Chapitre 19 5 mai 2015 Villa de Roberto - Koh Phi Phi

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La nuit fut courte et le réveil beaucoup moins agréable que celui de la veille. Roberto n’avait pas réussi à fermer l’œil de la nuit et s’était réveillé d’une humeur exécrable.

— Moi aussi, ça m’inquiète que quelqu’un ait pu nous espionner hier soir, mais qu’est-ce qu’on peut y faire ? Il y a un nombre incalculable de touristes qui arrivent chaque jour et forcément, dans le lot, il y a des abrutis. C’était sans doute un mec bourré qui s’était perdu et qui nous a entendu faire l’amour. Tu ne crois pas ?

Roberto resta silencieux tout en déposant son café sur la table de la terrasse, ce qui l’agaça prodigieusement :

— J’ai l’impression que tu me caches quelque chose, tu sais que tu peux me faire confiance n’est-ce pas ? dit-elle en inclinant sa tête sur le côté, de manière à capter son attention.

Ce dernier ne daignait toujours pas répondre alors, Julie utilisa la manière forte :

— Hey ! Je suis plus têtue que toi, tu sais ! Je vois bien qu’il y a autre chose qui t’inquiète et je ne vais pas passer la fin de mes vacances avec un gros ronchon. Mais peut-être qu’il y a quelqu’un sur cette île qui est de bonne humeur et qui aimerait passer sa journée avec moi !

Tout en prononçant ces mots, Julie se leva et retira, une par une, les bretelles de sa robe légère, ce qui eut pour conséquence de la livrer, nue, aux yeux de tous en contrebas. Elle s’avança dans sa tenue d’Eve et agrippa la rambarde du balcon en se cambrant de manière à faire ressortir ses fesses rebondies. L’inertie dans laquelle était plongé Roberto s’arrêta aussi sec. Il bondit de sa chaise et attrapa violemment Julie par le bras avec un regard noir. Le jeu auquel la belle Française s’était livrée, pour attirer son attention, n’avait pas eu l’effet escompté, bien au contraire ; la fureur dans laquelle se trouvait Roberto fit peur à Julie qui se libéra de son étreinte et lui asséna aussitôt une gifle en plein visage.

Ce dernier ne réagit pas et garda le visage de côté, emporté par la puissance du coup.

— Je ne sais pas ce que tu as, je ne sais pas pourquoi ce qui s’est passé hier, t’affecte autant, mais ne t’avise plus jamais de me faire mal comme tu viens de le faire ! s’emporta Julie, hors d’elle. Quand tu auras retrouvé tes esprits et que tu agiras comme quelqu’un de normal, on pourra parler, dans le cas contraire, c’est plus la peine de m’adresser la parole.

Furieuse, elle prit ses affaires dans la chambre à même le sol, les fourra dans son sac en jute et prit la direction de la sortie sans jeter un regard vers Roberto qui n’avait toujours pas bougé.

Elle grimpa sur son vélo et dévala la pente en vu de rejoindre le centre-ville de Tonsaï, tandis que Roberto releva enfin la tête et envoya valser brutalement la coupe de fruits devant lui.

*

En arrivant à Tonsaï, Julie croisa Salma, Max et Zach. Ce dernier, bien plus prompt à discuter que la veille, leur expliqua qu’il avait reçu un colis très important de France et qu’il s’était empressé d’aller au port. Le colis en question avait été envoyé par ses parents qu’il n’avait pas vus depuis plusieurs mois, ces derniers étant également constamment en voyage.

Julie, avait quant à elle, raconté ce qui s’était passé la veille au soir et la supposée intrusion d’un inconnu pendant la nuit. En effet, Roberto en était certes persuadé, mais Julie n’avait pas entendu un seul bruit avant, pendant et après qu’il ait soi-disant vu quelqu’un derrière les volets. Elle avait, néanmoins, préféré passer sous silence son coup de sang. Salma, fine observatrice, avait cependant remarqué sous les lunettes de soleil, ses yeux rougis et en conclut qu’il y avait, sans doute, eu plus cette nuit-là. Elle décida de proposer à Julie une journée uniquement entre filles, idée qui fut immédiatement adoptée par cette dernière.

