Chapitre III : Vorento
Il regardait, non pas le crépuscule, mais le levé de la nuit. Derrière lui, le soleil agonisait ; en face, les reflets violacés du voile nocturne venaient peser sur les cieux. Bientôt, il pourrait retourner à ses ombres ; bientôt, seul son regard le trahirait. Il sourit, jeta sa pièce en l’air, la rattrapa ; enfin étaient revenues les heures dédiées aux veilles et insomnies. Ainsi les méditations allaient aux battements d’agonie du ciel, quand un mouvement, en contrebas, le fit détourner les yeux du spectacle. Debout sur le toit de l’église abandonnée, le Loup regarda son subordonné d’un œil impavide :
- …que cherches-tu, Merald ?
- C’est Renard. Il se demande où placer les explosifs, pour la prochaine fois…
- Je vois.
D’un pas de chat, il sauta du clocher, atterrit sur les ruines du transept, se laissa glisser le long des absides pour rejoindre l’assassin. Les tombes l’accueillirent en quelques soupirs habitués ; il sourit :
- Est-ce tout ?
Merald hésitait. Il regardait discrètement à gauche, à droite, la sueur s’égrenant de ses tempes froides. Non, non ce n’était pas tout, et le Loup pouvait voir sur ce visage les yeux écarquillés de la crainte, les lèvres asséchées par la peur.
- …qu’allez-vous faire pour le Corbeau ?
Un temps ; le temps de s’interroger s’il lui posait vraiment cette question.
- Je veux dire, tenta de se corriger le Requin, qu’il devient dangereux. Le hangar… il aurait tout pu faire foirer. Et ce n’est pas la première mission où il perd le contrôle, et…
- Je sais.
- Mais nous ne pouvons pas essuyer d’autres pertes ! S’attaquer aux Jokers, avec… lui ? C’est insensé ! Il est instable, il prend des décisions irrationnelles et…
- J’ai entendu ton propos, Requin. Un regard : usuellement, un regard suffisait toujours. Mais pas aujourd’hui. L’assassin serra le poing, reprit :
- Si tu ne le maitrises pas, il nous enterrera tous.
- Ainsi est-ce donc par crainte que tu veux te débarrasser de lui ? Ai-je eu de la crainte, à t’accueillir ici ?
- Non, enfin… ce n’est pas la même chose, V.
- Kaël est un assassin. Il a mérité sa place parmi nous certainement plus de fois que quiconque ne la méritera dans sa vie, il a servi tant de fois nos objectifs que je ne pourrais jamais le remercier assez.
Silence ; le vent mugissait dans l’obscurité sans nombre, Merald murmura :
- …et pourquoi seulement, V ? pour le goût du sang ?
- Le sang, il y a suffisamment goûté, crois-moi. Du même pas, déplaçant son poids d’un coup sur sa jambe d’appui, comme s’il voulait à peine frôler le sol, le chef s’en alla entre les tombes, déjà prêt à partir par ses tunnels. Non : je parierais plutôt sur un semblant de rédemption.

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