Chapitre 13 30 avril 2015 Phuket
Ce matin, c’est avec le cœur lourd que Julie se réveilla. Le départ de Magalie et Josh laissa un vide qu’elle ne pensait pas ressentir si fort dans sa poitrine. Un sentiment partagé la tiraillait, entre l’envie de continuer son aventure et l’envie de les rejoindre.
Quand elle tira sur le rideau de son lit qui servait à maintenir une certaine intimité entre elle et le reste de ses camarades de chambrée, elle se rendit compte que le dortoir était vide. Le lit du dessus occupé par Max l’était aussi, ce dernier lui avait laissé un mot : « Parti déjeuner avec Salma ».
La veille, ils étaient arrivés à Phuket aux alentours de 23 h, avaient pris l’hostel le plus proche de la plage et étaient partis directement se coucher. Le vol n’avait duré que deux petites heures, mais le temps de prendre les bagages et de se diriger vers le centre-ville, minuit pointait déjà le bout de son nez et les organismes avaient besoin de repos.
Quittant son hostel habillée d’un short et d’un débardeur large, elle se dirigea vers la plage afin d’apercevoir, enfin, ces paysages paradisiaques qui l’avaient fait rêver étant petite.
Elle aussi avait faim, mais la curiosité prit le dessus. Marchant en direction des vagues, elle nota immédiatement un changement de température et d’humidité par rapport à Bangkok et à Chiang Mai. L’air y était plus respirable et surtout, l’eau aux reflets turquoise qui se profilait au loin, la rafraîchissait autant qu’elle l’émerveillait.
La plage de Patong, du nom du quartier où elle avait dormi, disposait d’un panorama exceptionnel. Cette dernière était longue de près de quatre kilomètres. On y voyait des transats disposés le long de la plage avec pour chacun son parasol de toutes les couleurs. Julie retira ses claquettes et foula, pour la première fois, le sable blanc d’une finesse exceptionnelle, qui s’infiltrait entre ses doigts de pieds. Elle y était.
Devant ce paysage de carte postale, son regard flottait à 180 degrés tandis qu’elle s’avançait vers la mer d’Andaman. Sur son flanc droit, la végétation était dense avec des montagnes basses composées en première ligne d’immenses cocotiers. En face flottaient les fameuses barques à longue queue d’un vert criant, typiques de la Thaïlande. Cela lui rappelait ses premiers jours à Bangkok quand elle en avait louée une pour descendre la rivière Chao Phraya. Enfin, sur sa gauche, cette plage d’un blanc éclatant ne semblait pas vouloir finir. Seul le vacarme urbain venait troubler cette illusion de paradis.
Après avoir marché quelques minutes au bord de l’eau, elle aperçut une personne au loin lui faisant de grands signes : c’était Max qui était assis en face de Salma et qui visiblement semblait très heureux.
— Cool, tu nous as trouvés ! Je n’ai pas osé te réveiller ; tu ronflais tellement fort qu’on aurait dit la tondeuse à gazon de ma grand-mère !
— Ah merde… murmura Julie honteuse. Ouais, ça m’arrive quand je suis ultra fatiguée. Vous avez pris votre petit-déj ici ?
— Ouais, on s’est dit que la vue était « pas mal » ! ajouta Salma d’un clin d’œil.
— Il y a pire effectivement ! dit Julie en admirant chaque centimètre carré de la plage. C’est sublime, et il paraît que les îles autour sont encore plus folles. D’ailleurs, il faut que je me renseigne pour aller voir l’île dont je vous ai parlé.
— Koh Phi Phi c’est ça ? lui demanda Salma. Tu risques de la voir plus tôt que prévu, enfin, sauf si tu préfères rester ici.
— Comment ça ?
— Zach m’a écrit ce matin, il est à Patong. Il ne devrait d’ailleurs pas tarder, je dois avouer que j’ai hâte de le rencontrer. Il doit aller sur Koh Phi Phi demain pour affaires ; si la soirée se passe bien avec lui, je le suis, dit-elle avec son regard coquin.
Julie se mit à rire.
