Chapitre 14 1er mai 2015 Koh Phi Phi

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Arrivés à la toute dernière minute, juste avant que l’équipage ne largue les amarres, ils posèrent leurs sacs à dos dans la zone prévue à cet effet, puis cherchèrent une place. Malheureusement, leur arrivée tardive ne leur laissait plus que les trois marches d’escalier menant à l’arrière du bateau, sans possibilité de se protéger du soleil qui frappait fort à seulement 7 h du matin.

— Je vais aller chercher de la crème solaire, sinon je vais finir brulé vif, plaisanta Max

Julie le regarda se lever et lui demanda en se retournant :

— Tu pourrais prendre ma gourde stp pendant que tu y es ? C’est dans la poche avant de mon petit sac.

Max répondit d’un clin d’œil approbateur.

Seulement deux personnes du groupe avaient réussi à arriver à temps pour monter à bord. Malgré la nuit très courte qu’elle avait passée, Salma avait eu la force d’envoyer un texto à Julie, la prévenant que pour eux le réveil était bien trop dur et qu’ils n’arriveraient jamais à temps. Ils se donnèrent donc rendez-vous directement sur l’île en prenant le ferry de l’après-midi.

Un monde fou était monté sur ce bateau et ils n’étaient pas les seuls à ne pas avoir trouvé de place à l’ombre. Une bonne dizaine de personnes étaient assises à même le sol souffrant comme eux de la chaleur. Max revint se positionner à côté de Julie prête à supporter le soleil. Elle le dévisagea de la tête aux pieds.

— Ah oui d’accord, tu rigoles pas ! s’esclaffa-t-elle. Tu es sûr que ça va aller ou il te manque peut-être un mini ventilateur portable ou… ?

Max n’avait pas seulement ramené de la crème solaire et la gourde de Julie, mais également un énorme chapeau lui couvrant à la fois la tête et le cou

— Ouais, c’est ça, fous de toi de ma gueule ! répondit le petit rouquin. Je sais, c’est moche, mais tu peux pas savoir à quel point ça m’a sauvé la vie jusqu’ici. Tu rigoleras moins quand tu seras brûlée au troisième degré ; je te rappelle que toi aussi tu es blanche comme un cul !

— J’ai ma casquette et je me suis badigeonnée de crème ce matin, je te ferais dire. De toute manière, ils ont parlé d’un trajet de seulement une heure trente, donc ça devrait aller.

Max la regarda, sûre d’elle, et pensa à un petit concours :

— OK madame j’ai toujours raison, je te propose un petit jeu dans ce cas.

— Je suis toujours partante pour un jeu et tu me connais, je gagne toujours ! ajouta-t-elle l’air espiègle.

— T’es tellement sûre de toi ! Bon, la personne qui a le plus gros coup de soleil en fin de journée paie une bouteille ! Deal ?

Julie répondit du tac au tac avec son assurance naturelle :

— Deal! Tu demanderas de la cachaça et des citrons verts stp, j’ai envie d’une bonne caïpirinha pour ce soir, dit-elle en éclatant de rire.

— Tu connais l’adage : rira bien qui rira le dernier !

L’heure et demie qui les séparait de Koh Phi Phi était déjà passée depuis une heure et nos deux amis qui avaient eu mal aux fesses au bout du premier quart d’heure, s’étaient accoudés à la balustrade du bateau en admirant l’eau turquoise qui défilait inlassablement devant leurs yeux. Soudain, un bruit sourd retentit et le navire ralentit sa course, au plus grand bonheur de Julie et Max qui se réveillèrent d’un bond. Ils se précipitèrent comme deux gamins sur le côté droit du navire et purent enfin admirer l’île de Koh Phi Phi. Cependant, un problème de taille leur apparaissait clairement. Certes, l’île était en vue, mais elle était encore minuscule.

Julie laissa un râle de désespoir s’échapper :

— J’en ai marre ! pesta la jeune femme. Ils se foutent de nous sérieux, ils avaient dit une heure trente de trajet et on en est à quasi trois heures. À cette allure, on n’est pas arrivé !