Zach et Max, quant à eux, s’engagèrent vers le port. Le nouveau propriétaire avait envie de lui montrer la compagnie et de l’emmener en bateau avec lui. Il appréciait Max de plus en plus, notamment grâce à son côté protecteur envers Julie. Au moment de leur altercation à Phuket quand Max l’avait remis à sa place, il avait compris que l’Irlandais avait du cran. En outre, son égo, en tant que propriétaire associé de la compagnie, n’en serait que gonflé davantage. Tout le monde y trouva son compte et se sépara avant de se donner rendez-vous en fin de journée au paradis blanc.

Salma prit alors Julie par le bras avec une douceur que n’avait pas eu Roberto un peu plus tôt :

— T’as pris ton petit-déj ?

Elle lui répondit par la négative et elles se mirent en chemin pour trouver de quoi se rassasier en bord de plage. Installées et servies, Julie restait muette, encore dans ses pensées, alors que Salma lui racontait sa nuit torride avec Zach. Voyant assez rapidement que la conversation ne l’intéressait guère, celle-ci ajouta :

— Et puis, à un moment donné, Max nous a rejoints, je n’aurais jamais pensé qu’il en avait une si grosse !

Julie leva la tête, interloquée et comprit immédiatement en voyant le sourire de Salma, la blague sous-jacente.

— Ah, enfin j’ai ton attention ! Mon Dieu, rien que de penser à Max et sa… Ah ! ça me dégoûte, fit Salma en imitant un vomissement.

— Désolée, j’ai la tête ailleurs.

— Tu comptes me dire ce qu’il s’est réellement passé hier soir ?

Julie semblait surprise que Salma ait pu remarquer sa détresse.

— Ah ! Tu as remarqué…

— Évidemment que j’ai remarqué ! Tu crois que je ne m’intéresse plus à toi ou quoi ? Et puis il faudrait être aveugle pour ne pas voir tes yeux gonflés.

— Je t’avoue que ces derniers temps…

Salma fit les gros yeux et rétorqua :

— Dit la fille qui passe son temps avec son beau Colombien et qui revient la bouche en fleur à l’hostel après avoir passé la nuit à baiser !

— Tu as raison… je m’excuse. Je crois que j’ai perdu de vue l’essentiel et surtout ce pour quoi j’étais venue ici, murmura Julie, des larmes roulant sur ses joues.

— Stop ! Tu arrêtes ça ! Regarde autour de toi, c’est le paradis ici, tu pleureras quand tu rentreras en France et que tu n’auras pas assez profité de ton voyage. Je ne t’en veux pas d’être tombée amoureuse de Roberto et de passer du temps avec lui. Oui, oui, je te rassure, ça crève les yeux et je suis super contente pour toi.

Julie se mit à sourire en levant les yeux toute penaude.

— Tu es venue ici toute seule, en suivant le chemin que t’avait montré ton grand-père, ce voyage est magnifique et il l’est encore plus depuis que tu m’as rencontrée… je sais, je sais ! s’esclaffa-t-elle en faisant danser ses cheveux avec humour. Bref, ce que je veux te dire, c’est que le voyage, c’est ça ! C’est bouleversant, ça remue et ça fait du bien ! On part toujours pour une bonne raison qu’on oublie rapidement après avoir posé les pieds sur le sol étranger qui nous a tant fait rêver ; les rencontres font partie de l’aventure et la rendent encore plus belle. Mais je te l’accorde, c’est vrai que depuis que ces deux bogoss sont entrés dans nos vies, on en a peut-être oublié l’essentiel, c’est-à-dire nous !

Julie venait de se faire remonter le moral puissance dix et oublia instantanément sa dispute du matin avec Roberto. Elle s’en voulait d’avoir douté de l’amitié de sa copine qui avait un don pour bousculer tous ceux qui l’entouraient. Qu’importe la manière, Julie avait besoin d’un bon coup de pied au cul et elle pouvait compter sur Salma pour lui en donner un avec toute sa vigueur sud-américaine.

Julie se leva brusquement de sa chaise et alla directement au bar. Trente secondes plus tard, elle revenait avec deux énormes bières dans les mains qu’elle posa sur la table.

— Je viens de vérifier l’heure, précisa-t-elle. Il est 10 h et il est grand temps de commencer cette journée.

Les deux jeunes femmes, aux visages radieux, trinquèrent avec fracas.

— OK, je veux bien participer à ton suicide liquide de la journée, mais on y va doucement quand même et je te rappelle que tu me dois toujours une explication pour les yeux rougis !

Après une grande lampée de bière, Julie lui expliqua tout en détail, ce qui fit rire aux éclats sa camarade de beuverie.

