Chapitre III : Katos et Alf

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  • Bordel Alf ! Tu aurais pu me réveiller !
  • … « Content de te voir, Alf ! Comment vas-tu, Alf ? » c’est si compliqué, un simple bonjour ?
  • Il est onze heures passées !
  • Et ce n’est pas moi qui ai abusé de la tequila hier soir pour, je cite, « enterrer les trente-deux ans ».

Katos leva les yeux au ciel, jeta sa veste sur la chaise de la salle de réunion.

  • C’est bon, j’ai compris ! Cesse tes remontrances et viens-en aux faits !
  • Figure-toi qu’incapable de dormir à cause de l’immonde marmotte imbibée qui ronflait à ses côtés…
  • Oui bon, ça va.
  • … ton araignée est restée éveillée toute la nuit à visionner le reportage des assassins et leur chère explosion place des mandragores.

Le légiste remonta ses lunettes, eut un léger sourire en coin, tapota l’écran tactile et diffusa une vidéo sur l’écran principal de la pièce. Affalé sur une chaise, Katos observa : la foule se précipiter hors du hangar, les uns démasqués, les autres écrasés par la masse. Le Loup, indifférent, descendait les gradins ; il agrippa un des nobles, ôta son masque, mais avant que le discours ne soit une énième fois entendu, Alfwin coupa :

  • Là.
  • Quoi ?
  • Cet homme se nomme Otto Becker. Et il semblerait que son prénom soit à comprendre au sens littéral : il fait partie d’une petite escouade de bourgeois qui finance… un instant, il tapota sur la tablette : l’image d’un homme dégarni, au visage jovial et amène, et suffisamment ventru pour que la chemise de son costume soit tendue, apparut à l’écran. À ses côtés se tenait une femme, ou plutôt son opposé : grande, maigre, un carré court qui tranchait chacune de ses mâchoires… le Saint-Athelstan. Un hôpital géré par le chirurgien vasculaire Dyren Marnich. L’autre personne, c’est l’infirmière cheffe du service de chirurgie, Mary Berean.
  • Ok et alors ?

Le sourire du légiste s’agrandit, dévoilant des reflets violâtres, avant qu’il ne retourne à la vidéo.

  • Alors l’homme que tu vois ici, en arrière-plan ? il zooma sur un individu d’une cinquantaine d’année au tweed totalement déchiqueté. Jasper Aberline ; il s’avère que lui aussi fait partie des généreux donateurs. Tout comme Evelyne Miller, ici à droite, et Joshua Hofmann à ses côtés. Et sur d’autres plans…

Il voulut avancer la vidéo en marche rapide, mais Katos l’interrompit :

  • Ça va je pense que j’ai compris. On dirait qu’il y a un lien entre cet hôpital et les gens présents sur le marché noir.
  • Tu parles au conditionnel, Well. Je crois que nous pouvons conjuguer ce temps au présent : j’ai passé ma nuit à visionner ces images, et sur la quinzaine de visages que j’ai pu identifier, neuf apparaissaient clairement comme donateurs. Mieux encore : un bal de charité est organisé demain soir, à minuit, en vue d’une collecte de dons pour les patients atteints de troubles mentaux. Étant donné que cette fête est réservée au gratin de la bonne société…
  • Oh non. Oh non, je le sens venir.
  • …je me suis permis de nous inscrire en tant que représentants du pouvoir. Après tout, tu es prince : qui se refuserait un prince pour invité ?
  • Tu t’es permis, bien sûr ! Traitre !

Un instant ; Alfwin jugea derrière ses lunettes rayées la mine ébouriffée de son compagnon.

  • Katos.
  • Traitre !
  • …bien entendu. Si tu pouvais cesser tes enfantillages, j’ai une autre information plus que capitale à te transmettre… si je trouve comment actionner ce truc.

Il s’acharna quelques minutes contre la tablette, parcourut d’autres fichiers. Grommelant, il cliqua sur l’un, l’autre, retourna, non ce n’était pas ça, ça c’étaient les caméras du QG quand la Chouette s’était infiltrée… Ah ! Il sourit, cliqua sur la vidéo. Probablement devait-elle venir d’une caméra de surveillance aux alentours de la place ; silencieux, les deux hommes regardèrent le Corbeau perdre tout contrôle, la magie progressivement infiltrer ses veines…

  • …c’est lui qui est responsable de l’explosion.
  • Attends.

…un loup. Un masque de loup, du moins. Lui. Il s’approcha de Kaël, mains tendues devant lui. Katos se redressa sur sa chaise, le regard rivé sur l’écran, sur… la révélation. Le Loup dévoila son visage, de profil, tentant de ramener le Corbeau à la réalité. « C’est moi » lisait-on ses lèvres articuler. Un instant, l’inspecteur chef demeurait bouche entrouverte, figé.

  • …comment c’est possible ?

Alfwin haussa les épaules, éteignit l’écran.

  • Je sais pas. On a jamais pu le voir, jusqu’à présent. On possède aucune information à son sujet, mais avec son visage, désormais… la donne a changé. Je compte bien trouver son identité.
  • Mais il n’aurait jamais été crétin au point de se démasquer devant une caméra !
  • …en effet. Depuis la fondation de son ordre, nous n’avons jamais pu obtenir ne fut-ce qu’une photographie de lui. S’il s’est laissé filmer…
  • …c’est qu’il n’était pas au courant. La question, c’est donc : qui ? et pourquoi ?

Silence. L’écran désormais éteint et noir paraissait les narguer. Le légiste soupira :

  • Il semblerait que je n’en n’ai pas fini, avec les heures sup… enfin, il me reste encore à assurer mon tour à l’hosto, et dois-je te rappeler que nous sommes…
  • Jeudi. Je sais. Katos jeta un coup d’œil à sa montre. Je vais bientôt y aller.
  • J’en serais presque jaloux ; bientôt, tu auras plus de ponctualité pour lui que pour moi.
  • Dixit celui qui m’inscrit à un bal sans mon consentement.
  • Je déteste danser tout autant que toi, mais c’est notre seule piste.
  • Ah oui ? Et les rapports du labo, tu m’expliques ce que fout Esra ?
  • Le cadavre que nous avons retrouvé sur la place appartient à un Black Mobsters, du moins, si l’on se fie au tatouage sur ses phalanges. Mais le Corbeau avait volé son identité : on ne peut rien en tirer. Alors si tu n’es pas content de servir d’excuse pour infiltrer un bal…
  • Je sais, je sais, je vais la fermer et subir… mais tu me revaudras ça !

Katos s’était déjà levé, et s’empressait de récupérer veste, dossiers et documents en tout genre qu’il avait éparpillé en entrant au bureau. Alfwin le regarda s’apprêter, sourit malicieusement, et rétorqua :

  • C’est toi qui me devais quelque chose après avoir ronflé dans mes oreilles toute la nuit ! Et aussi, il me faut un costume ! Katos haussait les épaules, en courant dans le couloir : je n’ai pas de tuxedo, et ma blouse risque d’être un tantinet trop tape à l’œil !

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