Le bateau avait ralenti, non pas pour désespérer un peu plus les occupants, mais pour leur faire profiter d’un spectacle grandiose.

Max, agrippa Julie par les épaules et pointa du doigt la mer qui s’agitait dans tous les sens :

— Regarde ! Ils ont ralenti uniquement pour qu’on puisse les observer ! s’enthousiasma Max.

Un pod de dauphins avait suivi le navire et faisait le show pour le plus grand bonheur des spectateurs. Tous les occupants du bateau avaient dégainé leurs téléphones portables ou appareils photos, pour prendre des clichés de ces merveilles de l’océan. Bondissant à des allures folles de gauche à droite du bateau, Julie et Max n’en croyaient pas leurs yeux. Eux, qui étaient si fatigués trente secondes auparavant, avaient retrouvé toute leur vigueur.

Quinze minutes plus tard, le ferry reprit sa marche en avant et se dirigeait à pleine puissance en direction de l’île tant attendue par nos deux amis.

Koh Phi Phi n’était plus qu’à quelques kilomètres d’eux et déjà la beauté de l’archipel leur sautait aux yeux. Leur destination était Koh Phi Phi Don, représentée comme étant la plus grande et la plus habitée des îles de l’archipel. Koh Phi Phi Leh où se situait la fameuse plage de Maya Bay était à seulement quelques kilomètres au sud, tandis que les quatre autres îles étaient inhabitées.

En arrivant à la marina, le spectacle était sublime. Enclavée de montagnes calcaires, entièrement recouvertes de végétation, la plage de sable blanc donnait à l’eau un camaïeu de bleu absolument incroyable d’une clarté sans égal.

Le navire avait enfin jeté l’ancre et ils pouvaient désormais déambuler sur le ponton, les amenant dans le village de Tonsaï. Ce dernier semblait tout droit sorti d’une carte postale. Tout petit village posé au milieu d’une île paradisiaque de quelques centaines de mètres de large pour deux kilomètres de long tout au plus. L’Hostel, qu’ils avaient réservé en amont, se trouvait de l’autre côté du village. Il leur fallait donc traverser à pied Tonsaï, car ici les véhicules à moteur étaient proscrits.

Le chemin qu’ils empruntèrent, certes tout petit, ne manquait pas de vie. Tout ce dont les voyageurs avaient besoin s’y trouvait. Restaurants, bars, épiceries, écoles de plongée, magasins de souvenirs en tout genre et même une école de Muay Thaï, sport national en Thaïlande. Cet art martial où se mêlent pieds et poings était spectaculaire. Julie et Max s’arrêtèrent devant et admirèrent des enfants d’une dizaine d’années qui s’envoyaient des coups de pied retournés d’une puissance folle pour leur âge. Un ring était disposé en son centre où deux adolescents s’entrainaient. L’un portait un attirail qui lui servait à contrer les coups de pied et coups de poing et même les coups de coude, tandis que l’autre lui envoyait le tout sans ménagement. Cependant, aucune animosité ne semblait transparaître dans leurs échanges, bien au contraire, c’était le respect qui dominait.

Après quelques minutes à flâner dans le centre, ils se dirigèrent à travers ce labyrinthe de rues pour enfin déboucher sur la plage de l’autre côté plus au sud, puis ils s’arrêtèrent net pour admirer la beauté du paysage. Ici, aucun gros bateau de touristes n’était admis, on pouvait admirer uniquement les canoës de location et surtout les fameux bateaux à longues queues.

Si proche du village et d’un autre côté si loin du tumulte des marchands ; cette longue plage était d’un calme saisissant. Un sentiment de sérénité parcourut le corps entier de Julie ; cette sensation inexplicable lui fit lâcher son sac à dos, qui vint s’écraser lourdement sur le sable chaud.

