Chapitre 5 24 avril 2015 Bangkok
La capitale thaïlandaise était la première étape dans le carnet de voyage de Julie. Tout en suivant les traces de Marcel, elle avait choisi de se rendre dans une ville bien différente : Chiang Mai.
Cette cité historique n’avait rien à voir avec sa grande sœur. Chiang Mai avait certes la deuxième place au classement du nombre d’habitants en Thaïlande, mais, elles étaient culturellement et visuellement opposées.
Après avoir récupéré les réseaux sociaux des diverses personnes qu’elle avait eu la chance de côtoyer au sein de cet hostel, le moment était venu pour elle de leur dire au revoir ou adieu, elle ne savait pas trop. Son sac à dos, qu’elle avait si bien rangé et ordonné au départ, avait de plus en plus de mal à se fermer. C’était tant bien que mal et avec une certaine nostalgie, déjà, qu’elle rejoignait la gare de Bangkok.
En arrivant, Julie constata qu’il y avait autant de monde dans les rues que dans la gare principale. Pas une seule place assise ne restait, si bien qu’elle dut se mettre par terre. Mais au moment où elle commença à étendre ses jambes et caler son dos contre son énorme sac, une musique retentit et tous les gens autour se mirent debout.
Amusée, elle regarda la quasi-totalité des personnes présentes se lever à l’unisson. Elle ne reconnaissait pas la mélodie qui était jouée, mais vu l’air solennel de tous ces gens, on devait sans doute interpréter l’hymne national du pays, qui était étrangement long, très long. À tel point qu’elle eut le temps de repérer tous les étrangers qui, comme elle, étaient assis par terre. Seule une personne déambulait à travers ce peuple qui s’était mué en statues puis, remarquant Julie, elle vint près d’elle :
— Ola ! Je peux m’asseoir ?
— Hey salut, oui bien sûr, je t’en prie.
Julie l’avait immédiatement reconnue, mais elle doutait sincèrement que ce soit réciproque. Une femme comme elle ne devait faire attention qu’à sa propre personne et à son petit nombril. Même si elle lui avait évité une chute honteuse la dernière fois, cela relevait plus de la chance que de la compassion. Sans s’en rendre compte, Julie devenait médisante.
Elle ne comprenait pas pourquoi cette fille lui faisait cet effet, ce n’était pas la première fois qu’elle côtoyait de belles femmes, mais elle, était différente. Il n’y avait pas que de la beauté en elle, il y avait comme une sorte de danger. Une sensation inexplicable parcourut Julie, qui préféra faire taire son instinct.
Allez, tu ne la connais pas, alors arrête de faire la petite jalouse du corps parfait qui s’installe devant toi et sois gentille.
— Moi, c’est Julie, dit cette dernière en lui tendant une poignée de main
— Salma ! lui répondit la brune plantureuse en la gratifiant d’un sourire qui mettrait n’importe qui à genoux, en adoration devant sa perfection naturelle.
Putain… mais elle est obligée d’être aussi belle ? Comment fait-elle pour ne pas transpirer et sentir aussi bon ou pour ne pas avoir la peau collante et des boutons de chaleur ?
— On était dans le même hostel, je ne sais pas si tu te souviens de moi ? demanda Salma
— Si je me souviens ? Bien sûr que je me souviens et je pense que tous les mecs de l’hostel aussi ! Cette remarque fit rire immédiatement les deux femmes et brisa la glace.
— À mon avis, c’est surtout de toi qu’ils se rappellent. Fine, élancée, un visage d’ange et j’adore ta peau ! Tu es magnifique, ma belle ! s’extasia Salma.
— Euh, merci… Je t’échange ma peau blanche qui rougit au moindre rayon de soleil quand tu veux !
Cette fille est à des années-lumière de moi et elle m’envie… ça n’a aucun sens. Soit elle se fout de moi soit elle est folle, soit les deux !
— Tu es Française n’est-ce pas ?
— Oui, c’est mon accent pourri qui m’a trahie ?
— Oh arrête, l’accent français c’est tellement sexy ! Quand j’étais encore en Colombie, j’ai rencontré un Français et on est sorti ensemble quelques mois, alors je reconnais plutôt bien l’accent. Malheureusement à part « poutain » et « bouge ton cou », je ne sais rien dire d’autre.
— C’est toujours mieux que moi, depuis que j’ai quitté le lycée, j’ai perdu absolument toutes mes notions d’espagnol.
— Le principal c’est d’essayer et on finit en général par se comprendre
Malgré ses airs, superficiels et légèrement vulgaires, Salma était tout ce qu’il y avait de plus sympathique, ce qui d’un côté était très agréable et de l’autre très énervant, cette fille avait tout pour plaire.
— Ce soir, je prends le train de nuit, direction Chiang Mai, et toi tu vas où ?
— Je crois qu’on va devoir se supporter encore un peu alors, déclara Salma avec un clin d’œil, je vais dans la même direction que toi.
— OK cool, as-tu déjà pris un train de nuit avec couchette ?
— Non jamais, mais des gars de l’hostel, m’ont dit que c’était la version la plus économique et qu’on y dormait plutôt bien, alors ça me va, et puis je n’ai pas un budget illimité…
— Ouais, je comprends parfaitement, je suis dans le même cas.
— Pardon ? Mais vous êtes riches en France, non ?
— Riche ? Détrompe-toi, sourit Julie, on est loin d’être riches et surtout pas moi. Je fais des petits boulots depuis près de deux ans pour me payer ce voyage. Je suis encore étudiante et j’ai plutôt intérêt à ne pas faire n’importe quoi, même si bien sûr j’ai envie de me faire plaisir. Et toi tu fais quoi dans la vie d’ailleurs, tu es une globe-trotteuse ou… ?
— Oh j’aimerai bien ! J’adore voyager. Ce serait le pied d’être influenceuse ou nomade digitale, mais bon c’est pas mon cas, en tout cas pas pour l’instant. En Colombie, je bosse en tant qu’infirmière et je pose pour des photographes pour arrondir mes fins de mois.
Tandis qu’elles conversaient, Salma était en train de se battre avec son paquet de petits pois au wasabi, qu’elle avait acheté dans un des innombrables supermarchés Seven Eleven qu’on trouve tous les cent mètres à Bangkok.
— Tu en veux ?
— Avec plaisir ! avait accepté Julie qui allait s’en mordre les doigts dans les prochaines secondes.
La discussion dura comme cela bien au-delà de la gare principale. Les deux jeunes femmes s’arrangèrent, grâce à leur charme respectif pour se retrouver dans la même cabine. Les couchettes étaient plutôt agréables tout comme la compagnie de Salma, comme quoi il ne fallait jamais juger un livre à sa couverture.

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