— Et c’est pour ça que tu n’étais pas bien ? Car il t’a agrippé fort le bras ?

— Il m’a fait mal, je te rappelle !

— Oui, c’est vrai qu’il n’aurait pas dû avoir ce geste, mais c’est pas un violent Roberto à moins que je me trompe, c’est un romantique. Je suis persuadée que ce soir, il va revenir la queue entre les jambes, tu verras, je connais bien les hommes.

— Là-dessus, je te fais confiance, ajouta Julie, d’un clin d’œil

— Tiens, j’ai une idée ! Savais-tu qu’il y avait, au sein de la compagnie Colombiana Diving, détenue par les deux hommes qui ne peuvent rien nous refuser, soit dit en passant, un petit bateau à moteur qui ne leur sert absolument à rien ?

— Non, je l’ignorais, mais où veux-tu en venir ?

— On embarque autant de bières qu’on peut dans nos sacs et on va, gentiment, demander à Zach les clés du bateau.

— Tu es folle, il ne voudra jamais qu’on s’aventure en mer avec un de leurs bateaux.

— On ne s’aventure pas en mer, on va juste vers Monkey Beach, enfin c’est ce qu’on va lui faire croire, car un peu plus au sud de Koh Phi Phi Ley, se trouve une minuscule île où quasiment personne ne se rend.

— C’est peut-être pour une bonne raison. Trop loin d’où on se trouve ou trop dangereux, je ne sais pas.

— Mais non, pas du tout, c’est juste que la plupart des spots de plongées se trouvent là-bas et les compagnies comme celles de Zach et Roberto ne s’embêtent pas à aller plus loin en règle générale.

— Donc tu veux qu’on navigue vers cette petite île, pour se faire bronzer et boire en étant seules au monde, c’est ça ton plan ?

— Exactement !

Finissant leurs bières, elles partirent en direction du port où elles trouvèrent Max qui apprenait les rudiments des nœuds marins auprès du capitaine Zach, fier comme un paon. Il ne fallut pas plus de trente secondes à Salma et à sa gueule d’ange pour convaincre ce dernier de leur laisser les clés du bateau tant désiré, sous couvert bien entendu, des consignes de sécurité et de l’interdiction d’aller plus loin que Monkey Beach…

Le bateau dont elles s’apprêtaient à prendre les commandes, servait en général à Roberto pour aller pêcher en mer. Ce dernier était donc rempli de cannes à pêche et d’ustensiles prévus à cet effet. Dans la cale, se trouvait une grande glacière qui faisait également partie du matériel de bord et qui n’allait pas rester vide très longtemps. Salma glissa la clé dans la serrure, tira le levier servant à actionner l’hélice, qui démarra en trombe. Prenant soin de ne pas abîmer la coque en manœuvrant près du ponton, le bateau filait maintenant à toute allure à travers les eaux turquoise, en écrasant, les unes après les autres, les vagues se trouvant sur leur chemin.

Non loin de la petite île de Bida Nai, au sud de Koh Phi Phi Ley, Salma faisait enfin ralentir le bateau, afin de laisser le champ libre à Julie pour faire le plein de photos de ce petit coin de paradis. L’eau était tellement claire en s’approchant près des récifs, qu’il était possible d’apercevoir des bancs de poissons multicolores ainsi que des tortues et autres raies manta.

En arrivant près de la plage déserte de touristes et de singes, ce qui n’était pas pour leur déplaire, Julie sauta dans l’eau chaude et tira la corde du bateau pour l’accrocher à un rocher, qui semblait être le point d’amarrage des rares téméraires qui s’aventuraient jusqu’ici.

— C’est bon, c’est accroché ! précisa-t-elle à haute voix. Tu peux balancer l’ancre, j’arrive t’aider pour les sacs.

Les deux copines n’avaient pas emmené seulement de quoi boire, mais avaient aussi fait quelques emplettes sur le marché afin de se concocter un repas composé uniquement de fruits. Julie ramassa les deux sacs pendant que Salma s’occupait de la glacière. Elles allèrent trouver un coin d’ombre, grâce à deux énormes palmiers et y posèrent les sacs puis, elles s’installèrent confortablement sur leurs serviettes afin de commencer cette journée de farniente.

