Chapitre I : Sekerys

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Elle passa le pas de sa porte, soupira ; ses doigts défirent instinctivement son chignon austère, elle laissa ses mèches d’or onduler jusqu’au creux de ses reins – et son regard parut appeler le jour. Les bras recroquevillés autour de ses épaules, elle se laissa glisser le long du mur, le cou croqué – et son regard parut contempler l’éternité. Elle ne sut combien de temps elle demeura ainsi, dans la contemplation du plafond. Elle compta, dans le lointain, cinq ou six grondements. La fenêtre de son balcon entrouverte, les conversations lui parvenaient encore :

– Ce fut un plaisir partagé, duc Loeftorn ! Oui, bien entendu, nous reparlerons de ces… interventions lors de notre prochain conseil. Voilà votre voiture... oui, au revoir, jeune Loeftorn, ce fut une agréable soirée !

Et Sekerys leva les yeux au ciel, sans pour autant avoir la force de marcher jusqu’à cette maudite fenêtre. Et cette robe qui collait à sa peau… quand bien même c’eut été un cadeau, quel affront de se mouvoir dans une tenue si inconfortable ! d’autant qu’elle était rouge, bien entendu… le tonnerre gronda à nouveau ; Sekerys s’interrogea si sa mère allait demeurer à contempler la pluie pour le restant de la nuit, ou si elle finirait par rentrer. Le roi se retirerait dans ses quartiers, bien entendu, quant à son frère… la princesse se massa les tempes, pour chasser les réflexions. La foudre pourfendit un nuage noir ; elle se rappela… combien de temps lui restait-il, encore ? Cette nuit, et le jour non ? Avec ces formules de politesse en tête, elle était incapable d’estimer convenablement ! et ce maux de crâne… « je tuerais pour moins que ça » mais elle s’abstint du commentaire, se releva péniblement, ôta les fines bretelles de sa tenue, qui glissa sur elle comme la peau d’un serpent. Face à son miroir, elle se regarda : ses épaules étaient larges, sa poitrine menue, sa stature élancée et ses cuisses, muselées dans ses bas noirs, étaient larges et musclées. Elle grimaça, frotta son rouge à lèvre rouge qui s’étala sur sa peau neige, avant de penser à prendre du démaquillant. La pluie battait les toits, chantait afin d’appeler le petit jour – elle l’ignora ; la nuit était encore son domaine. Silencieuse, les gestes laconiques, elle tira sur ses bas, marcha gracieusement sur le plancher de sa chambre. Une planche grinça ; elle s’abaissa, genoux contre le sol, chercha la fente, l’ouvrit. Ce furent d’abord ses lames, au nombre de quatre, qui la saluèrent. Elle les prit, les aligna côte à côte devant elle ; ses doigts frôlèrent à chacune le tranchant, attirés, ses lèvres murmurèrent pour chacune un nom, aux consonnances oubliées dans ce monde plus vieux encore que la vie :

– Kali, la lame courbe était noire, le manche violet sombre. Medea, un duo de couteaux droits qui reluisaient à la chaleur de ses yeux. Vivia, un poignard glacé qu’elle gardait toujours enserré dans son corset, Enyo, la lame la plus longue, aux teintes belladonées et si fine qu’elle aurait percé la barrière de ses lèvres. Ce ne sera pas aujourd’hui que l’on perdra.

Le rituel achevé, elle enfila une tunique ample et grisâtre, qui se croisait : d’abord le côté droit, le côté gauche par-dessus, maintenu à l’aide d’une simple pression. Dans les manches longues, elle cacha Medea ; à sa poitrine guettait Vivia. Elle enfila ensuite un pantalon noir simple et large, qu’elle enserra d’une ceinture au niveau de la taille. Enyo la gardait – et Kali demeurait sous le tissus de sa jambe droite. Ainsi parée, Sekerys prit le temps de tresser ses cheveux, jeta un rapide coup d’œil dans la glace, sourit, rabattit la capuche avant de sortir de la trappe son ultime artefact, son véritable visage… sur sa peau neige elle enfila un masque plus blanc encore, aux teintes glacées et à l’œil austère : l’effigie d’une chouette. Et à peine avait-elle finit ses préparations qu’un oiseau surgit à sa fenêtre entrouverte, et la héla d’un croassement. Son sourire s’agrandit ; elle se tourna vers le Corbeau, tendit la main et frotta son plumage.

– Oui mon beau, je n’ai pas oublié… dis-lui que j’arrive ; mais avant, je vais devoir lutter contre les éclairs.

À ces mots, ce ton sirupeux, l’animal croassa une nouvelle fois, pour s’envoler dans un nuage de plumes noires, et de malheurs.

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