Chapitre 1

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Le ciel était bleu, sans nuage. Et puis, il y avait ce champ de blé, beau, lumineux. Et puis, il y avait cette petite fille, blonde avec une jolie petite robe bleue qui jouait. Soudain, la petite fille se mit à hurler et se transforma en torche humain. Le professeur Eric Schwartz se réveilla en sursaut. Son épouse, Marie, se réveilla à son tour, puis lui demanda ce qui venait de se passer. Le radio-réveil affichait cinq heures du matin. Eric était tellement traumatisé par son rêve qu’il ne parvint pas à se rendormir et il partit faire une petite marche dehors, regardant les premières lueurs du jour qui commençaient tout doucement à être visible. Le chant des oiseaux le détendit. En revenant à la maison, il y avait une berline noire stationnée devant l’entrée avec deux hommes qui marchaient dans la petite allée. Marie leur désigna son époux qui arrivait derrière, et les deux hommes l’invitèrent à monter avec eux dans la voiture.

Eric voulut leur poser des questions, mais cela ne servait à rien. Les deux hommes s’arrêtèrent devant une brigade de gendarmerie. Ils l’escortèrent jusque dans un bureau vide, laissé à leur disposition par les gendarmes. Les deux hommes donnèrent simplement un prénom, Brice et Marc. Marc s’installa au bureau, présentant un dossier, et Brice resta devant la porte.

- Professeur Schwartz, nous avons des questions à vous poser au sujet du Centaurus, commença Marc. Il a fait subitement une réapparition dans l’orbite de Saturne. Vous allez devoir partir là-bas pour enquêter sur ce vaisseau. On voudrait savoir si vous connaissiez le capitaine Frederick Harper.

- Oui bien sûr, c’était un très bon ami à moi, confirma Eric. Comment ça il est réapparut ?

- Secret défense ! Fit Brice, derrière Eric.

- En fait, nous aussi nous croyons ce vaisseau détruit, dit Marc en fusillant du regard Brice. Nous aussi, on avait cru qu’une catastrophe s’était produite. Mais l’Agence Spatiale Européenne a reçue hier un message de détresse de la part du Centaurus.

- Je comprends pas, ça fait presque dix ans qu’on a perdu le contact avec ! Ca n’a aucun sens !

- Je suis d’accord avec vous, mais les faits sont là. Comme je vous expliquais, vous allez partir sur le Centaurus avec une équipe d’experts. Vous, vous êtes obligés de partir, car vous faisiez parti de l’équipe de conception du vaisseau.

Le Centaurus était le fruit d’une coopération entre la NASA et l’Agence Spatiale Européenne. Les deux agences, comme leurs autres homologues, avaient toujours cet objectif de trouver la trace d’une vie humaine dans l’Espace. D’ailleurs, pour gagner du temps, ils voulaient exploiter les trous de vers. Le but du projet était de pouvoir créer ces trous de vers afin de trouver un raccourci pour se rendre à l’autre bout de l’Univers. C’était un beau jour de février 2083 que le Centaurus avait été lancé en direction de Proxima du Centaure, le système solaire le plus proche du nôtre situé à quatre années-lumières de la Terre. Eric avait été le premier averti lorsque la Terre avait perdu le contact avec le Centaurus, en novembre de la même année.

Le professeur avait été profondément choqué, tout comme ses collègues qui avaient tous travaillés sur le projet depuis de nombreuses années. Le drame avait fait plus d’une cinquantaine de disparus, et ni le gouvernement américain, ni les états membres de l’Union Européennes ne voulaient envoyer des équipes conjointes pour voir ce qu’il s’était passé. Le vaisseau avait tout simplement disparu des radars, sans prévenir. Lorsque l’info avait fuitée dans la presse, le président de la République de l’époque, avait tout simplement décrété qu’il s’agissait d’un vaisseau commercial à destination des lunes de Saturne et que malheureusement, cinq Français de l’équipage avait disparu. Schwartz avait vu son intervention. Il l’avait senti très maladroit dans ses explications. Tout était fait pour conserver au maximum le secret sur les évènements.

- Et je pars quand ? Demanda Eric, plus calmement.

- Vu le voyage que vous allez devoir vous coltiner, plus tôt vous partirez, mieux ça sera pour nous, conclut Marc. Bien évidemment, aucuns mots à votre femme et à vos enfants.

Lorsqu’il rentra chez lui, Schwartz retrouva sa femme, rassurée de revoir son mari. Ses enfants étaient partis à l’école depuis une heure. Il était déçu et désolé pour eux de ne pas leur dire au revoir. Rapidement, il prépara sa valise avec des vêtements pour son voyage. En sortant, il vint retrouver les deux hommes qui l’avait arrêtés. Ils l’emmenèrent à l’aéroport de Toulouse. En descendant de la voiture au parking-minute, Brice lui donna sa carte d’embarquement. « Lorsque vous allez arriver à l’aéroport de Cayenne, on viendra vous récupérer pour que vous preniez une navette pour la Lune », lui expliqua-t-il.