Julie fut la première à dégainer son maillot de bain après avoir retiré son top blanc et son short en jean tout deux trempés. Sans même prendre le temps de se poser sur sa serviette, elle attrapa un masque et partit faire du snorkeling. Elle voulait voir de plus près les merveilles que recelait la mer, tandis que Salma, elle, préférait prendre quelques photos pour ses fans. Plusieurs minutes passèrent avant que Julie revienne haletante, en déposant son masque sans ménagement et en s’écrasant d’épuisement sur sa serviette.

— Mon dieu c’est tellement beau ! C’est tellement incroyable d’être ici ! s’extasia-t-elle.

Salma ne répondit pas et semblait s’être endormie.

— Tu dors déjà Salma ? Je vais me chercher une bière, tu en veux une ?

Toujours pas de réponse. Julie alla se chercher une bière, la cala soigneusement dans le sable pour ne pas qu’elle tombe, retira le bandeau qui faisait le tour de sa poitrine et s’allongea de tout son long afin d’imiter Salma. Une petite sieste ne lui ferait pas de mal vu la nuit qu’elle avait passée.

Quelques minutes plus tard, un bruit sourd vint troubler son sommeil. Elle se redressa en s’aidant de ses mains, qu’elle plongea dans le sable chaud et vit Salma dans l’eau, nager, totalement nue. En tournant la tête, elle vit son maillot de bain posé sur sa serviette.

Julie n’avait aucun problème avec la nudité, elle-même avait retiré le haut. Elle regardait Salma s’amuser dans cette mer couleur azur, le cadre était somptueux et il était difficile de ne pas en dire autant de la sublime brune au corps divin. Elle se surprit à regarder de manière précise le corps trempé de son amie qui s’avançait vers elle, hors de l’eau. Elle avait l’impression à cet instant, d’assister à une scène de film érotique tellement le tableau qui se dessinait devant elle était beau. Cette pensée la fit pouffer de rire.

Salma, quant à elle, n’avait pas quitté Julie des yeux, elle avait remarqué son regard sur elle et s’allongea sur le dos à côté de la Française.

— Qu’est-ce qui te fait sourire comme ça ?

Julie, gênée à l’idée d’évoquer son imaginaire comique et érotique, répondit à demi-mot :

— Non, non rien ! Je suis juste contente d’être ici, c’est surréaliste, on se croirait seules au monde, échouées sur cette île.

En exprimant sa pensée, elle regarda autour d’elle et prit conscience que cette île qu’elle pensait déserte, ne l’était peut-être pas. La grande plage, où elles s’étaient installées, semblait avoir été piétinée par d’autres personnes.

— Je ne suis pas sûre que l’on soit si seules que ça finalement !

— Comment ça, pas seules ?

— Regarde, là-bas, il y a des traces de pas.

— Ah ouais, t’as raison, je n’avais pas remarqué. Sûrement des pêcheurs ou des touristes qui sont venus faire la fête. Ça ne m’étonnerait pas que ce soit la deuxième option. L’île voisine que tu vois en face, qui est d’ailleurs la jumelle de celle-ci en plus grande, accueille chaque mois une soirée spéciale !

— Laquelle ?

— La Full Moon ! C’est là-bas qu’ils font leurs énormes soirées, il y a un monde fou à priori. D’ailleurs, la prochaine est pour bientôt, ça va être géant !

Julie acquiesça d’un mouvement de tête et se rassit sur sa serviette en trinquant avec Salma qui s’était servi à boire également. Cette dernière regardait Julie avec insistance sans qu’elle s’en rende compte.

— Tu veux avoir la marque en bas ? demanda Salma qui s’était de nouveau allongée, les yeux rivés vers le ciel.

— La marque… ah ! Mon maillot, tu veux dire ? Pour être tout à fait honnête, je n’ai jamais osé me mettre nue sur une plage. Topless pas de souci par contre, en même temps, avec mes piqûres de moustique, ce n’est pas moi qu’on va mater.

— C’est fou à quel point tu peux te dénigrer ! On ne te l’a peut-être jamais dit, mais tu as des seins magnifiques, pas besoin d’avoir plus gros. Et puis ici, on est seules, c’est le moment ou jamais de se lâcher. Se baigner nue sans tissus superflus, quel bonheur…

— Tu as raison. On est entre filles, on s’en fout.

Ni une ni deux, Julie enleva son tanga et se retrouva totalement nue en compagnie de Salma qui était restée le regard fixé sur le ciel. Les deux jeunes femmes profitèrent, pendant plus d’une heure, du soleil qui brûlait de plus en plus fort, à tel point que Salma, d’elle-même, proposa à Julie de lui passer de la crème dans le dos. En effet, celle-ci avec sa peau blanche commençait sérieusement à rougir.

