Chapitre 10 28 avril 2015 - 14 h Chiang Mai

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Au bord de la piscine, le groupe d’amis se remémorait la fabuleuse journée, à travers les routes de campagne, qui les avait menés jusqu’au village de la tribu des Acka. La veille, ils n’étaient pas repartis tard, les Thaïlandais se levant assez tôt. Ils avaient suivi le mouvement sans oublier de remercier encore mille fois toutes les personnes qui passaient sur leur chemin. Une attention particulière avait été réservée à Nina qui avait été une hôtesse absolument incroyable à tout point de vue. Ils avaient tous fait le vœu de se revoir un jour… qui sait ?

— Bah alors, Magalie, tu ne viens pas te baigner ? Avait demandé Salma.

— Non, je préfère rester à l’ombre, j’ai pris de gros coups de soleil sur le scooter, je n’ai pas vraiment envie d’empirer la chose.

— Ah oui, je comprends, on n’a pas tous la chance d’avoir une belle peau colorée, c’est sûr, rétorqua Salma se souriant à elle-même.

Une tension était palpable entre les deux jeunes femmes. Durant la baignade qui avait suivi le bain de boue avec les éléphants, Magalie n’avait pas apprécié les manières cavalières dont Salma avait usé afin de se rapprocher de Josh. Ce dernier n’avait pas osé la recadrer quand elle avait sauté dans ses bras en guise d’amusement. Certes, il n’y avait rien eu de plus, mais, Magalie sentait qu’elle avait besoin de toujours plus d’attention. Salma, elle aussi, sentait la tension monter, mais elle s’en amusait. D’une part, Josh ne l’intéressait pas du tout, elle voulait juste rigoler et d’autre part si Magalie la hippie, comme elle aimait l’appeler en douce, était jalouse, c’était son problème.

Pendant ce temps, Julie parlait avec Max et Josh et n’avait pas prêté attention à ce qui se déroulait. D’ailleurs, elle n’était pas concentrée du tout. Sa participation à la discussion avec les garçons ne se faisait qu’en surface, elle avait la tête ailleurs. Elle n’arrêtait pas de penser à ce que la vieille folle lui avait dit.

Le fait que cette femme ait reconnu Marcel sur les photos collées dans le carnet était plausible, mais encore fallait-il qu’elle ait une sacrée bonne mémoire. Et puis cette histoire d’esprit et de chamanisme… même si je ne voulais pas du tout y croire, le fait qu’elle se mette à parler dans un Français parfait en me donnant l’indication de cette île, était plus que troublant !

Elle en avait la chair de poule rien qu’en se remémorant cette phrase : « Rends-toi à Koh Phi Phi sur les traces de ma bien aimée… ».

Tant de questions restaient sans réponse : est-ce qu’on était en train de lui faire une farce ? Est-ce que son grand-père avait réellement parlé à la place de cette dame ? Enfin, qu’allait-elle trouver sur cette île ?

Hier, en revenant du village de la tribu des Acka, elle avait fouillé à nouveau dans son carnet, mais n’avait rien trouvé de concluant. Marcel avait décrit plusieurs îles, dont celle sur laquelle Julie comptait se rendre. Cependant, rien de plus n’y était mentionné.

Max remarqua que Julie n’était plus dans la conversation :

— Julie… Tu vas bien ? Tu as l’air ailleurs… Déjà, hier, sur le chemin du retour tu n’as pas dit un mot, quelque chose ne va pas ?

— Non, tout va bien, t’en fais pas, je réfléchissais juste à ce qu’on a vécu.

— Tu es sûr ? Tu sais, s’il y a quelque chose qui te tracasse, je suis là, en tout cas, n’hésite pas.

Max était vraiment adorable avec Julie. Elle sentait qu’elle pouvait avoir confiance en lui et qu’elle pouvait se confier sans problème, mais préféra garder pour elle, ses histoires de fantômes.