— Tu ne perds pas une seconde toi ! En tout cas, c’est une bonne idée. Et toi, Max, tu penses faire quoi ?
— À vrai dire, je n’ai jamais vraiment eu de plan depuis que je voyage tu sais, je me laisse porter par les surprises et les rencontres, donc ça me va parfaitement. En plus, il y a une plage que je veux absolument voir au large de Koh Phi Phi.
— Ah oui ! Tu veux parler de la plage rendue célèbre par Leonardo DiCaprio dans le film « La plage » ?
— Exactement, bien vu ! Bon, le seul petit problème c’est que Maya Beach est interdite au public à cause du nombre de touristes et…
— Et le désastre écologique qui en résulte ! Mais quand vous connaissez les bonnes personnes il y a toujours moyen de s’arranger ! avait déclaré de vive voix, l’homme qui se tenait derrière eux.
— Hey « guapo » ! Tu sais te faire désirer.
Salma s’était levée pour l’enlacer sans oublier de le bouffer du regard.
Zach, vêtu d’une chemise ouverte laissant apparaître son torse, mettait Salma dans tous ses états. Elle mit immédiatement ses mains sur son torse, et l’embrassa à pleine bouche, sidérant Julie et Max qui ne s’attendaient pas à un accueil si chaleureux.
— C’est comme ça que l’on se dit bonjour en Colombie !
— J’aimerais que tes coutumes soient les mêmes en France alors ! lui répondit Zach en la faisant tourner sur elle-même, histoire de la regarder sous toutes les coutures.
Julie et Max se levèrent à leur tour pour accueillir le nouvel arrivant.
— Ravie de te revoir Zach ! Tu ne m’en voudras pas de te dire bonjour seulement avec une bise, j’espère !
Zach prit Julie dans ses bras et la serra fort, ce qui n’échappa pas à Salma.
— Et toi, tu dois être Max, c’est ça ?
— C’est ça, enchanté de te rencontrer !
Les deux garçons se serrèrent la main chaleureusement. Leurs personnalités ne pouvaient pas être plus aux antipodes l’une de l’autre.
Zach qui n’était pas du genre à s’asseoir pour écouter les histoires de chacun, leur proposa sur le champ, d’aller faire un tour à bord de sa Jeep décapotable flambant neuve afin de leur montrer Phuket à sa façon. Proposition immédiatement acceptée par l’ensemble du groupe.
Tout en roulant à travers les rues du centre-ville, il leur donna, en hurlant, afin de masquer le bruit du moteur, tantôt des informations sur l’origine de la ville, où l’on pouvait admirer le style chinois des anciennes demeures, tantôt des informations sur sa vie, ses réussites et ses ambitions hors normes.
Ils s’engagèrent à présent en direction de Nakkerd Hill où le gigantesque Bouddha les attendait patiemment. Julie en profita pour hausser elle aussi le ton de sa voix :
— Quand on s’est croisé à l’aéroport, tu m’as dit que ça faisait plusieurs fois que tu venais ici, mais comptes-tu t’y installer définitivement ?
— C’est le but ! Je dois conclure un deal justement dans les prochains jours qui devrait aller en ce sens si tout se passe bien. C’est d’ailleurs pour ça que je dois me rendre à Koh Phi Phi demain pour y voir mon futur associé.
— Et ça consiste en quoi exactement ? lui demanda Salma.
— Pour faire simple, si vous venez avec moi demain, on montera à bord d’un bateau qui effectue des allers-retours entre ici et là-bas. Il y a uniquement deux ou trois sociétés qui s’occupent de faire ce type de trajet obligatoire si on veut se rendre sur l’île ; et c’est la plus importante des trois que je veux acquérir. Mais ce n’est pas la seule source de revenus que je pourrais en retirer. Le propriétaire qui est d’ailleurs sacrément dur en affaire, le salopard, s’est vachement bien diversifié sur l’île.
— Et pour devenir propriétaire d’un business en Thaïlande, ce n’est pas trop compliqué quand on est étranger ? demanda Max
— C’est justement un des points chauds du deal, mais, encore une fois, quand on connaît les bonnes personnes, tout est possible ici !