— Ton dos va ressembler à une tomate si tu ne te remets pas de la crème, ma belle.

— Je vais aller me mettre à l’ombre surtout, je commence sérieusement à avoir chaud et j’ai un petit creux de toute manière.

— Même sous le palmier, les UV continuent à attaquer, bouge pas je vais t’en mettre dans le dos.

Julie se leva pour se mettre à l’ombre où étaient disposés les sacs et la glacière, suivie de Salma et de sa crème. Elle s’allongea à nouveau sur le ventre pendant que Salma se mit à califourchon sur ses fesses, et appliqua sur son dos une bonne dose de crème solaire.

— Je crois qu’on s’est mises à l’ombre au bon moment, encore quelques minutes et tu pouvais dire adieu au soleil pour le reste de tes vacances.

— Je suis rouge à ce point ? s’inquiéta Julie

— C’est limite oui. Laisse-moi faire, je vais t’en mettre partout et après on mangera un bout, je commence à avoir faim aussi.

Elle continua d’appliquer soigneusement la crème sur le dos de Julie, en passant ses mains sur ses flancs puis en revenant sur ses lombaires. Elle continua sur les bras, le cou, revint sur le dos et à nouveau sur les flancs, mais cette fois-ci en lui effleurant le côté de ses seins.

Salma se mit ensuite sur le côté et Julie, pensant qu’elle en avait terminé, la remercia et commença à se relever, mais Salma lui appuya sur le dos énergiquement :

— Pas encore, attends, il t’en faut sur les jambes.

— T’inquiète, je peux m’en charger, en tout cas c’était super agréable, je ne savais pas que tu massais aussi bien !

— Laisse-moi continuer alors, ça ne prendra que deux minutes.

Julie acquiesça en haussant les épaules, elle aimait les massages après tout.

Elle lui mit de la crème sur les jambes, en se positionnant au niveau de ses pieds. Ses mains massèrent ses cuisses en imprégnant la crème sur toute la surface qui avait été en contact avec le soleil. Afin de finir le travail, elle s’appliqua à faire de même sur les fesses de Julie, qui resta immobile comme paralysée.

— Euh… tu fais quoi ? demanda-t-elle mal à l’aise.

— T’en fais pas ma belle, je suis experte en massage.

— Oui, mais c’est mon cul là, c’est un peu bizarre.

— On est copine, non ? s’enquit-elle. Pas de tabous entre nous, ce n’est pas comme si j’étais en train de toucher, là !

Au moment de prononcer ce dernier mot, Salma mit sa main sur le sexe de Julie, qui se leva d’un bond en furie.

— Putain, mais tu fais quoi là ? C’est quoi ce délire ? hurla-t-elle

Salma retomba sur ses fesses en écarquillant les yeux de stupeur. Elle ne s’attendait pas à une réaction aussi violente de la part de son amie.

— C’était pour rire ma belle ! Qu’est-ce que tu crois, que je suis lesbienne ?

— Que tu sois lesbienne, bi ou ce que tu veux, on s’en fout, qu’est-ce qui te prend de me toucher le sexe ? Il n’y a rien de drôle ! Julie s’était levée et se rhabilla en quatrième vitesse, furieuse.

— Je ne pensais pas à mal, je voulais juste rigoler ! J’aime masser tout simplement. C’est plutôt moi qui suis choquée que tu puisses penser ça. Tu es superbe ma chérie, mais j’aime les hommes et ce qu’il y a entre leurs jambes !

Sur ces mots, Salma se leva et partit contrariée, en pleurs, vers la forêt.

Julie ne la regarda pas partir et n’arrivait pas à décolérer. Elle se sentait mal de lui avoir crié dessus de la sorte, mais ne comprenait pas ce qui venait de se passer. Quand même, ça ne se fait pas ! se dit-elle.

Au bout de dix minutes, Julie se retourna et ne vit plus Salma, elle n’était plus sur la plage. Elle commença à l’appeler, mais aucune réponse ne se fit entendre, elle cria alors son nom, toujours rien. Inquiète, elle s’en alla vers la forêt, vit un chemin qui grimpait jusqu’au sommet et l’emprunta. Julie avait un mauvais pressentiment et pressa le pas. Arrivée en haut, elle la vit, assise, au bord de la falaise, les pieds dans le vide.