Sur ces mots, Max sentait bien que Julie ne souhaitait pas en dévoiler davantage, il continua alors sa discussion sur le Cambodge avec Josh. C’était bientôt le départ pour le couple franco-américain qui s’apprêtait dès le lendemain, à ajouter un nouveau pays à son tableau de chasse.

Pendant ce temps, Salma, qui s’était mise un peu à l’écart, faisait des selfies en prenant soin de dissimuler une partie de sa plastique immergée dans l’eau. Ses photos n’étaient pas destinées à sa communauté Instagram, qui par ailleurs, à la surprise générale, dépassait les cinquante mille abonnés.

La veille au soir, Julie avait reçu plusieurs messages de Zach qu’elle avait rencontré à l’aéroport avant son départ pour Bangkok. Ayant échangé à ce moment-là, leur Instagram respectif, il avait pu suivre les aventures de Julie en story. Tout particulièrement celles où Salma apparaissait. Il s’était empressé de réitérer son invitation déjà lancée à l’aéroport : le rejoindre à Phuket.

Le businessman et l’étudiante en histoire de l’art avaient donc repris contact et ce dernier n’avait pas caché son attirance pour la copine de voyage de Julie. Ce qui l’arrangeait plutôt bien, car, même si elle avait apprécié la discussion et se faisait un plaisir de le revoir, c’était uniquement en toute amitié.

— Tu veux qu’il devienne fou et qu’il prenne un billet pour Chiang Mai ou quoi ?

— Hein ? Qui ?

— Genre, tu ne sais pas de qui je parle. Depuis que je vous ai mis en contact hier avec Zach, tu n’as pas lâché ton téléphone et tu fais selfie sur selfie.

— OK j’avoue ! D’ailleurs, tu ne m’avais pas menti, c’est tout à fait mon type d’homme : grand, blond, avec des yeux bleus magnifiques, j’adore ! Je crois que ma prochaine destination ce sera Phuket ! De toute façon, je comptais pas rester dans le nord encore très longtemps, j’ai trop envie de passer mon temps au bord de l’eau.

— Je pense que je vais te suivre, avait répondu Julie d’un air songeur.

— Ah bon ? s’étonna Magalie. Tu ne voulais pas visiter les îles du golfe de Thaïlande avant d’aller sur Phuket, genre Koh Samui ou autre ?

— Si, bien sûr, mais, j’aimerais d’abord aller sur une île en particulier qui se trouve à seulement quelques heures en bateau de Phuket.

Elle faisait tout pour rester la plus évasive possible, de peur de devoir parler de la vieille folle et de passer à son tour pour une tarée.

— En tout cas, on ne peut pas vous laisser partir sans vous faire nos adieux de la plus belle des manières, déclara Julie en sortant de la piscine dans son beau maillot de bain bleu.

— Comment ça des adieux ? riposta Magalie. Tu ne crois tout de même pas que tu vas te débarrasser de moi comme ça ! Je vais forcément rentrer un jour chez papa et maman en Normandie et tu m’as tellement fait envie avec ta « place plume » et ton « vieux Tours », que tu peux être sûr que je viendrai te voir !

— Bah alors, c’est de l’eau que tu as dans les yeux ou madame est une petite sensible ? Lui lança Josh, amusé.

— Tais-toi et laisse-moi faire un gros câlin tout mouillé à la merveilleuse femme qui partage ta vie.

Julie se retourna ensuite pour faire face au reste du groupe et leur proposa :

— Yellow bar ce soir, ça vous tente ? Histoire de fêter ça dignement.

— Et comment ! Ça fait plusieurs jours qu’on passe devant sans s’arrêter, je partirai pas d’ici sans me mettre minable là-bas ! balança Josh, enthousiaste à l’idée de sa future beuverie.

Après avoir passé l’après-midi, à parler respectivement de la suite de leur voyage, le groupe partit se préparer. Ils décidèrent d’abord de faire un premier arrêt au bar de l’hostel qui faisait face à la piscine sur le roof top.