Depuis qu’elle avait posé le pied en Thaïlande, tout lui semblait exactement comme elle l’avait imaginé, allongée dans son lit avec Marcel à son chevet, lui comptant ses aventures au pays du sourire. Mais le sentiment qui s’immisçait en elle, debout, face à la mer, était presque irréel. Elle ne put l’expliquer sur le moment, cependant elle se sentait enfin au bon endroit. Elle se retourna alors vers Max en lui demandant avec émotion :

— Toi aussi tu le ressens ?

Max sourit et hocha la tête en guise de réponse. Pas besoin de mot, juste leurs regards qui scrutaient chaque détail de ce petit coin de paradis.

Bar, de plage et auberges de jeunesse bordaient ce côté de l’île. Des écriteaux aux noms tous plus sympathiques les uns que les autres s’enchaînèrent, mais un en particulier retint leur attention, car il était écrit en français : Le Paradis blanc.

Son nom, sans doute, faisait référence au sable immaculé sur lequel il avait été construit. Devant l’établissement, une multitude de poufs et de hamacs faisaient la joie des pensionnaires, qui semblaient avoir besoin de récupérer d’une nuit compliquée.

Julie et Max s’avancèrent parmi les « cadavres » et atteignirent ce qui semblait être à la fois l’accueil et le bar de l’hostel. Une jeune femme aux cheveux colorés et arborant un anneau dans le nez les accueillit chaleureusement :

— Bienvenue au Paradis blanc !

— Merci ! répondit Julie, tout sourire. C’est la première fois qu’on arrive dans un hostel où l’accueil est à l’extérieur et à même le sable, c’est trop cool ! Je m’appelle Julie et voici Max, on a réservé pour trois, mais notre amie arrivera plus tard.

— Il va me falloir vos passeports les amis et le nom de votre pote. Au fait, moi c’est Chloé !

Les modalités administratives passées, les sacs déposés dans leur dortoir et un message à Salma pour lui indiquer leurs positions ; Julie et Max se changèrent pour se mettre en maillot de bain et descendirent les escaliers en colimaçon à même la plage. Le programme de la journée serait très simple : baignade, bronzage, resto, encore baignade en attendant Salma et Zach.

*

Le ciel commença à changer de couleur en prenant des reflets rosés, tandis que Julie ouvrit les yeux. Elle et Max, avaient parfaitement respecté leur programme, peut-être même un peu trop. La sieste qu’ils avaient entamée en milieu d’après-midi en attendant l’arrivée des deux autres avait un peu trop duré. Julie se réveilla un peu groggy dans son hamac et eut toutes les peines du monde à se relever. Elle attrapa son téléphone et regarda l’heure :

— Putain ! s’exclama-t-elle, on a dormi 3 heures !

Max, quant à lui, dormait toujours comme un bébé.

— Hey ! Oh oh !

Ce dernier finit par ouvrir un œil, puis un deuxième :

— Hum… tu m’as parlé ? demanda-t-il en bâillant à s’en décrocher la mâchoire.

— Il est déjà 17 h et j’ai l’impression qu’ils ne sont toujours pas là, souligna-t-elle en regardant les alentours.

Max se leva d’un bond et s’étira de tout son long :

— Ah ouais, quand même, bah écoute on devait être bien fatigué. En tout cas moi, je suis en pleine forme pour ce soir et j’ai hâte de boire à l’œil ! rigola-t-il de bon cœur.

Julie ne comprenait pas son allusion, il sortit alors son téléphone et prit une photo du buste de Julie, rouge comme une tomate, puis lui montra :

— Merde ! Bon… Je crois que je te dois une bouteille !

— Victoire ! s’écria-t-il, hilare.

— Ça va, ce n’est pas non plus la mort, j’ai eu pire.

Elle se leva tant bien que mal du hamac en laissant échapper quelques cris de douleur.

— Pas trop douloureux j’espère ! Est-ce que tu peux toujours marcher pour voir où ils en sont ou tu m’attends là ?

— Très drôle ! Allez, bouge ton cul avant que je te fasse bouffer tout le sable de la plage !