— Qu’est-ce que tu fais !?

— T’inquiète, je vais pas sauter, je suis pas suicidaire. Je n’en reviens pas que tu aies pu penser que j’avais voulu te toucher…

— Désolée de t’avoir gueulé dessus comme ça, je n’aurais pas dû. Le fait que tu me touches, même pour blaguer, m’a surprise et je n’ai pas su comment réagir. Si je t’ai blessée, je te demande pardon.

— C’est moi qui m’excuse, je n’aurais pas dû faire ça, c’était débile ! Je suis trop tactile et pour moi ce n’est rien, mais je peux comprendre que pour toi ce soit gênant. Je suis vraiment désolée Julie, je ne veux pas que ce soit bizarre entre nous, tu es une rencontre incroyable et je ne veux pas que ça change.

Julie se sentait idiote à présent, en écoutant Salma s’expliquer. Elle s’avança vers son amie et s’assit à ses côtés.

— C’est bon, c’est oublié, OK ? dit-elle en appuyant son épaule contre celle de Salma. On redescend et on se le fait ce festin ?

Sur le chemin sinueux, en pente, qui les amenait jusqu’à la plage, les deux jeunes femmes marchaient en silence. Sans remettre en cause ses excuses faites à Salma, Julie repensait sans cesse aux mots de Magalie avant que celle-ci ne prenne son bus pour le Cambodge : « Elle a un comportement bizarre envers toi, fais attention ! ». À l’époque, cet avertissement était passé inaperçu, voire même incompris, par Julie, puis cela fit sens tout à coup : Salma n’a jamais été jalouse de moi, elle était jalouse de mon amitié avec Magalie. Entre ses compliments qui jusque-là me paraissaient anodins et son comportement de tout à l’heure… est-ce qu’elle pourrait avoir plus que de l’amitié pour moi… ?

*

Max, le néo-navigateur s’amusait comme un fou. Enduit de crème solaire et d’un bob vissé sur sa tête rousse, il aidait Zach à équiper les touristes de bouteilles d’oxygène.

— Assure-toi que ce soit bien serré comme je te l’ai montré et ensuite tu pourras les installer à l’arrière du bateau, on va jeter l’ancre à cet endroit.

Deux minutes plus tard, les cinq touristes plongèrent sous la supervision des deux employés pendant qu’un troisième préparait activement un repas frugal à l’étage du bateau.

Zach alla retrouver Max qui se régalait de cette fin de journée.

— Alors, ça te plaît la vie de matelot ?

— Je crois que j’ai le pied marin Capitaine ! Honnêtement, je passe un très bon moment, c’est un pur régal de naviguer dans ces eaux, et dire qu’on peut être payé pour ça !

— Tu comprends mieux pourquoi j’ai fait des pieds et des mains pour trouver un business sur cette île ! Au départ, mon objectif numéro un c’était l’hôtellerie de luxe. Je voulais m’associer avec un des plus importants hommes d’affaires de Koh Phi Phi qui détient plusieurs auberges de jeunesse, mais surtout, c’est le propriétaire du Full Moon.

Zach déballait ses ambitions professionnelles, un vrai moulin à paroles.

Le Full Moon, c’est un complexe cinq étoiles, tout proche de Monkey Beach où on a fait notre excursion en canoë l’autre jour. De chaque côté du bâtiment principal se trouve une dizaine de paillotes plus luxueuses les unes que les autres. Imagine-toi, te réveillant dans l’une d’elles, faire quelques pas dans la chambre en direction de la plage puis, te retrouver immédiatement les pieds dans l’eau ! Quand on est parti ce midi avec les premiers touristes on est passés devant, tu te rappelles ?

— Ouais ouais, je me souviens très bien. Je comprends parfaitement pourquoi tu avais des vues sur cet hôtel. Pourquoi ça ne s’est pas fait ?

— Pas encore fait… nuance ! Il faut juste que j’active certains leviers aux moments opportuns et l’affaire sera dans le sac !

— J’imagine que tu as su activer le bon « levier » dont tu parles pour faire partie de l’aventure Colombiana Diving !

Zach prit le temps de répondre en fixant l’île au loin :

— Tout vient à point à qui sait attendre !

