UN SOU EST UN SOU (1ère partie)

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 - Isabelle, n''oublie jamais cela : il n'y a pas de petites économies !

C'est ainsi que parlait ma mère et j'ai entendu cette phrase tout au long de l'enfance et de l'adolescence.

Chez nous, il n'y avait jamais de gaspillage. S'il y avait des restes, maman les accomodait le lendemain en les intégrant dans un potage, une quiche, une salade, selon la nature des aliments disponibles. S'il y avait du pain dur, maman le conservait pour faire un pudding.

A la maison, tout devait faire de l'usage. Par exemple, les vêtements. Maman en récupérait le plus possible : au service social de la mairie et au secours catholique. Si c'était trop grand, il suffisait de faire des ourlets, mettre des pinces, et le vêtement était ajusté. Quand c'était trop petit, maman faisait de son mieux pour agrandir.

J'avais parfois honte de porter tous ces vieux vêtements ; heureusement, à l'école, nous avions toutes des blouses faisant office de cache misère.

Je ne peux parler des vêtements sans évoquer les pulls over en laine fabriqués par ma mère.

Celui d'entre nous qui avait de la chance portait un pull tricoté avec de la laine neuve. C'était quand même rare.

Je me souviens de séances mémorables de détricotage, nettoyage, mise en écheveau, pour récupérer de la laine qui serait de nouveau utilisée.

Lorsque les pulls devenaient trop courts, maman rallongeait le bas du vêtement ainsi que les manches, généralement avec de la laine d'une autre couleur.

C'est vrai que nous étions quatre enfants mais mon père avait un travail et je ne comprenais pas toujours pourquoi il fallait économiser sur tout. Un jour, ne ne pus m'empêcher d'interroger ma mère.

 - Maman, est-ce que nous sommes pauvres ?

 - Mais non, qu'est-ce que tu vas imaginer ! Je fais simplement attention. Un sou est un sou et il n'y a pas de petites économies.

Pour moi qui étais une fillette de dix ans, cette réponse ne voulait pas dire grand-chose.

Je constatais que tout était rationné, pesé, mesuré. Ainsi, quand exceptionnellement nous avions droit à du chocolat, c'était un carré par personne, jamais deux.

Pour les loisirs, nous étions également limités. Les seuls plaisirs autorisés devaient impérativement être gratuits.

A plusieurs reprises, j'entendus mes parents se disputer.

 - Tu n'es qu'une radin ! criait mon père en regardant ma mère méchamment.

 - Je ne suis pas radin mais ECONOME, ce n'est pas la même chose, répondait-elle calmement.

En grandissant, je m'aperçus que l'argent était souvent un sujet de disputes.

Devenue adolescente, je vécus difficilement d'avoir une mère TRES ECONOME. Comment obtenir d'elle un peu d'argent de poche ? Comment lui faire acheter du maquillage ?

C'est à ce moment-là que mes rapports avec elle s'envenimèrent.

A l'époque, j'ai tout essayé : la révolte, les cris, les colères, les pleurs, les supplications. Rien n'y a fait. Je n'ai pas obtenu d'argent de poche.

Heureusement, j'étais en classe de troisième et j'eus la chance d'avoir de généreuses camarades. J'avais de bonnes notes dans de nombreuses matières et j'ai monnayé mes services auprès de trois amies pour lesquelles je faisais des devoirs à la maison. En échange, les amies m'offraient des paquets de cigarettes et un petit billet de temps en temps. Quel bonheur d'avoir mon propre argent ! J'en avais peu mais c'était le mien et je le dépensais à ma guise.

J'avais très vite informé ma mère que je voulais quitter l'école le plus rapidement possible. Elle ne comprenait pas.

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