Julie resta silencieuse en écoutant les explications de Zach, plus intéressée par ce qu’elle voyait que par ce qu’elle entendait. La Jeep grimpait de plus en plus dans la végétation, en laissant derrière eux la ferveur de la ville et bientôt, une statue d’un blanc immaculée fit son apparition.
Arrivé au sommet, Zach bondit hors de son 4v4 et alla chercher pour tout le monde de quoi se couvrir les jambes et les épaules afin de respecter les lois bouddhistes. Vêtus de Sarong, qui n’est autre qu’un pantalon ample et de voiles, ils s’avancèrent sur l’esplanade où se situait la statue géante. Cette vue imprenable à 360 degrés était extraordinaire. Les couleurs de la forêt tropicale qui entourent le sommet, mélangées avec le bleu turquoise de la mer en contrebas, étaient à couper le souffle.
Peu de touristes avaient eu la même idée qu’eux, préférant attendre sans doute le magnifique coucher de soleil qui devait avoir lieu. Néanmoins, ils n’étaient pas totalement seuls ; une armée de singes, petits et grands se faisaient bronzer au soleil ou jouaient avec les détritus laissés par terre.
Salma et Julie se laissèrent immédiatement attendrir par un des bébés qui jouait dans les bras de sa maman avec une bouteille d’eau, essayant d’en boire les rares gouttes qui y stagnaient. Alors que Salma s’approchait d’eux, Max tint à la prévenir :
— Tu devrais faire attention, il paraît qu’il ne faut pas les toucher.
— Oh ça va ! Je ne vais pas lui faire de mal. Regarde, comme il est mignon. T’as vraiment un cœur de pierre !
Sans prendre garde aux conseils délivrés par Max, Salma s’avança et tendit sa main en direction de la maman et de son petit. Cette dernière s’enfuit avec son bébé en montrant des canines impressionnantes, tandis qu’un autre singe qui était à côté prit, en un éclair, les lunettes de soleil de Salma et partit avec.
— Putain ! Mes lunettes ! Rends-les-moi ! Saloperie de macaque ! hurla la jeune femme furieuse.
Salma courut après le singe en lui criant dessus, complètement enragée, sans penser un seul instant au respect qu’il fallait donner à ce lieu symbolique. Le singe s’enfuit de l’autre côté des barrières de sécurité et s’assiet tranquillement au bord de la falaise. Les lunettes de Salma lui plurent assez pour commencer à mordiller les branches, sous le regard horrifié de sa propriétaire.
— Mes lunettes Burberry putain ! Il bouffe mes lunettes Burberry ! Vous savez le prix qu’elles m’ont coûté ? répéta-t-elle en boucle, folle de rage.
Zach qui avait assisté à ce déluge d’insultes, comme l’intégralité des personnes présentes au pied du Bouddha, alla chercher un garde et lui tendit un billet de banque. Ce dernier, habitué aux vols à répétition des singes, prit un fruit dans sa main, passa de l’autre côté de la barrière et échangea sous les yeux médusés des touristes, le fruit contre les lunettes mâchouillées et pleines de bave.
Julie et Max, hilares, applaudirent le garde victorieux qui remettait la paire de lunettes à sa propriétaire au regard meurtrier. À peine un merci à son sauveur, elle regarda ses lunettes à moitié mangées et les rangea immédiatement dans sa poche.
— Putain, si j’avais su qu’elle allait partir autant en couille, j’aurais dégainé mon téléphone. Ça lui aurait fait de la pub sur Insta ! murmura Max à l’intention de Julie, lui envoyant un clin d’œil complice.
Zach s’avança vers sa future conquête et lui promit de lui en racheter une paire, ce n’est pas ce qui manquait au marché de nuit. Elle lui adressa, en retour, un sourire de façade.
— C’était de vrais Burberry, je t’assure ! Pas de la camelote comme sur les marchés ici.
Il se rapprocha d’elle et la prit dans ses bras tout en regardant Julie.
— Ce qui compte, c’est que les gens y croient, c’est l’illusion le principal ! déclara-t-il avec un sourire malicieux au coin des lèvres.
