Chapitre 12 15 septembre 2015 - 20 h Appartement de Julie - Tours

6 minutes de lecture

Le choc de la vidéo découverte en fin de journée avait été si puissant que Julie n’entendit pas tout de suite Joana tambouriner à sa porte. Elle finit par ouvrir mécaniquement à sa meilleure amie, sans même lui jeter un regard, les yeux rougis par les larmes qui n’avaient cessé de couler durant les dernières heures.

— Bah alors, tu m’entendais pas ou quoi ? pesta Joana.

En déposant ses affaires sur la commode qui longeait l’entrée, elle prit conscience du visage défait de son amie.

— Qu’est-ce qui se passe Ju ?

Julie alla s’asseoir dans le canapé sans dire un mot, rejointe par Joana qui la prit dans ses bras.

— Parle-moi stp ! J’en ai marre de te retrouver dans cet état et de ne pas avoir de réponse. Je sais que tu souffres et que tu ne veux pas m’en parler ; pour quelles raisons, je l’ignore, mais je peux plus laisser ma meilleure amie se laisser détruire par le passé sans même savoir ce qui t’est arrivée ! Si tu me parles pas, je ne pourrais pas t’aider et ça me tue moi aussi !

Julie releva la tête dans sa direction, lasse de lui cacher la vérité.

Depuis leur rencontre en première année de faculté, elles ne s’étaient plus lâchées et ne se cachaient absolument rien de leurs vies. Il était temps de cracher le morceau et de se soulager de ce fardeau qui la faisait tant souffrir depuis plus de 5 mois.

Joana connaissait déjà une grosse partie du voyage en Thaïlande grâce à toutes les photos que Julie lui avait envoyées. Elles s’écrivaient quasiment tous les jours pour débriefer des rencontres qu’elle avait faites, de ce qu’elle avait visité, des soirées de folie, etc. Mais en arrivant à Phuket, les nouvelles s’étaient réduites comme peau de chagrin jusqu’à son retour en France.

— La Thaïlande, c’était mon rêve depuis toujours. Depuis enfant, j’en rêvais jour et nuit, j’en faisais des dessins, des histoires, je m’imaginais vivre là-bas sur une île déserte ou comme dresseuse d’éléphants ; mais jamais je n’aurais pu imaginer faire cette rencontre et ressentir pour lui cet amour qui me consume aujourd’hui.

Joana resta silencieuse et ne voulait en aucun cas interrompre son amie, qui, enfin se livrait après des mois de silence.

— Je t’ai parlé d’un garçon que j’avais rencontré quand je suis partie dans le Sud qui s’appelait Roberto. Ce que j’ai éprouvé pour lui, c’était plus fort que tout ce que je pourrai connaître durant le reste de ma vie. Je sais ce que tu vas me dire, je n’ai que 20 ans et j’ai toute la vie devant moi ; mais quand tu ressens cette évidence au fond de tes tripes, quand tous les autres te laissent indifférente, quand sa peau devient tienne, tu sais ! Il y a des certitudes qui s’envolent avec le temps, les expériences, les rencontres, mais ce que j’ai au plus profond de mon cœur pour lui ne pourra jamais s’effacer.

Il y a quelques mois quand on discutait sur Whatsapp, je t’avais raconté notre rencontre, je t’avais montré des photos, mais je ne m’étais pas trop étendue sur le sujet ; je voulais profiter de chaque instant avec lui. D’ailleurs, pour être tout à fait honnête, je m’étais fortement demandée à l’époque si je n’allais pas tout plaquer pour rester avec lui sur cette île.

Plus elle racontait, plus les mots prononcés devenaient lourds.

— T’arrête pas ma poule, c’est important ce que tu es en train de faire, faut que ça sorte, ça te ronge, je suis là ! murmura Joana en passant sa main dans le dos de Julie qui continua son récit.

— À la fin de mon voyage, que je redoutais plus que tout tellement je ne me voyais plus vivre sans lui, une fête a été organisée pour la Full Moon. Outre le fait de fêter la pleine lune, on devait se déguiser en venant masqués. J’avais d’ailleurs choisi les masques qu’on allait porter.