Les plongeurs réapparurent, sortant la tête de l’eau, tout sourire, après avoir retiré le détendeur de leurs bouches. Max les aida à remonter à bord, afin qu’ils puissent se défaire de leurs équipements, puis profiter du repas qui leur avait été préparé. Moaka et Jason, les deux plongeurs de l’équipe de Zach, étaient en train de visionner avec les touristes les images prises sous l’eau en compagnie des requins à pointes noires et du reste de la faune du site de plongée. Le but étant de les émerveiller suffisamment pour susciter l’envie d’achat par la suite.

Le repas terminé et les bons de commande passés, il était temps de rentrer sur l’île. Max avait pris place près de Zach, qui lui laissa la barre quelques instants pour son plus grand plaisir.

— Merci encore pour cette journée Zach ! Quand je reviendrai de voyage, si je décide de poser mes valises ici, j’espère que vous aurez une place pour moi, sait-on jamais !

— Qui sait en effet ! Mais qu’as-tu à m’offrir pour ça ?

— Hum… laisse-moi réfléchir… Je te proposerai en premier lieu une bière bien fraîche pour te remercier une fois encore et je pourrais également assurer ta protection, tu en auras sûrement besoin un jour, affirma-t-il d’un air sournois. Mais vu mon gabarit, je ne suis pas persuadé d’être d’une grande aide !

Zach se figea, ne comprenant pas son insinuation.

— Comme tu as pu le remarquer jusqu’à maintenant, je ne suis pas dans l’action, mais plutôt dans l’observation.

— Mouais, OK et ?

— Tu sais, j’ai grandi dans une banlieue assez pauvre et malfamée de Dublin. Dans ce genre d’endroit, il y a deux types de personnes : ceux qui ont les muscles et ceux qui ont la tête. Tu te doutes de la catégorie dans laquelle je me trouve. J’ai remarqué et je pense ne pas être le seul, l’homme tatoué sur le bateau le soir de votre célébration. Je ne suis pas devin, mais à force de vivre dans un milieu où la vie ne te fait pas de cadeaux, on développe un sens aigu pour faire la différence entre les méchants et les gentils.

Zach avait repris les commandes du bateau et afficha un air entendu.

— Je dois t’avouer que j’espérais qu’il était passé inaperçu.

Un silence pesa entre les deux hommes qui regagnaient le port au même moment. Sans lui jeter un regard, Zach alla s’occuper des apprentis plongeurs pour les remercier et en remettre une couche sur la vente des vidéos. Le blabla commercial était parfaitement rodé ; une de ses qualités majeures qui faisait de Zach un requin dans un banc de poissons.

Les touristes partis et les employés congédiés, il s’avança vers Max qui était resté sagement dans la cabine :

— Avant d’accepter la bière que tu m’as gentiment offerte, on va aller faire un tour, à moins que tu sois pressé ?

Zach remit les gaz et emmena son compère sans attendre une réponse de sa part. Il prit la direction de Monkey Beach en se postant devant le complexe hôtelier dont ils avaient discuté plus tôt. Il coupa le moteur et alla chercher deux bières dans une glacière.

— Tiens, c’est ma tournée en attendant la tienne !

— Est-ce qu’on fête quelque chose de spécial ?

— Un jour, on trinquera à ma réussite. Un jour, je serai aux commandes de cette merveille, tu vois, ça, c’est mon rêve, psalmodia Zach.

— Je te le souhaite, comme ça je pourrai loger à l’œil. Mais j’imagine que tu ne m’as pas amené ici uniquement pour me montrer cet hôtel de rêve, n’est-ce pas ?

— T’es un malin, Max ! Il y a un truc en toi que je n’arrive pas à déceler ; sous tes airs de petit rouquin timide, tu sais parfaitement mener ta barque. T’as du caractère, t’es fidèle en amitié, ça me plaît et ça me donne envie de te faire confiance. Comme tu l’as dit à l’instant, on est parfois entouré de gentils comme toi et de méchants comme l’autre que tu as vu. Le mec en question fait partie du gang du serpent ; c’est la mafia locale si tu préfères. Difficile de monter un business sur l’île ou à Phuket sans qu’ils y soient mêlés de près ou de loin. Pour ma part, je suis un homme d’affaires, pas un mafieux, et j’ai toujours refusé de traiter avec ce genre de personnes, mais…

— Mais ?

— Si tu viens d’un milieu « malfamé » comme tu l’as dit, tu sais ce qu’on risque quand on n’obéit pas. Dès qu’ils ont su que je comptais me lancer en affaires avec Roberto, ils m’ont approché par le biais de ce type : Mahlong.

