Chapitre I : Sekerys

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Le crépuscule d’hiver s’engouffrait entre les toits des quartiers est. Le soleil reflétait sa pourpre agonie sur la brume languissante, comme dédié à la sublimation de la mort – et seule, elle veillait. La fête, dans la cour châtelée, éprenait la nuit qui s’éveillait, amenait ses voiles ténébreuses avec son brouillard blanc – et seule, elle veillait. Les flammes vespérales s’affolaient dans le creux de ses yeux ; ses lèvres de sang tranchaient sa peau spectrale, et ses cheveux se coloraient selon le déclin du soleil. Elle reprit son souffle, debout sur le toit, et répéta : ses gestes plus vifs à mesure que l’ardeur éprenait l’horizon, ses sens plus aiguisés à mesure que régnait la nuit. Elle répéta ; son poing frappa l’air, tournoya, une flamme apparut au bout de son doigt…

– Ainsi est-ce donc sur les toits que tu as jeté ton dévolu ?

Elle s’arrêta ; la flamme tanguait toujours, affolée sur la pointe de son index.

– Sekerys Wellington. Elle se retourna. Tu vas incendier la tour, à ce rythme-là.

– …serait-ce une grande perte ?

L’intruse sourit, s’assit sur les tuiles rêches et encore humides des pluies précédentes :

– Peut-être pas pour toi, non. Pour moi, certainement.

Sekerys inspira profondément ; le soleil parut s’embraser, dans le lointain, pour l’ultime fois. En nage, elle se mut jusqu’à la serviette qu’elle avait laissée sur l’un des crochets en fer de la tour, prit le temps de s’essuyer le visage. Le silence accompagnait chacun de ses gestes, comme si elle eut été une brise dans le vent. Elle soupira :

– Et si je mettais enfin le feu à ce maudit palais, peut-être cesserais-tu de te contenter des miettes que l’on te jette, et chercherais-tu enfin la gloire que tu mérites.

Un regard ; le temps d’encaisser :

– Ma place est auprès de mon époux, Sekerys. Là où demeurera la tienne.

– Hum ! elle jeta la serviette sur son épaule, s’étira les membres, défit sa tresse et passa ses doigts dans sa tignasse blonde. Elle sentait encore chacun de ses muscles palpiter, elle vibrait encore… à l’appel de la magie, en elle, l’appel à la libération. Tu as fait ton choix ; ne m’oblige pas à suivre ton chemin.

– Tu es mage ! un instant, elle parut chercher ses mots. Je sais que tu ne veux pas de… elle désigna l’ensemble de la fête en contrebas, d’un large geste de la main… ça, mais tu as malheureusement hérité de moi, et de ma mère encore, et de ma mère avant elle…

– Je sais, je sais ! La malédiction familiale, tu me l’as suffisamment rabâchée ! Fureur des femmes, comme tu aimes la nommer, et pourtant tu n’en fais rien ! Nous sommes mages ; nous devrions diriger.

– Mais nous sommes femmes.

– Et en tant que femmes, nous devrions les surpasser.

Sa mère frémit ; la nuit, glaciale, poursuivait son lent écoulement, embrassant avec délectation leurs veines embrasées. Le regard de Sekerys se raffermit – et, quelques secondes seulement, il lui parut voir l’hiver s’aviver.

– Je veux m’engager parmi les exécuteurs.

– Hors de question ! elle se lève ; les deux femmes s’affrontent. Pour quoi faire ? Risquer ta vie ?

– Me rendre utile ! Bon sang, mère, ma puissance de feu pourrait chasser une armée de possédés s’il le fallait !

– …et risquer de te faire posséder à ton tour ? J’ai déjà suffisamment de tracas pour ton frère – et te perdre, je ne le supporterais pas.

– Mais…

– Rien ne sert de discuter, je demeurerai intransigeante. Maintenant, j’aimerais que tu fasses l’effort de nous rejoindre en bas : des représentants importants ont été invité.

– Tu parles… laisse-moi deviner, les Loeftorn ?

La reine eut un sourire en coin, se détournant déjà du vide pour retourner à l’intérieur, un pas passant l’autre moitié du velux, la main agrippée au rebord.

– Mayvin est un jeune homme charmant, après tout.

– Un imbécile à peine capable d’aligner trois phrases sans parler de « guerre » ou de « possession » surtout, oui…

– Je crains que tu ne parles des hommes en générale, ma fille… et que peut-on demander de plus de leur part, si ce n’est la guerre, tandis que nous dirigeons en leur ombre les affaires qui nécessitent plus d’esprit ?

Un regard tendre ; rires. Et leurs deux silhouettes s’échappèrent par la fenêtre, à l’orée des ténèbres, là où le crépuscule se meut et meurent les étoiles.

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