Julie considéra la phrase dite par ce dernier et se sentit presque plus gênée par celle-ci que par la scène offerte par Salma à toute l’esplanade. Elle non plus n’aurait pas apprécié se faire manger une partie de ses lunettes, qu’elle soit de marque ou non ; cependant, c’est le comportement des deux personnes devant elle qui lui fit se poser quelques questions. Elle repensa immédiatement à ce que Magalie lui avait dit la veille.
Afin de la faire sortir de ses pensées, Max l’emmena au pied du gigantesque Bouddha, suivis par le néo-couple.
— Bon, on arrête de toucher les singes, par contre si vous touchez les pieds du Bouddha vous pourrez lui demander ce qu’il vous plaît !
— Ah bon ? Il réalise les vœux bouddha ? demanda Salma.
— Ouais, sauf que là ma chérie, tu n’as le droit qu’à un seul vœu. Bon après, vu le nombre de Bouddhas qu’il y a en Thaïlande, tu pourras en faire un paquet si tu le souhaites.
Julie, qui de base était plutôt sceptique vis-à-vis de ce genre de choses, avait revu sa manière de penser depuis cette nuit en compagnie de la vieille folle. Elle y pensait sans cesse, se redisant en boucle les mots qu’elle avait prononcés dans un français parfait. Était-ce vraiment Marcel qui avait parlé à travers cette femme, ce genre de choses existaient-elles vraiment ?
Tout cela lui faisait à la fois peur et en même temps ce mystère était terriblement excitant. Son choix de vœu était fait, elle posa sa main sur le pied du Bouddha, ferma les yeux et pensa à Marcel.
*
La nuit était tombée sur Phuket, le groupe avait passé le reste de la journée à se prélasser sur une des magnifiques plages qui bordent la ville ; il était agréable de pouvoir sentir enfin l’air marin sur leurs visages et d’écouter le bruit des vagues en fond.
L’hostel dans lequel ils avaient pris leurs quartiers la veille au soir, se trouvait en plein cœur de Patong qui, comme le savait parfaitement Julie, ayant potassé son guide du routard, était l’endroit parfait où faire la fête à Phuket. C’était surtout un quartier de débauche ou tous les fêtards du monde entier aimaient se retrouver.
— Tu trouves que c’est trop ou pas ? demanda Salma à sa coloc de chambre, en lui présentant sa robe échancrée et décolletée à souhait.
— Disons que tes tétons ne sont pas encore visibles alors on peut dire que ce n’est pas encore trop ! Par contre, il y en a un qui va te sauter dessus à la seconde où il te verra !
— Parfait alors !
De son côté, Julie avait misé sur la sobriété : mettant en valeur ses jambes fines et galbées et ses fesses rebondies, dans une jupe arrivant aux genoux et un haut fin moulant.
Max débarqua dans la salle de bain commune après avoir patienté pendant près d’une heure.
— Les filles, vous êtes magnifiques, sur ce point pas d’erreur possible, mais si je n’ai pas la douche d’ici deux minutes, je vous égorge !
C’est bon Ron, t’agace pas, on te laisse te faire beau à ton tour ! avait répondu Julie.
— Hum… je ne suis pas sûr d’aimer vraiment ce surnom, mais bon, tant que je peux enfin prendre ma douche !
Max put enfin avoir accès à la salle d’eau, mais sa joie allait être de courte durée. Tandis que les filles étaient prêtes et s’apprêtaient à sortir pour rejoindre Zach en bas de l’hostel, elles l’entendirent crier depuis le couloir, ce qui les fit mourir de rire.
— Putain ! J’en étais sûr. Je vous remercie les filles ! Évidemment, il n’y a plus d’eau chaude, pleurnicha Max.
À peine cinq minutes plus tard, et après une douche revigorante, il gagna, à son tour, le hall d’entrée, rejoignant le reste du groupe.
— La prochaine fois, on fera plus vite, je suis désolée ! s’excusa Julie en lui prenant le bras afin de l’emmener dans la foule.
— Au final, vu la chaleur qui ne redescend pas, je ne suis pas si mal à vrai dire ! sourit-il.
