Chapitre III : le devin

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  • Il vous intrigue, n’est-ce pas ?
  • …qui ?
  • Le docteur.

À peine avait-il franchi la porte du cachot que Dewl l’abordait déjà. Ses dents oscillaient entre le jaune décoloré du temps, et le brun séché des tortures. Il sourit dans sa barbe de trois jours :

  • Dyren Marnick.

Katos quitta l’ombre, avança l’usuelle chaise du gardien devant les barreaux, s’assit jambes écartées, dossier face à l’ennemi et magie en dormance dans ses veines. D’un coup brusque, le prisonnier se pencha vers lui, enserra le métal froid de ses chaines qui clic, clic, clic retentissait entre les briques couvertes de moisissure et les éclats noirâtres du sang.

  • Allons, inspecteur : ne me dites pas que vous n’avez pas remarqué ? Des conférences les mercredis ! Une coïncidence, est-ce vraiment ce que vous pensez ?

Silence. Seul le tchac régulier de son collier perçait la barrière qui les séparait.

  • …comment es-tu au courant ?
  • Inspecteur ! Un temps, il rit : vraiment ?

Il approcha alors son visage tout contre celui de son interlocuteur. Katos frémit, se retint de reculer. Ainsi, aussi près, il pouvait observer chacune des sutures apposées à son œil droit, le pu encore qui avait séché lors de la cicatrisation et qui désormais constituait une gourme au niveau de la paupière.

  • Que veux-tu ? murmura-t-il.
  • Moi ? Bien peu de choses, en réalité, vous parler chaque semaine est déjà une opportunité face à l’ennui que je ne refuse pas ! Mais… je vous retourne la question.
  • Dyren Marnick… Katos hésita. Il hésitait toujours, pris entre le refus d’un tel don et la fascination morbide qu’il provoquait en lui… je l’ai cherché, dans notre base de données : il faisait partie du groupe des chercheurs du gouvernement, durant la guerre. Il connait l’Immortelle.
  • Exact, mais encore ?
  • Pourquoi a-t-il été écarté ?

Sebastian, si proche, recula d’un coup, soupira :

  • Vous vous posez toujours les mauvaises questions, inspecteur ; ne me faites pas perdre du temps avec des questions dont vous connaissez déjà la réponse.
  • Te faire perdre du temps ? et qu’as-tu donc de mieux à faire ?

Son œil le dévisagea ; l’œil droit, blanc, laiteux, le fixait d’un air impavide. Un sourire de renard fit frémir ses joues émaciées :

  • Si seulement vous pouviez…ne fut-ce que concevoir…
  • Épargne-moi ton bla bla : qu’est-ce qui s’est passé pendant la guerre, au point qu’un de nos chercheurs ait été renvoyé ?

Soupir. Le prisonnier détourna le regard, la face glabre tournée vers le maigre rayon que le soleil laissait percer en cette douce après-midi, à travers la meurtrière. Il siffla, quatre notes : toutes les quatre emportées par les vents.

« Je me rappelle encore les cases noires

Les cases blanches, les pièces muettes

Leurs mouvements imprégnés dans ma mémoire…

L’avenir me guette »

  • …une tempête se prépare.
  • Dewil !

Il leva les yeux au ciel.

  • Que voulez-vous, inspecteur ? vous refusez de croire en mes prophéties, et pourtant vous venez, revenez et revenez encore, chaque semaine ! Des rendez-vous hebdomadaires ! Réalisez-vous ? vous êtes sans nul doute l’agnostique le plus croyant que je connaisse.

Tchac, le martèlement du collier qui canalisait, annihilait son pouvoir retentissait entre eux, signifié austère d’une communication anéantie. Tchac, la dose cherchait la veine, l’échappatoire, empêchant la magie de concrétiser les plus grandes folies de l’imagination. Il gratta le sang, de ses doigts cornés ; Katos chuchota :

  • Réponds.

L’orage grondait dans sa voix.

  • Toutes vos réponses convergent vers un homme, vous le savez comme moi. Combien de temps encore voilerez-vous la face à votre vengeance, inspecteur ?

Et tchac, les veines suppliciées cherchent le délice, le métal froid gratte la peau à vif… la chaise produisit un horrible grincement quand l’inspecteur se leva, épousseta son pantalon, recula. Il le toisa, un instant, son visage déjà prêt à retourner dans l’ombre :

  • Alors nous n’avons plus rien à nous dire.

Et à ces mots, il se détourna et partit. Et à ces mots, Sebastian éclata de rire, un éclat qui se réverbéra entre les barreaux des cellules avoisinantes, un éclat qui retentit dans l’entièreté du cachot. Les gardes crièrent, les autres prisonniers hurlèrent ; il sourit. Oui… il se souvenait, encore…

« Je me rappelle tous tes mots, Darius,

L’échec et l’histoire, la gloire quiète,

La croyance au triomphe de ton opus…

Là où l’avenir guette »

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