En route pour traverser à nouveau le village, Julie regrettait amèrement de ne pas avoir pris le temps de s’enduire de crème anti-brûlure et surtout de s’être endormie en plein soleil. Heureusement, en regardant tous les gens qui passaient devant eux, elle se sentait rassurée, ce n’était pas la seule à avoir cramé au soleil aujourd’hui.

Arrivés de l’autre côté de Tonsaï, le bateau de Salma et Zach ne semblait toujours pas être là. Trouvant cela bizarre, les deux amis partirent au centre d’informations se trouvant au niveau du ponton des arrivées et des départs. Les horaires des deux bateaux qui faisaient l’aller-retour entre Phuket et Koh Phi Phi y étaient indiqués.

— Ils auraient dû arriver il y a déjà plus d’une heure, nota Max. J’espère qu’ils vont finir par se montrer, car boire une bouteille de whisky à deux ça va nous faire mal au crâne ! ricana ce dernier.

— Décidément, t’es trop marrant, toi ! T’inquiète, tu l’auras ta bouteille, je suis bonne joueuse et je respecte toujours un pari, mais tu ne perds rien pour attendre, j’aurai ma revanche !

Au même moment, un homme petit et bossu, sortit de la cabine sur laquelle étaient agrafées les affiches. Ils en profitèrent pour l’approcher :

— Monsieur ! Excusez-nous de vous déranger, mais le second bateau qui devait arriver il y a une heure, est-il…

Le petit monsieur lui indiqua, en levant le menton, le bout du ponton où se trouvait un petit bateau de pêche, sans lui laisser le temps de finir sa phrase.

Julie, qui ne comprenait pas bien ce qu’ils devaient faire, lui demanda à nouveau :

— Doit-on aller là-bas ?

Ce dernier lui indiqua à nouveau le petit bateau avec son sourire édenté.

— Bon, allons voir ! proposa Max

Ils s’avancèrent sur le ponton en espérant en savoir plus. En arrivant près du bateau que leur avait indiqué le vieil homme, ils aperçurent, sur le flanc de ce dernier, un logo en forme d’oiseau et en dessous, une inscription qui désignait à priori une école de plongée locale, avec un nom qui l’était moins : « Colombiana Diving ».

Soudain, un homme fit son apparition et sans crier gare, balança sans regarder, un énorme sac rempli de matériel qui s’écrasa à quelques centimètres seulement des pieds de Julie. Cette dernière, à la fois ébahie et furieuse, se mit à beugler en direction du capitaine :

— Hey, mais vous êtes malade ! Vous ne pourriez pas faire attention ! Vous avez failli m’écraser avec votre machin ! hurla-t-elle sans même jeter un œil à l’homme qui se tenait au-dessus d’elle.

Ce dernier la regarda du haut de son bateau et lui dit :

— Ce machin comme tu dis, ça s’appelle des bouteilles d’oxygène et pour ma défense, vous n’avez absolument rien à faire ici ! lui renvoya l’inconnu.

Julie, qui n’avait pas sa langue dans sa poche, s’apprêtait à lui en mettre une pleine tête quand, ce dernier, sauta devant elle et lui fit face. Il ramassa son matériel et s’en alla sans dire un mot et sans la regarder. Estomaquée devant tant de dédain, elle regarda partir le propriétaire du bateau, pendant que Max éclata de rire :

— Waouh ! On peut dire que toi tu sais y faire avec les matelots !

— Et ça te fait rire ! Il a failli m’écraser les pieds, et il ne s’excuse même pas, j’hallucine. Comme si on était au courant qu’il ne fallait pas venir ici !

— Peut-être qu’on a mal compris le vieux de tout à l’heure. Tu me diras, avec un tel sourire, il m’a subjugué ! plaisanta ce dernier.

Elle rit à son tour.

— Pff t’es con ! Bon allez rentrons, ma peau me brûle en plus, faut que j’aille me laver et mettre de la crème dessus. Et puis regarde le partir, il a l’air malin avec son bob sur la tête et ses lunettes de toutes les couleurs !

