Chapitre 5

6 minutes de lecture

Cela faisait déjà deux jours qu’ils étaient à bord du Centaurus. Tous se sentaient fatigués, mais l’enquête n’était pas finie. Il y avait bel et bien un système d’autodestruction à bord du vaisseau, et il était fait pour le mettre hors d’usage une fois la mission terminée. Larsson voulait en discuter avec Schwartz.

- Vous savez au bout de combien de temps le vaisseau sera détruit ? Demanda le médecin.

- Au bout de quinze heures après son activation, répondit Schwartz.

- Je serais vous, je commencerais à en parler aux autres membres de l’équipage de l’autodestruction, car on doit se mettre d’accord sur l’heure à laquelle on devra partir d’ici. Je suppose qu’une fois que le compte à rebours est lancé, on ne peut plus l’arrêter.

- C’est ça.

- Et si vous deviez émettre une première hypothèse sur l’incident qu’il y a eu à bord, vous diriez quoi ?

- Mon cher Larrson, ça va être dur à admettre pour les cartésiens que nous sommes, mais ce vaisseau est possédé par une force que l’on ne peut pas comprendre. Il y a forcément quelque chose qui fait que les personnes à bord de ce vaisseau ont complètement perdus la boule. Sinon, on aurait pas le commandant Harper avec les yeux crevés ici.

Larrson fit les gros yeux à Schwartz. Etant toujours dans l’infirmerie, Schwartz avait oublié que son ami était toujours allongé dans son lit d’examen à fixer le plafond avec les orbites vides. Cela ne l’empêcha pas de faire un petit sourire, puis d’intervenir dans la discussion.

- Ce qu’on a vu ici, vous allez tous le voir, commença le commandant. Ce McCann, ce Driver… ils ont dû voir des choses qui les ont complètement rendus fous. Peut être des regrets qu’ils avaient au plus profond d’eux. Leurs propres démons, comme on dit. J’ai eu droit à ces visions qui m’ont rendu fou.

- Commandant, vous pouvez me dire ce que vous avez vu ? Demanda Larrson.

Harper commença à raconter son histoire. Comme tous les commandants de vaisseaux spatiaux, il était militaire de carrière. Plus précisément, il était officier. De nationalité anglaise, il avait rejoint la Royal Air Force Air Cadets qui était une académie de cadets de l’armée de l’air britannique. Comme de nombreuses forces aériennes nationales, cette dernière disposait d’une section spatiale. Ayant toujours eu une passion pour l’Espace et pour la conquête spatiale, c’était pour lui un rêve d’enfants que de pouvoir défendre son pays dans l’Espace. Sa première affectation avait été la colonie martienne Churchill, qui rendait hommage à l’ancien Premier Ministre Britannique. La colonie avait un statut spécial pour le Commonwealth, car elle réunissait les sujets de la Couronne.

Sur Mars, le rôle de la Royal Air Force consistait à assurer la protection des sites de lancement de fusées vers la Terre. Tous les pays du globe veillait sur ses sites de lancement qui étaient des cibles potentielles pour des actes terroristes, mais aussi en cas de conflit qui pouvait éclater sur la planète rouge. Ainsi, Harper avait été envoyé sur Mars lorsqu’il avait trente-deux ans, en 2072. Ce qui permettait à Harper - ainsi qu’à de nombreux de ses compatriotes – de souffrir le moins possible du mal du pays était une grande salle d’exposition qui était là pour rappeler ce qu’était le Royaume-Uni et plus généralement, le Commonwealth. La colonie Churchill avait été fondée en 2054, mais c’était en 2065 que ce « musée » avait été ouvert, car le gouverneur souhaitait qu’il y ait encore un lien avec la métropole, et que les générations futures qui habiteraient sur Mars sachent d’où ils viennent.

Frederick adorait ce musée, car un hologramme représentait une immense carte du Royaume-Uni. Et puis, la suite de l’exposition rappelait les moments forts de l’Histoire anglaise, les rois et les reines, les guerres menées par l’Angleterre, les Troubles en Irlande du Nord, le Brexit… Il y avait ces salles qui montraient les principales villes anglaises, ainsi que la gastronomie traditionnelle et bien sûr, la façon dont vivait les anglais à toutes les époques. Harper adorait ces différentes parties. C’était instructif, et puis surtout il se demandait comment il se débrouillerait dans le Londres du début des années 2000. Cette période le fascinait, car pour lui Internet était un véritable tournant majeur pour l’Humanité. C’était dommage que cela ait été utilisé parfois à mauvais escient.

- Vous aussi vous venez admirer cet ordinateur portable de 2015 ? lui demanda un jour une jeune femme

En se tournant, il vit une jeune femme, rousse aux yeux bleus, qui le regardait avec un grand sourire, attendant une réponse de sa part. Fred ne s’attendait pas à ce quelqu’un vienne discuter avec lui.