De leur côté, Salma et Zach, bras dessus, bras dessous, suivirent les deux amis. Ils formaient un beau couple : lui, le grand blond bronzé et elle, la bombe latine aux courbes affolantes. Ce dernier n’avait d’yeux que pour elle, enfin, sauf quand elle avait le dos tourné bien sûr. Les yeux du Parisien avaient beaucoup de mal à tenir en place, tant les tenues dans la rue emblématique de Patong étaient aussi courtes que la nuit.
Des centaines et des centaines de touristes, déjà bien amochés pour certains, s’agglutinaient dans les bars qui bordaient chaque centimètre carré de la rue. Julie repensa immédiatement à ce qu’elle avait connu avec Magalie et Josh à Bangkok, seulement ici, les ladyboys étaient légion. « Elles » étaient d’ailleurs plutôt tactiles et à des endroits très étonnants. Zach, qui connaissait le coin par cœur, faisait attention, au contraire de Max qui y mettait les pieds pour la première fois de sa vie. Il se fit avoir dès les premières secondes. Un groupe de ladyboys s’approcha de lui, et sans s’en rendre compte, une main se posa sur ses testicules.
— Hey ! Euh… je vous remercie pour la poignée de couilles, mais tout va bien de ce côté, bonne soirée à vous aussi ! peina-t-il à articuler tandis qu’il se tenait l’entrejambe.
Les trois autres derrières, étaient tous pliés en deux en regardant le pauvre Max ne sachant pas comment se dépatouiller de son groupe de fans.
— Il n’y a personne qui veut m’aider par hasard ?
Finalement, Zach, vint au secours du pauvre malheureux et l’arracha des griffes des messieurs-dames en mini-jupe.
— Désolé mon vieux, mais c’est un peu la coutume ici ! lui dit Zach, en rigolant. On se fait tous toucher les couilles au moins une fois, j’ai bien dit, au moins une, donc fais-y gaffe ! Sur ces mots, il agrippa les hanches de Salma et lui glissa à l’oreille :
— Je ferai en sorte que personne ne touche quoi que soit qui pourrait t’appartenir…
Salma le regarda et lui pressa elle-même les testicules, pour lui signifier qu’effectivement ce serait elle, qui en avait la propriété désormais.
Après ces échanges embarrassants pour les uns, excitants et tout en promesses pour les autres, Zach les emmena dans un de ces endroits que l’on n’oublie pas. Ils passèrent par la porte d’entrée éclairée d’un néon bleu, puis s’avancèrent dans un corridor sombre où se trouvait à son extrémité un escalator pour le moins original, puisqu’il fallait le monter à l’envers pour arriver au sommet. Julie, sans se prendre la tête, passa la première et gravit sans problème a petites foulées l’escalator, suivie de Max. Salma resta au pied de ce dernier, handicapée par ses talons hauts, sous le regard amusé de Zach.
— Un problème ?
— Avec mes talons ? C’est Indiana Jones ton truc ! Ils sont facilement passés car ils sont en baskets, mais moi, avec mes talons, c’est mort, je peux pas courir.
Zach s’agenouilla et fit mine de vouloir prendre Salma dans ses bras, tel un chevalier servant puis, il glissa finalement sa main sur le côté de l’escalator et activa un bouton qui changea le sens de l’appareil.
— Très drôle ! fit Salma.
Arrivés au sommet, le bruit des enceintes résonnait à travers les murs. Zach alla parler au videur qui se tenait devant un rideau cachant sans doute l’entrée. Il se pencha vers ce dernier, lui chuchota quelques mots et glissa un billet dans la poche de son veston. Le gros balaise lança alors un signe vers une hôtesse afin de les emmener à une des tables les plus prisées de la boîte de nuit.
Elle les amena devant le rideau opaque qui laissait filtrer la musique jouée à l’intérieur, puis les regarda un à un avant de leur demander, l’air espiègle :
— Êtes-vous prêts ?
