Chapitre 2 20 avril 2015 - Départ pour la Thaïlande Aéroport Charles de Gaulle - Paris

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Les sanctuaires d’éléphants, la street-food, le sourire sur le visage de tous ces inconnus, les îles paradisiaques et surtout l’aventure ! C’était ce que représentait la Thaïlande dans l’imaginaire de Julie. Ce voyage, elle en rêvait depuis l’enfance, depuis que son grand-père, Marcel, lui avait compté maintes et maintes fois pour l’endormir, ces innombrables aventures dans le plus beau pays du monde selon lui. Bien entendu, leurs voyages seraient très différents.

60 ans les séparaient tout d’abord et depuis, la mondialisation et le tourisme de masse avaient sans aucun doute changé de nombreuses choses dans la physionomie du pays. Néanmoins, tout ce que ce dernier avait pu lui raconter résonnait en elle comme un appel, comme si ce périple devait être entrepris tant qu’elle était libre, avant que la vie active et le monde du travail ne l’engloutissent et ne l’asservissent à tout jamais.

Harnachée de son « backpack », ce sac à dos plus grand et plus gros qu’elle, qu’arboraient fièrement tous les voyageurs en herbe, Julie descendit du bus qui l’avait emmenée de la gare de Tours jusqu’à la banlieue parisienne.

Elle le sentait, en arrivant au pied de l’aéroport Charles de Gaulle, ce sentiment qui montait en elle, cette certitude qui formait un sourire sur son visage, enfin, elle allait s’envoler pour le pays de ses rêves.

Bon, ce n’était que le début, et déjà, les 8 heures de route en Flixbus en partant de Tours lui avaient paru une éternité. Mal assise, toilettes hors service, relent de kebab durant tout le trajet et pour couronner le tout un léger torticolis avait fait son apparition.

Arrivant au terminal 1, réservé aux vols internationaux, Julie se sentait minuscule dans cette jungle de touristes par centaines qui couraient dans tous les sens pour attraper leurs avions. Elle aussi, devait trouver son chemin à travers tous les étages, les escalators et les dizaines et dizaines de compagnies aériennes.

Non sans mal, vu son sens de l’orientation qui n’était pas sa qualité première, elle était enfin assise devant sa porte d’embarquement après avoir passé avec succès les diverses embûches que représentaient l’enregistrement du vol, le passeport à présenter, la pesée du sac et finalement la douane.

Sur sa droite, l’avion de la Thaï Airways, était en train d’être préparé sur le tarmac. On apportait sur son flanc tous les repas qui allaient être servis dans l’avion, Julie se demanda alors, s’ils allaient avoir droit au fameux pad thaï, rien que l’idée de la street-food qui l’attendait là-bas lui mettait l’eau à la bouche.

Avec ses deux heures d’avance, elle avait largement le temps de donner des nouvelles à ses amis sur un groupe Whatsapp créé tout particulièrement pour l’occasion. Sa famille bien sûr, puis ses meilleurs amis, Joana et Nono et quelques proches de l’université pourront suivre photo après photo, ville après ville, les trois semaines les plus excitantes de toute sa vie.

Des dizaines de messages de soutien, d’encouragement et de conseils lui parvinrent de toute part, notamment de la part de Joana qui s’inquiétait fortement de la garde-robe de sa meilleure amie. Ayant empaqueté une bonne partie de son dressing ensemble, elle voulait être sûre que cette dernière n’avait pas oublié les maillots de bain les plus échancrés qu’elle lui avait choisis. Julie n’avait d’ailleurs pas manqué de la remercier chaleureusement quand, au moment de soumettre son passeport, elle fit tomber sur le présentoir, devant l’agent de voyage, une boîte neuve de préservatifs où était collé le post-it ci-après : amuse-toi bien ! Suivi d’un smiley en forme d’aubergine.

Pendant qu’elle souriait seule sur sa chaise, Julie ne remarqua pas tout de suite l’homme qui n’arrêtait pas de lui lancer des regards tandis qu’elle répondait à ses amis sur son téléphone. Ce dernier se positionna sur un banc juste en face d’elle. Ces regards insistants finirent par attirer l’attention de Julie sur cet inconnu pour le moins haut en couleur. L’homme en question avait une trentaine, et était fin prêt pour sauter dans les eaux turquoise de la mer d’Andaman, affublé de son plus beau short et de sa chemise hawaïenne. En le toisant, elle ne put réprimer un sourire qui s’apparentait plus à de la moquerie qu’à un appel à la conversation.

Mince, il va croire que je l’invite à discuter… en effet il n’en fallut pas plus à notre inconnu pour tenter le rapprochement.

— Hey, salut, moi c’est Zach, enchanté ! tu voyages seule toi aussi ?

Mon Dieu ! belle entrée en matière pour savoir si je suis célibataire se dit-elle, mais cela la fit sourire. Julie n’était pas contre les rencontres bien au contraire, pas amoureuses, attention ! Non, surtout pas ! C’était son voyage et elle n’allait pas risquer de le foutre en l’air pour une amourette de vacances. Elle savait, de par ses amis qui étaient partis eux aussi en solo, que dans un voyage on ne restait jamais vraiment seul et jamais très longtemps, mais elle ne pensait pas rencontrer quelqu’un si tôt.