— J’imagine que s’ils te collent au cul, ce n’est pas pour ta belle gueule, mais pour ton argent, je me trompe ? C’est d’ailleurs sûrement la raison qui t’a poussé à courir comme un dératé hier sans dire un mot. Quand tu nous as raconté l’histoire du cadeau de tes parents, je dois avouer que j’y ai presque cru, expliqua Max en lui faisant un clin d’œil.

Zach le regarda droit dans les yeux, impressionné par tant de clairvoyance.

— Très malin ! Mais ce n’est pas exactement ça, je vais t’expliquer.

— Le but du gang est évidemment d’avoir un pied dans tout ce qui rapporte de l’argent dans le coin, sauf qu’au départ, Colombiana Diving n’intéressait personne même pas la mafia. Quand Roberto a monté son business, personne ne croyait en lui à part lui-même. D’ailleurs, en discutant avec ses concurrents présents sur l’île, aucun d’eux n’aurait parié un centime sur le fait que six mois plus tard il serait toujours debout. Au bout d’un an et demi d’exploitation, il était déjà devenu le numéro deux sur l’île en termes de chiffre d’affaires. Avant qu’il arrive dans le métier, les autres compagnies ne faisaient que de la plongée, lui au contraire avait mis un point d’honneur dans la diversification de son activité : école de plongée, location de canoë, mise à disposition d’un bateau pour aller récupérer les touristes à Phuket en fast boat, etc. Forcément, une ascension aussi fulgurante ça attire ! Tu te doutes bien que si j’ai jeté mon dévolu sur son business en devenant son associé, je ne suis pas le seul à l’avoir repéré. C’est à ce moment-là qu’ils sont venus le voir, ils lui ont demandé une certaine somme d’argent à leur verser par mois, c’est monnaie courante par ici si tu ne veux pas que tes bateaux prennent feu du jour au lendemain.

— Je vois le genre, j’imagine qu’il a refusé.

— Bien sûr que non ! C’est impossible de refuser et depuis ce jour, Roberto verse la même somme chaque mois pour sa tranquillité.

— Mais alors pourquoi t’ont-ils approché si Roberto leur verse déjà de l’argent ? Ils n’ont pas besoin de toi !

— Vois plus grand Max, vois plus grand ! C’est gourmand un gangster… tu ne savais pas ? souligna-t-il en avalant une nouvelle lampée de bière. Ça ne leur suffisait pas d’avoir une rentrée d’argent régulière, leur truc c’est la drogue et quand tu as des bateaux pour la transporter et la distribuer, c’est pratique !

Max venait de comprendre ce qu’impliquait la relation entre Zach et le gang du serpent.

— Et toi qui ne voulais avoir aucun rapport avec ce type de personnes, ça ne te dérange pas de tremper là-dedans ? Tu n’as pas peur des répercussions que cela peut engendrer, la police, etc. ?

— Peur, moi ? Pourquoi j’aurais peur ? J’ai de l’argent et avec de l’argent tu achètes ce que tu veux et qui tu veux… affirma-t-il d’un air hautain.

Il montra tout à coup le complexe hôtelier du bout du doigt et dit :

— Grâce à ce deal que j’ai conclu, un jour je serai propriétaire de tout ça, je te le garantis !

— Encore une fois, je te le souhaite, mais pourquoi me dire tout ça ? Tu aurais pu tout simplement botter en touche quand je t’ai parlé de ce « Mahlong ».

— J’aurais pu, oui, mais je sais reconnaître quelqu’un qui a du potentiel. T’as pas sourcillé un seul instant pendant que je te racontais ça. Quelque chose me dit que je ne suis pas le seul à aimer l’argent facile et on a toujours besoin de s’entourer de gens qui nous ressemblent d’une certaine manière, je me trompe ?

— Voyager, ça coûte de l’argent…

— On est d’accord ! Tout cela, bien sûr, doit rester strictement confidentiel, ce serait dommage que ça s’ébruite et que le gang vienne à apprendre ton existence si tu vois ce que je veux dire !

Zach avait prononcé ces mots, le regard hypnotisé par l’hôtel de ses rêves, puis se tourna vers Max et ajouta en levant sa bière :

— Aux futurs associés !

Max leva sa bière à son tour, sans être sûr d’avoir bien saisi la proposition de travail ou la menace qu’on venait de lui soumettre…

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