Les deux amis firent le chemin inverse et rentrèrent au Paradis blanc. Juste avant de s’engager dans l’escalier en colimaçon, ils se firent attraper par Chloé.

— Hey ma belle, votre amie Salma est ici au fait.

En ouvrant la porte, ils découvrirent cette dernière sur son lit, en serviette, tapotant sur son téléphone.

— Bah alors vous en avez mis du temps !

Julie et Max se regardèrent du coin de l’œil.

— Bah quoi ? Vous êtes pas contents de me voir ? Sympa l’accueil !

Julie alla se poser sur son lit, en face de celui de Salma et lui dit :

— Pourquoi tu ne nous as pas prévenus de ton arrivée ? En allant vous chercher à la marina, j’ai failli perdre mes orteils…

— Hein ? C’est quoi cette histoire ? Désolée ma belle, mais on n’avait aucun réseau sur le bateau et j’ai perdu la notion du temps dans les magasins du centre, je suis partie m’acheter des maillots de bain. Salma s’était relevée et montrait fièrement ses achats à l’assemblée. T’as vu celui-ci ?

Max s’allongea sur son lit et ajouta :

— Si tu avais vu la tête de Julie quand ce mec a failli la tuer avec ses bouteilles d’oxygène, c’était à se pisser dessus ! déclara-t-il hilare.

Julie raconta sa mésaventure pendant que ce dernier était parti prendre sa douche, puis elle fit de même. Quelques minutes plus tard, ils sortirent de l’hostel qui avait changé d’ambiance. La musique retentissait, le bar s’était illuminé, un billard avait même pris place au milieu du hall en plein air.

À quelques mètres d’eux, d’autres pensionnaires du Paradis blanc étaient en train de faire un tournoi de bière-pong. Julie se dirigea vers le bar et commanda la fameuse bouteille de whisky, mise en jeu plus tôt dans la journée.

— Cool ! Merci, Julie, remercia Salma.

— Avec plaisir ! C’est la récompense de Max pour avoir gagné un pari débile, prononça-t-elle en direction de ce dernier tout content de sa victoire. Par contre, le whisky, ça ne me réussit pas trop, alors je vais y aller mollo.

Une demi-heure plus tard, Julie se retrouvait au tournoi de bière-pong en équipe avec Salma et criait comme un putois dès qu’une d’elles réussissait à lancer la balle de ping-pong dans un des verres de l’équipe adverse. Le whisky avait déjà fait effet et elles s’amusaient comme des folles. Max, quant à lui, affalé dans un des poufs, les regardait, médusé. Elles battaient leurs adversaires avec une facilité déconcertante si bien qu’elles arrivèrent en finale sans peiner.

— Je ne sais pas si c’est le whisky, mais vous êtes incroyables ! Enfin, Salma surtout, parce que toi, Julie, tu n’en as pas mis une dedans. Honnêtement, vu dans l’état où tu es, je n’aurais pas misé un centime sur vous au départ ! plaisanta ce dernier.

Julie leva son verre, avala une grande gorgée de whisky coca et ajouta :

— J’avoue, je suis nulle, mais j’ai la meilleure joueuse de tous les temps dans mon équipe ! hurla-t-elle comme si le monde lui appartenait.

— Je crois surtout que les mecs en face sont plus intéressés par mon décolleté que par le jeu à vrai dire, mais bon, tant qu’on gagne, moi je m’en fous. En plus, il y a une bouteille à la clé.

La nuit était tombée au moment où Zach fit son apparition. Les filles s’apprêtaient à jouer, tandis que Max avait commandé tout un tas de nourriture qu’il avait dispersé sur la table basse. Zach vint s’asseoir à côté de lui, admirant les filles comme tout le reste du bar.

— Je les entends gueuler depuis l’autre côté de l’île, ne me dis pas qu’elles sont en train de gagner quand même ?