Elle marqua à nouveau une pause, déglutit puis reprit.

— À cette soirée, il y avait énormément de monde, évidemment la plupart était soit bourré, soit défoncé ; à un moment, il y eut un mouvement de foule, quelqu’un avait une arme. Certaines personnes ont commencé à paniquer et se sont mises à courir dans tous les sens en bousculant les gens autour. Entre le bruit de la musique et les feux d’artifice qui explosaient dans le ciel, la plupart des fêtards continuaient de danser comme si de rien n’était et j’en faisais partie. Je n’avais pas du tout pris conscience de ce qui se passait, jusqu’à ce que Max, mon pote de voyage, me dise qu’un homme était armé. C’est lui qui m’a dit d’aller me cacher plus loin vers les rochers qui bordaient la falaise, pendant qu’il allait chercher Salma et Zach.

Julie marqua une nouvelle pause, désorientée.

— Ça va ? Tu te sens bien ?

Julie prit sa tête entre ses mains, puis soudain elle se mit à crier violemment !

— Je suis qu’une merde !

— Arrête ! Ça va aller, calme-toi. Tu me raconteras le reste plus tard, c’est pas grave.

— Mais je ne peux pas te le raconter ! Ce n’est pas que je ne veux pas c’est que je ne peux pas ! Car je suis une grosse conne ! hurla Julie en pleurs, complètement perdue dans ses pensées. Je n’ai jamais voulu te cacher des choses, mais je sais plus exactement ce qu’il s’est passé, je n’ai que des bribes qui me reviennent de temps en temps, ça me bouffe j’en peux plus… Si tu savais à quel point je n’en peux plus de ne pas savoir moi-même…

— Comment ça ? Tu te rappelles pas ?

— Je n’en sais rien, j’avais trop bu sans doute et j’avais fumé un joint. Tout se chamboule dans ma tête dès que j’essaie de m’en souvenir. Parfois, ça revient et je recolle des morceaux. C’est Max, d’ailleurs, qui m’avait rappelé l’histoire du mec armé. Bref, ce qui est sûr, c’est que j’étais seule à ce moment-là et que je me souviens m’être planquée derrière des rochers.

— Donc, quelqu’un avait une arme et a tiré sur des gens ? Et pourquoi tu étais seule, où était Roberto ?

— Non, je ne crois pas, enfin je n’en sais rien, sur le coup, ce n’est pas ça qui comptait. Roberto avait quitté la soirée, car on s’était engueulés, on s’était criés des horreurs, mais je n’ai aucun souvenir de ce qu’on s’est dit, ça me bouffe.

Julie continuait d’essayer de se rappeler chaque moment du reste de la soirée jusqu’au drame.

— La fête, les gens, l’engueulade, moi qui me planque puis Roberto…

Des larmes s’écoulaient tel un torrent sur les joues de Julie ; ce moment qu’elle révélait enfin, lui faisait faire des cauchemars depuis des mois. Joana, profondément touchée par la détresse de son amie, se mit à pleurer également. Malgré la douleur, Julie devait continuer, elle devait aller au bout de son histoire.

— La plage était entourée par une forêt dense et des collines. Un chemin menait au sommet de l’une d’elles, c’est là que je l’ai vu, au bord de la falaise. C’est un des seuls moments dont je me souvienne parfaitement. Après m’être mise à l’écart de la plage, j’ai entendu un cri retentir au-dessus de moi et j’ai vu le corps d’une personne tomber dans le vide et venir s’échouer dans la mer en contrebas, entre les rochers. À ce moment-là, je n’avais aucune idée de l’identité de la personne qui venait de tomber. J’étais sous le choc, je ne savais pas quoi faire, j’ai crié de toutes mes forces pour que l’on vienne m’aider, mais avec le bruit, personne ne m’entendait. C’est en me rapprochant que j’ai compris. Je marchais dans les vagues qui devenaient de plus en plus fortes et un objet est venu me toucher, je l’ai reconnu immédiatement puisque c’est moi qui l’avais choisi, c’était le masque de Roberto.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 1 versions.

Vous aimez lire Nicolas Ponroy ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0