De jour comme de nuit, la vue était imprenable, la ville brillait de mille feux à l’instar du bar et de ses décorations de Noël. Johnny, le barman thaï de l’hostel, servait un mélange préparé exprès pour le départ de Magalie et Josh, directement dans la bouche de ce dernier. Max attendait son tour, la bouche ouverte, prêt à recevoir la bénédiction, tandis que les filles venaient de faire leur apparition.

— Yes, my man ! s’écria Josh. Je ne sais pas ce que tu as mis dedans Johnny boy, mais ça déchire ! Hey les filles ! Venez, c’est la tournée du patron !

Magalie, Salma et Julie, avaient opté pour une tenue assez peu éloignée des maillots de bain de l’après-midi, tellement la chaleur, même après le crépuscule, était accablante. Short en jean et débardeur pour Magalie, robe légère et décolletée pour Julie et jupe fendue accompagnée d’un bandeau moulant au niveau de la poitrine pour Salma qui avait sorti l’artillerie lourde.

— Ne me dis pas que tu es déjà déchiré ? Demanda Magalie à Josh qui semblait avoir pris un peu d’avance sur le reste du groupe.

— Mais non ma chérie, Max m’a juste payé quelques verres en vous attendant.

— C’est notre dernière soirée ici, essaie de t’en souvenir quand même ! Et je te préviens Max, s’il ne sait plus où il habite, c’est toi qui t’en charges !

— Oui chef ! répondit Max avec un grand sourire en direction de Josh qui était mort de rire.

Salma s’approcha de Johnny qui gérait aussi bien les platines que les cocktails et lui demanda de passer quelques tubes latinos, histoire de faire monter, encore un peu plus, la température. Au moment où les premières notes se mirent à résonner, Salma commença à se déhancher en retrouvant, petit à petit, le son de ses origines.

Et bientôt, c’est l’hostel dans sa quasi-totalité qui se retrouvait à son sommet pour faire la fête. Une partie trinquait, bières à la main, en maillot de bain dans la piscine, pendant que d’autres, se filmaient en train de descendre une bouteille de champagne. La fête battait son plein et nos amis en étaient déjà à leur quatrième tournée de shooter, quand Salma leva son verre et cria « Salud », reprit en cœur par la foule, qui sentait que cette soirée allait être aussi bonne que douloureuse le lendemain.

Afin de limiter la casse, ils avancèrent doucement vers le centre-ville pour dîner suite aux supplications de Max qui était mort de faim.

Après s’être arrêtés une heure, pour déguster une bonne dizaine de plats, c’est les estomacs pleins, qu’ils reprirent la route. Les rues se remplissaient de monde à mesure qu’ils approchaient du Yellow bar, qui était l’établissement le plus grand de la ville. Dire que c’était uniquement un bar serait mentir. Il se composait de deux bâtiments qui se faisaient face de chaque côté de la rue. En son centre, des tuyaux accrochés à des poteaux déversaient de l’eau, telles de gigantesques douches à l’italienne.

— Ce soir, on fout le bordel ! cria Josh dans sa langue natale, se jetant au milieu de la foule et ne tardant pas à être complètement trempé.

Le reste du groupe se regarda, émerveillé par toute cette foule, cette bonne humeur, et avec une grosse envie de se rafraîchir à son tour. En suivant le rythme de la musique crachée par d’énormes enceintes qui transformaient la rue en boîte de nuit géante, ils rejoignirent Josh, les bras levés vers le ciel, tels des Amérindiens faisant la danse de la pluie pour récolter leur dû.

Trempés de la tête aux pieds, ils sortirent de cette douche géante pour aller commander à boire dans un des deux bâtiments. Tandis que Max passait commande pour l’ensemble du groupe, Magalie et Josh continuaient à danser, rejoints par Salma et Julie qui avaient tapé dans l’œil de deux hommes accoudés au bar. Les voyant arriver, Salma dit à Julie :

— Celui de droite, il est pour moi, avec un large sourire.