Elle ouvrit enfin le rideau et tous s’avancèrent sur le plus haut roof top de Phuket. Suivant l’hôtesse à travers la multitude de tables hautes, ils découvrirent un endroit unique et immense, entièrement vitré. Ce n’était pas seulement un roof top ; l’endroit avait été construit telle une terrasse au-dessus du vide. Julie qui suivait des yeux les jeux de lumière se répercutant de toute part, se sentit, tout à coup, prise de vertiges, quand elle s’aperçut que le sol lui aussi n’était fait que de verre. Elle s’agrippa aussitôt à la manche de Max qui n’était pas forcément plus rassuré de marcher à une centaine de mètres de hauteur dans le vide. Zach, quant à lui, tenait fermement la main de Salma et était tout aise de l’effet de surprise provoqué par cette boîte de nuit extraordinaire. Arrivés à la table collée à l’extrémité de la terrasse, Zach commanda plusieurs bouteilles d’alcool. Il aimait être au centre de l’attention. Cependant, l’endroit semblait hors de son budget. Julie s’approcha de ce dernier et lui dit en élevant le son de sa voix au-dessus de celui des basses :
— C’est vraiment un endroit magnifique, mais je ne crois pas avoir les moyens de payer autant de bouteilles, je suis désolée.
— Qu’est-ce que tu racontes ? C’est pour moi ! Profite de la soirée, amuse-toi et ne t’inquiète pas pour le reste, répondit Zach en criant à son tour.
Voyant Julie revenir à la charge, il lui dit à nouveau :
— Ça ne sert à rien de vouloir négocier !
Julie, n’étant pas une profiteuse, n’aimait pas ce genre de situation. Elle détestait le fait de ne pas payer sa part, mais en l’occurrence, vu le prix des bouteilles sur la carte, elle n’en avait vraiment pas les moyens. Max lui dit alors :
— Écoute, moi non plus je n’aime pas me sentir redevable, mais parfois, il faut savoir dire merci et profiter du moment.
Salma prit alors la main de cette dernière et l’emmena sur la piste, sous les yeux de Max et Zach restés en retrait, verre à la main. Ce dernier en profita pour parler seul à seul avec Max.
— Alors mon pote, elle te plaît Julie, j’ai l’impression ?
— Julie ?
— C’est bon, tu vas pas me la faire à moi ! Je l’ai vu ton petit regard. Essaie mon vieux, on sait jamais, on est en Thaïlande, c’est le moment de s’enlever les doigts du cul !
— Je pense qu’il y a erreur. Bien sûr qu’elle est belle, mais je t’assure que ce n’est qu’une amie, et de toute manière je ne suis vraiment pas doué avec les filles.
— Tout ce qu’il faut savoir avec les filles, c’est leur montrer qui est aux commandes… Si tu vois ce que je veux dire… Qu’est-ce que tu as à perdre à essayer ? insista Zach en pointant du doigt les deux jeunes femmes en train de danser. Tu vois Salma, typiquement, c’est le genre de fille que j’aime, une vraie latine. Elle pense avoir le dessus avec son caractère de chien, mais au final ce qu’elle veut, c’est un homme ! Tu comprends ?
— Hum oui, je crois.
— Elles veulent être dominées mon pote !
Zach observa Salma qui en faisait autant, le jeu de séduction qu’ils avaient entamé par texto allait enfin passer à l’étape supérieure.
— Bon, je vais les rejoindre ! dit Zach qui venait de défaire un des boutons de sa chemise, tu viens ?
— Je ne suis pas non plus très doué pour danser à vrai dire, je vais rester ici t’en fais pas.
— Tu devrais venir mon vieux, regarde un peu comme elles s’éclatent et comme elles sont belles ! D’ailleurs, Julie n’a pas beaucoup de seins, mais cette jupe lui fait un cul d’enfer ! Je me suis peut-être trompé de nana.
Ce commentaire sur le physique de Julie, mêlé à son regard de prédateur, mit Max hors de lui. Il attrapa le bras de Zach et le tira violemment vers lui. Ce dernier, déconcerté, retomba immédiatement sur la banquette.
— Écoute-moi bien ! Julie est mon amie et je tiens beaucoup à elle. Merci pour ta générosité de ce soir, cependant je te demande de la respecter, vu ?