A cinquante-cinq ans, Eric avait souvent voyagé dans le monde, mais dans l’Espace cela avait été très rare. Cela lui faisait peur, très peur d’y aller. Mais cela ne servait à rien de fuir, car les deux mystérieux agents attendaient patiemment qu’il passe les portiques de sécurité. En cette année 2093, les avions de ligne volant au kérosène n’existaient plus depuis au moins quarante ans. Désormais, ils étaient tous à hydrogène et tout aussi confortables que dans les années 2020. Quand il fut dans son vol pour Cayenne, c’était là où il comprit que ce n’était plus possible de faire machine arrière. La prochaine fois qu’il allait pouvoir marcher sur le plancher des vaches, ça serait avant son prochain voyage qui allait durer dix-huit heures pour se rendre sur la Lune où il aurait un briefing avec le reste de l’équipage avec qui il allait partir.

Durant son vol, il en profita pour regarder le paysage défiler sous ses yeux, et puis d’un coup, ce n’était qu’une immense étendue bleue marine avec des petits nuages en contrebas, ainsi que le long sillon laissé par des navires. En se plongeant dans ses pensées, il se mit à se demander si l’équipage du Centaurus serait encore vivant. Il se demanda comment un vaisseau expérimental ait pu disparaître pendant dix ans avant de revenir. Il y avait forcément quelque chose qui s’était passé !

A l’arrivée, une jeune femme vêtue d’un tailleur beige l’accueillit chaleureusement. Elle lui serra la main, puis l’invita à la suivre dans une voiture qui attendait au terminal des arrivées. La chaleur mélangée à l’humidité donna envie à Eric de se mettre en tenue d’été. Ce fut la jeune femme qui le conduisit dans une maison de Cayenne où il put en profiter pour manger, se doucher et surtout se reposer par le long vol qu’il venait de faire. A son réveil, la jeune femme venait de servir le repas et lui demanda s’il avait bien dormi.

- Vous êtes qui, au juste ? Demanda Schwartz, mal réveillé. Je crois qu’on s’est pas présenté.

- Annabelle Kaminsky, professeur, répondit-elle d’un ton enjoué. Je suis avec vous dans l’équipage qui part sur la Lune et ensuite, Saturne !

- Vous aviez travaillé sur le programme ?

- Bien sûr, sinon je ne serais pas venue. Je suis heureuse de rencontrer le directeur du programme Centaurus !

Eric fit un petit rire gêné.

- Le mérite revient surtout à l’équipe qui a construit ce vaisseau et qui a tout conçu, dit-il. Tout ce que j’ai fais, c’est juste chapeauter ce projet. J’ai plutôt fait de la communication autour de ce projet, et j’ai coordonné tout le monde.

- Mais ne soyez pas modeste, enfin !

- C’est la vérité, mademoiselle Kaminky. Je suis heureux d’avoir fait partie de cette aventure, malgré le drame qu’il y a eu.

- Vous en avez été tenu responsable, c’est ça ?

Schwartz préféra rester silencieux. En fait, oui il avait été immédiatement considéré comme responsable de la perte du Centaurus. On l’avait tout de suite accusé d’avoir mal fait son travail, et d’avoir voulu faire une course avec les Chinois et donc d’avoir négligé la qualité du travail. Cela été faux, car il avait exigé que les différents chefs d’équipes de l’assemblage soient vigilants aux consignes de sécurité. Bien sûr qu’il rêvait que cette coopération UE/Etats-Unis soit victorieuse sur les Chinois et les Russes, mais c’était hors de question que cela se fasse au péril des passagers du vaisseau.

- Je ne sais pas si vous avez déjà eu la chance de voyager sur la Lune, commença Annabelle pour changer de sujet, mais maintenant c’est devenu très confortable les navettes pour s’y rendre. On mange bien, il y a un bon catalogue de divertissements et les sièges sont confortables.

- Oui, j’ai lu ça aussi dans la presse. Mais non, je ne suis jamais allé sur la Lune.

- Vous allez voyager pour la première fois dans l’Espace, c’est ça ?

- Tout à fait, confirma-t-il.

En allant se coucher, il mit du temps avant de s’endormir. Il regarda fixement le plafond qui recevait la froide lumière d’un lampadaire. Cette mission lui foutait la trouille. Le plus sérieusement possible, il réfléchissait à quitter discrètement la maison pour se rendre à l’aéroport afin de rentrer à Toulouse. Eric n’eut pas le temps de mettre à exécution son plan, car il parvint à s’endormir.

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