Julie ne répondit pas et se laissa aller à la fête, enivrée avec l’envie de s’amuser. Le garçon qui s’avança vers elle, ne lui plaisait pas plus que ça, mais elle lui prit néanmoins la main, elle avait envie de danser.

Max, réussit enfin à se faire une place au bar et récupéra les cinq bières. Il alla rejoindre le groupe au centre de la piste et se fit aider par Magalie qui le déchargea de deux bières afin d’en donner une à Josh et d’en prendre une pour elle-même, pendant que Julie et Salma firent de même. Au moment de trinquer, les deux hommes qui dansaient avec les filles, arrachèrent pour l’un, la bière des mains de Max et pour l’autre, ses lunettes qu’il se mit au bout du nez.

Max se retrouva alors dans le flou total, et ne comprenant pas bien ce qui se passait, garda le sourire et demanda à ce qu’on lui rende ses lunettes en regardant dans la direction de celui qui avait pris sa bière et qui la buvait sans gêne, hilare de sa mauvaise blague.

Détestant l’injustice et le fait qu’on puisse s’en prendre à quelqu’un de plus faible, Julie, soutenue par Magalie et Josh, leurs crièrent dessus, pour qu’ils lui rendent ses lunettes. Alors que le ton montait, Salma semblait se réjouir de la tournure des évènements puis tenta de détendre l’atmosphère :

— C’est bon, c’est une blague ! Il va lui rendre ses lunettes, arrêter de stresser comme ça ! On est là pour s’amuser, non ?

Au même moment, Max récupéra ses lunettes.

— Une blague ? Parce que tu trouves ça drôle, toi ?

Magalie quitta le bar, furieuse de l’attitude de Salma, et fut rejointe rapidement par Josh.

— Bon, maintenant, dégagez ! cria Julie à son tour.

Elle regarda Salma, abasourdie par son comportement, qui ne semblait pas comprendre la situation. Elle lui fit part de son envie de sortir un moment avec Max. Salma hocha la tête, continuant de danser.

— Ça va, Max ? Tiens, prends un peu de ma bière, de toute façon je n’ai plus soif.

— On n’a qu’à la partager alors, lui sourit Max. Et ne t’en fais pas, ce n’est pas comme si ça ne m’était jamais arrivé. Je sais que je ne fais peur à personne avec mes cinquante kilos tout mouillés, comme dirait Salma.

— Elle s’est vraiment comportée comme une peste, comment ça a pu la faire rire !

Julie et Max furent rejoints par Magalie et Josh qui s’inquiétaient du sort de leur ami.

— Ne vous en faites pas, tout va bien, et merci de m’avoir défendu, mais je vous assure que ce n’est pas grave.

Max tentait de rétablir un peu de calme et ne voulait pas que ça gâche la soirée de tout le monde.

— On ne va quand même pas s’arrêter en si bon chemin, reprit ce dernier. Demain, vous partez, alors faisons la fête et oublions ces deux blaireaux.

Voulant surfer sur la vague d’optimisme prise par Max, Julie ajouta :

— Remarque sans tes lunettes, t’as un p’tit air de Ron Weasley, dans Harry Potter ! Ça te va super bien !

— Mais ouais carrément ! Rétorqua Magalie, c’est ça, Ron ! Pourquoi tu ne mets pas de lentilles d’ailleurs, ça te simplifierait la vie non ?

— Malheureusement non, car je ne les supporte pas, ça me brûle les yeux au bout de quelques minutes et ça me donne des migraines terribles.

— Dommage, car Ron c’est mon préféré dans la saga et il est plus bogoss que Harry ! déclara Julie pour remonter le moral de Max, le faisant sourire.

Salma finit par les rejoindre avec une énorme bière qu’elle tendit au rouquin de la bande.

— Tiens ! Pour me faire pardonner ! D’ailleurs, il y en a une au bar qui vous attend pour chacun d’entre vous, alors on y retourne ?

Max accepta avec plaisir la bière que lui avait tendue Salma et tout le groupe retourna faire la fête avec plus ou moins de rancœur envers elle.

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