- C’est très intéressant de voir l’évolution des appareils électroniques, continua-t-elle. C’est tellement ancré dans notre quotidien que ça nous paraît évident que cela évolue, mais quand on regarde sur un certain temps ces moyens technologiques, on se rend compte que ça a mit peu de temps finalement à passer de quelque chose d’épais à un appareil très fin. Je ne veux pas paraître indiscrète, mais que faites-vous ici ?

- L’Angleterre me manque, dit-il, c’est dur de se dire que ce que l’on voit ici se trouve à plusieurs millions de kilomètres de Londres. Je trouve ça bien qu’on ait une salle pour se souvenir de notre pays. Vous êtes anglaise ?

- Non, je suis écossaise ! Répliqua-t-elle un peu vexée.

La réponse spontanée fit sourire Harper.

- A votre coupe, je suppose que vous êtes militaire en affectation ici, reprit-elle pour changer de sujet. Et bien moi, je suis géologue.

- Alors, notre point commun est que nous ne resterons pas longtemps sur Mars, ajouta Harper avec un grand sourire.

Cela les fit rire tous les deux. Par la suite, ils continuèrent ensemble la visite du musée pour discuter un peu. Les deux avaient eu un coup de foudre réciproque. Elle s’appelait Kate Atkinson. Par la suite, ils se revirent à plusieurs reprises. L’affectation de Kate sur Mars était seulement de trois ans, Fred allait devoir attendre deux années supplémentaires avant de pouvoir éventuellement retourner sur Terre. La veille du départ, ils étaient allé manger dans un petit restaurant indien. Une dernière fois, ils avaient fait l’amour et puis le lendemain fut le grand départ pour Kate. Il décida de l’accompagner pour un dernier au revoir à l’astroport. Pendant de longues minutes ils s’enlacèrent avant qu’elle n’aille passer les contrôles de sécurité pour se rendre dans la navette de British Airways.

L’astroport disposait d’une verrière pour les curieux qui voulaient voir le ballet de ses navettes qui allaient de Mars jusqu’à son orbite où il y avait un plus grand vaisseau qui attendait d’autres navettes pour se rendre sur Terre. De nombreuses personnes s’étaient rassemblées dans cette salle si singulière où l’on voyait un ciel rouge et du sable à perte de vue. La navette décolla à peu près une heure après que le dernier passager ait embarqué à bord. Lorsqu’elle décolla, ses rétrofusées firent soulever beaucoup de sable. Il la vit s’éloigner, activer ses moteurs principaux et partir. Ca, c’était dans une situation normale, car l’astronef venait de se transformer en une boule de feu. Les témoins qui venaient de voir ça poussèrent tous un cri d’effroi. Harper fut tellement choqué que lorsqu’il réalisa ce qui venait de se dérouler sous ses yeux, il plaqua sa main devant la bouche. Kate, la femme avec qui il comptait faire sa vie, fonder une famille et avec qui il avait passé trois merveilleuses années venait de mourir sous ses yeux.

- Kate est morte de la façon la plus violente possible, conclua Fred la voix nouée par des larmes qui avaient du mal à monter.

- Merde, j’ignorais ça, réagit Schwartz.

- Donc, commandant, vous pensez que tous les membres de votre équipage ont eut des visions similaires à la vôtre ? Demanda Larrson d’un air circonspect.

- Je me fais chier à essayer de vous faire comprendre ça depuis tout à l’heure.

- Comment peut-on faire pour éviter que cela nous arrive, maintenant ? Se demanda Schwartz, en murmurant.

- Si vous voulez éviter qu’il y ait plus de drames, il faut quitter dès maintenant le vaisseau, implora Harper.

- Je comprends pas pourquoi on a cet état à présent simplement un par un alors que sur la vidéo, tout le monde a eu ça en même temps.

- Peut être qu’on nous fait des messages pour nous foutre un coup de pression, dit Larrson.

Kaminsky revint dans l’infirmerie pour savoir s’il était possible de descendre dans la cathédrale avec Scwhartz qui accepta. Ensemble, ils y pénétrèrent et la jeune femme était impressionnée par cette immense pièce. Dans ses mains, elle avait une sorte de tablette tactile qui était là pour faire le diagnostic du moteur d’essai. Aucune pièce défectueuse ne fut détectée. Néanmoins, elle remarqua que le code de lancement pour créer le portail dimensionnel n’était pas bon. C’était comme si les instructions cherchaient à les emmener dans cette dimension infernale. Ainsi, la piste du sabotage n’était pas exclue.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Vallerand ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0