MAIN DANS LA MAIN
José est un charmant bambin de cinq ans à l'oeil pétillant, au sourire magnifique. Je vais le chercher. Il habite dans une vieille caravane à quelques mètres seulement d'une mare d'eau malodorante. Le sol alentour est jonché de détritus : bois, cartons, ferrailles, vieux objets en plastique.
Les parents de José m'ont donné leur accord pour me confier leur enfant une journée. José me fait confiance. Il glisse sa petite main dans la mienne. Nous parcourons ainsi le sentier qui mène à ma voiture. José sautille autant qu'il marche. Il se sent important parce que je suis venue le chercher, parce qu'il sait qu'il va faire un voyage.
Après un court trajet en automobile, nous rejoignons l'autocar. Les autres enfants sont déjà installés. José ne les connaît pas. Je le sens un peu intimidé. Je l'assois auprès de Clothilde, une enfant de son âge avec laquelle il devrait s'entendre.
Le car traverse la ville avant de rejoindre la route qui nous mènera à Berck. José ne sait plus où regarder, surpris de découvrir ces quartiers qu'il n'a jamais vus. D'un côté, il y a des maisons avec des balcons fleuris, de l'autre des immeubles hauts de dix étages, taillés dans la pierre, impressionnants et majestueux. Enfin, il y a les passants qui se pressent sur les trottoirs.
José essaie de tout regarder mais c'est impossible. Je le surveille du coin de l'oeil. Je le vois s'exclamer : des oh, des ah, ou bien ne rien dire en ayant la bouche grande ouverte. Quand nous atteignons la route nationale il se calme, se cale dans son siège et s'endort.
Je pense à son bonheur lorsque tout à l'heure il découvrira la mer pour la première fois. Je pense aux circonstances qui m'ont amenée ici. Je m'interroge encore : ai-je eu raison de vouloir parrainer un enfant ?
Nous arrivons à Berck vers dix heures trente. Les enfants, après deux heures en autocar, doivent être canalisés. Si nous les laissions faire, ils partiraient en courant dans tous les sens.
Dans le fond du car, José est resté sur son siège. Il attend que je lui adresse un signe. Je m'approche de lui. En premier, il me prend la main, la serre très fort. Je sens qu'il n'est pas à l'aise, peut-être même apeuré. C'est la première fois qu'il part en voyage et se trouve éloigné de sa mère.
Je lui parle d'une voix douce en lui promettant que nous allons passer une bonne journée et qu'il va beaucoup s'amuser.
Notre petit groupe prend la direction de la plage. José regarde autour de lui mais ne dit rien.
Je tente d'engager la conversation :
- Tu es content José ?
L'enfant hoche la tête mais aucun son ne s'échappe de ses lèvres.
- Tu as faim ? Tu as soif ?
De nouveau, il secoue la tête pour s'exprimer. Je suis perturbée par son silence, ne sachant comment l'interpréter.
Quelques mètres plus loin, nous arrivons près d'un espace clos réservé aux enfants. Ils y vont tous avec hâte, trop heureux de pouvoir faire du toboggan et se rouler dans le sable. José ne veut pas y aller. Il serre ma main si fort que je sens sa peur me pénétrer.
- Viens, nous allons marcher.
Je sens la main de José se détendre.
Sur la digue, à quelques pas, un manège de chevaux de bois diffuse sa musique. Je vois le regard de José briller.
- Tu veux y aller ?
Il me fait oui en hochant la tête. Je l'installe sur le manège et, sans le perdre des yeux, je m'assois sur un banc.
Je le regarde tourner ; il me fait signe à chaque passage. Je le vois sourire puis se mettre à rire tout seul à gorge déployée.
Seule sur mon banc, je songe à mon désir d'enfant, au refus que j'ai essuyé lors de ma demande d'adoption.
Regardant José s'esclaffer sur son cheval de bois, je sais que j'ai eu raison de vouloir parrainer un enfant. Je sais qu'ensemble nous feront un beau voyage.

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