune arriviste de la Comédie Humaine. Lui, pour parvenir à ses fins, éliminait tous ceux qui le gênaient.

― Et lui, quels sont ses crimes ?

― Assassin multiple et de la manière la plus effroyable.

― Et il déjà échappé au Passage ?

― Il n’a gagné qu’un court répit en profitant d’une faiblesse inexcusable mais la Porte est toujours victorieuse. Pour répondre à la question que tu n’oses pas me poser , en cas d’échec un autre Passeur prendra ta place.

― Et que m’arrivera-t-il ?

― Il ne faut jamais envisager cette hypothèse.

Derrière son comptoir, le Baron rangeait ses bouteilles avec beaucoup de soin. Des Passeurs entraient et sortaient. Personne ne faisait attention à eux.

― Et s’il n’était pas là au moment voulu ?

― Ne crains rien, il sera là. Par défi ou par orgueil, il voudra prouver qu’il est le plus fort. Buvons à ta réussite.

Lorsqu’il retrouva l’extérieur, le soleil maussade et environné de nuages ne le rassura pas. Il regarda l’entrée du cimetière , puis le banc où l’homme mystérieux attendait toujours. Il se hâta vers le métro. L’heure n’était plus aux interrogations mais à l’oubli. Pour cela, il n’y avait rien de mieux que les soirées chez Alban.

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