Zach époustouflé dévisageait Max comme s’il ne reconnaissait pas la personne avec qui il avait passé la journée. Sa poigne et son assurance au moment de le recadrer vis-à-vis de Julie, le laissèrent perplexe pendant quelques secondes, puis son sourire charmeur reprit le dessus.
— Hey bah mon salaud ! Tu joues les mecs timides, mais t’as une sacrée force, tu caches bien ton jeu ! Zach tapa amicalement sur l’épaule de Max et lui tendit la main en le regardant droit dans les yeux.
Ce dernier ne l’avait plus lâché du regard depuis qu’il avait prononcé ces mots envers Julie. L’intensité dans ses yeux finit cependant par s’évaporer et il accepta la poignée de main de Zach en lui souriant à son tour.
— OK, allons danser !
— Ah bah tu vois ! Il suffisait juste de te secouer un peu ! Je sens qu’on va bien s’entendre tous les deux, déclara-t-il en trinquant énergiquement avec l’Irlandais.
Zach alla directement se coller contre Salma tandis que Max rejoignit Julie qui avait vu l’accrochage au loin.
— Est-ce que ça va ? Je t’ai vu avec Zach, qu’est ce qui s’est passé ?
— Non, non, rien de méchant, t’inquiète pas, on a juste discuté.
— Pourtant il m’a semblé que la discussion prenait un drôle de tournant.
— Je t’assure, tout va bien ! Profite plutôt du fait que je sois sur la piste pour une fois.
Julie qui voyait bien qu’il ne fallait pas insister n’en dit pas plus, mais n’en pensait pas moins. Quelque chose l’avait contrarié au point que son regard avait changé du tout au tout pendant quelques secondes.
— C’est vrai que c’est presque une première de te voir danser, tu te débrouilles mieux que Ron !
— Décidément, tu ne vas pas me lâcher avec Harry Potter, t’es complètement fan, c’est pas possible ! ria-t-il.
Grâce à cette plaisanterie, Julie réussit à détendre l’atmosphère et rigola de plus belle avec Max qui faisait tous les efforts du monde pour ne pas être ridicule, gesticulant dans tous les sens.
Cette soirée était grandiose, le bar immense était placé en plein centre de la piste. Aux quatre coins du roof top, des danseuses et danseurs à moitié nus placés dans des cages se déhanchaient au rythme de la musique distillée par le DJ installé au sommet du bar. Même Max, qui n’appréciait pas être sur le dance floor, commençait à se prendre au jeu, aidé par l’enchaînement des shooters servis par Zach.
Tous les quatre s’amusaient tellement sur la piste qu’ils avaient délocalisé leurs bouteilles pour les ramener près du bar. Julie et Max se tordirent de rire en regardant Salma devenir de plus en plus érotique avec Zach.
— Si ça continue, elle va finir par lui monter dessus au milieu de tout le monde.
— À voir la tête de Zach, il ne va pas tarder à péter un câble, lui glissa-t-il dans l’oreille.
— Oui, c’est clair, le pauvre ne tiendra pas éternellement comme ça ! D’ailleurs, moi non plus je ne tiens plus, je commence à être fatiguée, je pense que je vais rentrer.
— Ouais, t’as raison, si on veut être en forme pour demain il vaut mieux rentrer. Enfin demain… on y est déjà !
Julie et Max prirent congé et saluèrent le couple qui ne semblait plus vraiment conscient de l’endroit où ils se trouvaient.
— Vous partez ? cria Salma.
— Ouais, on est claqués, on se voit demain matin au port OK ? J’imagine que tu ne rentres pas à l’hostel ce soir ? dit Julie en lui envoyant un regard coquin.
Salma regarda Zach puis renvoya exactement le même regard à Julie.
— Il est temps qu’on rentre nous aussi, ordonna Zach qui ne tenait plus en place.
Ils partirent ensemble de la boîte, mais prirent deux chemins opposés. Julie et Max allèrent gentiment se coucher, avant de se réveiller dans quelques heures à peine, afin de prendre la direction de Koh Phi Phi, tandis que Salma et Zach se dirigèrent vers une fin de nuit qui s’annonçait torride.

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