— Salut Zach, moi c’est Julie, avait répondu la jeune femme en lui tendant la main. Oui, en effet, je voyage seule.

— T’as bien raison, on est mieux seul que mal accompagné ! Enfin, sauf quand il s’agit de moi bien entendu. Zach se fendit d’un large sourire.

Malgré cette approche un peu lourde et maladroite, les deux voyageurs firent connaissance durant les deux heures qui les séparaient du départ de leur aéronef. Zach apparaissait comme étant le genre de personne à monopoliser la parole en parlant surtout de lui, mais cela ne dérangeait pas Julie, qui avait toujours été discrète et avait surtout besoin de confiance pour se livrer.

Elle comprit rapidement, à sa façon de s’exprimer et surtout en regardant la montre à son poignet, que les deux touristes n’étaient pas du même monde. Zach était certes habillé, de la tête au pied, de manière plutôt cool et ridicule, mais la Rolex qu’il affichait fièrement à son poignet, à moins d’être une fausse, devait coûter un bras.

Mis à part la Rolex étincelante, ce dernier ne faisait pas étalage de ce qu’il avait et c’était agréable sinon la discussion aurait tourné court.

Zach lui expliqua qu’il voyageait depuis quelques années grâce à l’argent de ses placements financiers et qu’il retournait pour la cinquième fois en Thaïlande pour affaires. Il devait se rendre d’abord à Bangkok pour aller voir des amis puis, reprendre un avion en direction de Phuket dans le sud du pays pour rendre visite à son futur associé. Julie en profita pour lui parler de son itinéraire :

Je serai aussi sur Phuket au milieu de mon excursion.

— Tu vas voir, c’est le feu là-bas ! Surtout Patong, c’est le quartier où tout est possible. Si tu aimes faire la fête comme j’aime la faire, il y a de grandes chances qu’on s’y retrouve ! Je commence à connaître du monde sur place et je te ferai passer une putain de bonne soirée.

— J’ai entendu dire que les soirées en Thaïlande étaient folles, mais Patong, ce n’est pas l’endroit où il y a énormément de drogues et de prostitution ?

Elle, qui avait toujours été une organisatrice hors pair, s’était tellement renseignée depuis tant d’années sur sa destination, qu’elle connaissait le nom des villes, des îles et même des rues mythiques de Thaïlande sans jamais y avoir posé les pieds.

— Tu sais, tu retrouveras malheureusement ça, un peu partout en Thaïlande, sauf dans le nord et encore… Mais tu en feras abstraction et tu passeras les meilleures soirées de ta vie, je te le garantis. Il faut vraiment que tu m’appelles quand tu arriveras sur place, je serai sur une île pas loin ; je remonte sans arrêt sur Phuket, comme je te l’ai dit, tout se passe là-bas ! avait confirmé le grand blond, des étoiles plein les yeux.

Il était agréable finalement, et avait de beaux yeux bleus. Bien que bel homme, il n’était pas particulièrement son genre, mais il était charismatique. Il s’exprimait bien et savait mettre en confiance. Julie et Zach échangèrent leurs Instagram respectifs afin de rester en contact. Bien que discrète, Julie aimait faire la fête, doucement, mais sûrement, et quand elle était lancée, rien ne pouvait l’arrêter. L’invitation de Zach lui parut sincère et sans arrière-pensées alors pourquoi pas, se dit-elle. Les rencontres faisaient partie du voyage.

Une voix se fit entendre dans les haut-parleurs et il était temps d’embarquer, mais seulement pour les business et premières classes, Julie devait attendre encore quelques minutes avant de poser ses fesses dans la partie « éco » de l’avion durant les douze prochaines heures.

Zach, quant à lui, remit ses pieds dans ses claquettes, et déroula son mètre quatre-vingt.

Julie le regarda se lever en souriant :

— Tenue à la cool, mais première classe quand même pour monsieur !

— La liberté c’est de pouvoir s’offrir des plaisirs simples et aussi un siège couchette en première, en sirotant un bon whisky ! s’exclama Zach en rigolant. J’ai été ravi de te rencontrer et surtout écris moi quand tu seras sur Phuket, promis ?

— Promis, avait répondu Julie en le regardant s’éloigner

Finalement, elle avait bien fait de lui sourire, les deux heures étaient passées à toute vitesse. Zach, malgré un certain égocentrisme et une haute opinion de lui, paraissait cool et sincère. Ce sera agréable de le revoir quand elle décidera de rejoindre les eaux chaudes de la mer d’Andaman.

Dernier passage aux toilettes pour apaiser sa vessie pleine et ce sera bientôt son tour d’embarquer.

Son voyage était sur le point de commencer, avec des souvenirs qu’elle ne serait pas près d’oublier !

*

Même jour : Aéroport Charles de Gaulle

Sans s’en rendre compte, Julie venait de faire naître un amour unilatéral. Cette personne, tapie dans l’ombre, qui l’observait depuis son passage en douane, ne pouvait plus détourner son regard.

— N’y pense même pas ! On s’était promis de ne plus recommencer, une nouvelle vie nous attend, ne l’oublie pas.

L’inconnu se délectait du visage de Julie et pas seulement. Il la regardait sous toutes les coutures, chaque centimètre carré de son corps était passé au peigne fin. Il l’adorait déjà, c’était trop tard, sa décision était prise, ce serait elle désormais…

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