— Et comment qu’elles gagnent ! Il leur reste encore deux verres à dégager et la bouteille est à nous ! se réjouit-il

Une grande partie des personnes logeant dans l’hostel s’étaient regroupées pour assister à la finale qui était bien partie pour les filles. Cependant, l’équipe d’en face était revenue au score. Tandis que Julie mangeait les restes de ce qu’avait laissé Max, histoire de se remettre les idées en place, ce dernier à l’instar d’un entraîneur lui avait même préparé un grand pichet d’eau pour équilibrer. Il le faisait autant pour elle que pour la bouteille à gagner.

Salma qui n’avait rien perdu de son talent, visa et lança la balle, sous les yeux ébahis de son Casanova et réussit à la mettre dans le verre, ce qui eut pour conséquence de faire lever la foule comme un seul homme. Le bar entier avait crié de joie, mettant la pression au prochain tireur qui résistait sans mal et trouva lui aussi la cible.

Tout le monde était en ébullition. Zach et Max, n’en revenaient pas de l’ambiance que les filles avaient réussi à mettre ; c’était au tour de Julie de lancer, elle, qui n’avait pas réellement brillé jusqu’à maintenant. Salma s’empressa de l’encourager de toutes ses forces :

— Allez ma belle, tu la mets et c’est dans la poche ! Je compte sur toi ! lui dit cette dernière en l’embrassant sur la bouche pour lui donner du courage, ce qui eut, surtout pour effet, de rendre dingue tous les mecs autour, y compris Zach.

Julie prit la balle de ping-pong, encouragée par toutes ces personnes qui scandaient son nom, sans qu’elle connaisse le leur. Elle visa le dernier verre et sans savoir pourquoi, elle décida de fermer les yeux avant de lancer la balle. Cette dernière s’envola dans les airs, laissant un silence de mort dans l’assemblée. La balle rebondit sur le rebord du verre, puis tomba dedans, ce qui provoqua une furie générale de tous les backpackers. Zach et Max tombèrent dans les bras l’un de l’autre, tandis que Julie ouvrait les yeux et se faisait secouer dans tous les sens par son acolyte, folle de joie.

— Elle est tombée dedans ? Sérieux ? Elle est tombée dedans ? répéta-t-elle, n’en croyant pas ses yeux.

Chloé monta le son des enceintes et déclara au micro, Salma et Julie, vainqueures du tournoi de bière-pong.

Elles allèrent récupérer leur lot, Salma en grande princesse, laissa Julie choisir ce qui lui faisait plaisir, et ramena sur la table une bouteille de cachaça, des citrons verts et du sucre de canne, afin d’élaborer les caïpirinhas de la victoire. Zach n’en revenait pas :

— Alors là, les filles ! Bravo ! acclama-t-il, levant son verre en direction des vedettes.

Tous trinquèrent en l’honneur des championnes.

— Je crois que c’est la première fois que je gagne quelque chose, annonça Julie en se réjouissant comme si elle venait de gagner la coupe du monde de football.

Un homme s’approcha et tendit son verre en la regardant avec insistance :

— Toutes mes félicitations, mesdemoiselles, superbe victoire ! Réussir un tel coup, les yeux fermés, était magnifique à voir, ajouta l’inconnu.

Julie regarda l’homme en question et le reconnut immédiatement. Son allure avait changé cependant. Il avait troqué son habit de matelot et son bob ridicule, pour un short classe et une chemise noire légèrement ouverte, laissant apparaître sa peau brune et ses pectoraux saillants. Elle le trouva divinement beau, à tel point que son cœur se mit à s’emballer. Tentant de reprendre ses esprits et de retrouver de la contenance, elle lui dit d’un air assuré, en faisant tinter son verre contre le sien :

— Merci ! Nous visons aussi bien l’un que l’autre apparemment…

Zach se leva sans comprendre l’allusion faite par Julie et déclara :

— Mesdames et messieurs, laissez-moi vous présenter Roberto, mon futur associé !

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