chapitre II : la révoltée
Elle attendait. Depuis le levé de la nuit jusqu’aux premières lueurs de l’aube, elle avait attendu. Aucun geste ne venait déranger cette expression sibylline, aucune voix ne venait briser ce silence étranger. Elle avait attendu parce qu’elle était certaine du destin, et de l’action de ses pairs ennemis. Elle sourit ; pour la première fois depuis des heures, elle effectua un pas, et sortit. Il avait plu toute la journée et toute la nuit ; les éclaircies étaient rares, en octobre, et l’orage s’annonçait encore proche. Elle avait protégé ses cheveux enflammés sous une capuche aux reflets bleutés, aux bordures sable… Les gouttes d’eau agressèrent son visage quand elle releva la tête ; elle entendit les voix, les commentaires, les personnes des quartiers est quitter leurs demeures à l’entente de l’annonce. Elle savait ; elle voulait simplement entendre ces mots, analyser le discours, juger de la qualité médiocre de son opposant.
- « … insalubres. Certains parviennent à améliorer leur vie ; la plupart finissent tués. Est-ce donc votre désir, habitants de Dervor ? Est-ce donc, pour vous, le visage de la liberté ? »
La voix grésillait sur l’écran d’informations. Les enfants, apeurés, retournaient se terrer dans les bras de leurs bonnes ; beaucoup baissèrent la tête, d’aucuns eurent l’audace de contester. Tous s’opposèrent au détracteur de leur conscience. Elle sourit. Six phrases ? c’était peu. Était-ce vraiment la seule chose dont les assassins étaient capables ? Elle s’apprêtait à rentrer, heureuse de sa planque et de l’échec de V, quand elle le vit.
Le gamin.
Dix-huit piges à tout casser, des cheveux noirs et argentés, un œil barré par trois cicatrices.
Le passé, le présent, le futur aussi… le futur surtout.
Ses yeux à elle s’écarquillèrent, son sourire s’élargit ; ses lèvres s’humectèrent de l’air du soir… peut-être, oui. Peut-être qu’après tout, l’autre ne lui avait pas menti.

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