Chapitre 23 2 octobre 2015 Appartement de Julie - Tours

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Le téléphone sonna pendant que Julie se préparait un thé. Les vagues de froid avaient commencé tôt cette année, un peu de chaleur ne lui ferait pas de mal. À l’autre bout de la ligne, Mei décrocha enfin, accompagnée d’un sourire plein de surprise. En effet, la tante et la nièce ne s’étaient pas parlé depuis plus de deux mois. Julie s’en excusa aussitôt :

— Coucou tata ! Je suis tellement désolée ! répéta-t-elle plusieurs fois, en joignant ses mains au niveau de sa bouche. Je n’ai pas répondu à tes derniers messages, j’espère que tu ne m’en veux pas !

— Bonjour mon chéri ! lui répondit Mei dans un français approximatif. Cette dernière prenait des cours dans la langue de Molière depuis leurs retrouvailles. Pourquoi t’excuses-tu enfin ? reprit-elle en anglais. Ce n’est pas grave, tu as bien fait de profiter de tes vacances et de t’amuser, la vieille que je suis peut attendre.

— On dit « ma chérie » tata ! Si tu me dis « mon chéri », ça voudrait dire que je suis un garçon.

Les deux femmes se mirent à rire.

— Ah oui, c’est vrai, tu fais bien de me corriger. Je recommence : comment vas-tu, ma chérie ? Est-ce que tu vas mieux ? As-tu retrouvé le sommeil ?

Julie, qui avait tenu au courant sa tante de la disparition de Roberto au moment des faits et des premières semaines de son retour à Tours, lui raconta alors les dernières nouvelles, incluant notamment la vidéo ou l’on voit Roberto tomber d’une falaise et le message sans équivoque qu’ils avaient reçu hier : « Si vous voulez connaître la vérité, rendez-vous tous les quatre, sans exception, sur la falaise ! »

Le visage de la vieille femme se ferma en entendant ces mots et afficha un air grave :

— Qu’as-tu l’intention de faire maintenant ? Si tu as la même tête de mule que ta cousine, j’imagine que tu ne vas pas rester gentiment en France.

— Non, en effet tata, je ne vais pas rester ici les bras croisés alors que je peux enfin connaître la vérité et comprendre pourquoi on a poussé Roberto dans le vide. Je dois m’y rendre et j’ai besoin de toi.

— Je me doute fortement que tu ne veuilles pas renoncer, mais sache que ce message me fait peur ! Si le gang du serpent est derrière tout ça, qui sait ce qui pourrait vous arriver à tous les quatre ! Ici, tu le sais, ce n’est pas la France, ce n’est pas l’Europe, n’importe quelle personne avec de l’argent, a du pouvoir et le pouvoir, c’est dangereux !

— Je sais tout ça et c’est bien pour ça que je t’appelle.

— Que veux-tu que je fasse pour toi, ma chérie ? Tu sais, je n’ai jamais eu de nouvelles de ton petit-copain Roberto. Je suis retournée à Koh Phi Phi de nombreuses fois depuis ton départ et j’ai mené ma petite enquête, mais personne n’a plus jamais entendu parler de lui. Même ses affaires et sa maison sont restées intactes, c’est ton ami Zach qui fait en sorte que personne ne viole sa propriété.

— Zach fait ça ! rétorqua Julie, l’air surpris, arborant un large sourire. C’est vraiment gentil de sa part, je dois avouer que je ne m’attendais pas à ce qu’il ait ce genre d’attention. Il a l’air tellement occupé par son travail.

— Tu sais ce que je pense de ce… Zach, ma chérie. Depuis qu’il a essayé de me racheter le Paradis blanc pour en faire une boîte de nuit, je ne suis pas sa plus grande fan. Mais il faut reconnaître que ce qu’il fait en mémoire de Roberto, est digne d’un ami.

— Oui, je sais que tu ne l’aimes pas, mais malgré les apparences, c’est quelqu’un qui a du cœur. Il nous a même proposé, à tous, de loger chez lui, mais j’ai refusé, car j’aimerais si tu l’acceptes…

— Tu n’as même pas besoin de demander, ma maison est la tienne, mais ça ne résout pas le problème : as-tu une idée de qui est derrière tout ça ? Ce message devrait plus vous effrayer que vous galvaniser, tu ne penses pas ?

— Si je ne me fiais pas à mon instinct, je penserais de la même manière que toi tata, mais au fond de moi, je sens au contraire, que c’est un message d’espoir, qu’il sera enfin possible de connaître la vérité. Si j’ai besoin de toi, c’est aussi car je ne suis pas folle au point de partir sans prendre de précautions. J’aurais besoin que tu contactes quelqu’un pour moi. Tu le connais sans doute, c’est le chef de la police de Phuket, Rama !

Mei n’en croyait pas ses oreilles, au point d’en bondir de sa chaise :

— Rama ! Ce vieux serpent ! Il est aussi corrompu que tous les autres. Il est hors de question que je te mette en contact avec cet homme.

— Tata je t’en supplie… Si Roberto lui avait donné sa confiance, je sais que je peux en faire autant. Il faut que je puisse le mettre au courant des évènements et de ce qui pourrait se passer sur l’île où nous devons nous rendre. Tout cela restera entre nous, je n’en ai pas parlé à mes amis.

Mei poussa un long soupir avant de répondre.

— Tu as une telle foi en ce que croyait ton Roberto… Très bien, je le contacterai, mais on ira le voir ensemble et c’est non négociable ! prononça-t-elle en pointant un doigt autoritaire devant la caméra du téléphone.

— Je te le promets ! Mon avion arrive à Phuket dans une semaine, est-ce que tu viendras me chercher ?

— Évidemment que je serai là ! Tu n’imagines pas à quel point j’ai hâte de te revoir ! Mais dis-moi, comment se fait-il que tu ne mettes pas tes amis au courant pour Rama ? N’as-tu pas confiance en eux ?

Julie avait troqué son visage lumineux pour un autre plus sombre :

— Ce n’est pas un manque de confiance, mais je sais qu’ils ne seraient pas d’accord de faire intervenir la police, car comme toi, ils pensent que tout le monde est corrompu. J’ai confiance en Rama, alors j’irais le voir seule, enfin pas vraiment… on ira ensemble !

*

La veille dans la nuit, Julie n’en revenait pas du raz de marée de messages qui arrivaient par vagues, faisant scintiller son téléphone toutes les dix secondes. Après avoir pris connaissance du message laissé sur le compte Instagram « souvenirs » et sans même prendre le temps de lire ceux écrits par ses amis sur Whatsapp, elle leur fit part de son désir de se rendre dans les plus brefs délais à l’endroit indiqué.

Les réfractaires d’il y a quelques semaines, prenaient enfin conscience de la réalité des choses et des conséquences qu’ils allaient devoir affronter ensemble.

— Ça y est, j’ai tout lu ! écrit à son tour Julie.

Les émotions échangées et la tension qui régnait depuis l’annonce du rendez-vous étaient palpables. Ce n’était plus désormais de simples photos ou vidéos, mais cela devenait réel. On leur adressait un message personnel qui les effrayait autant qu’il aiguisait leurs curiosités.

— Comme je viens de vous le dire, la police ne fera rien pour nous aider et surtout ils nous riront au nez, je les connais, je les vois tous les jours. Si nous voulons connaître la vérité, comme le dit ce foutu message on doit le faire seuls. Tout ça commence sérieusement à me peser sur les nerfs. Venez me rejoindre sur Koh Phi Phi, qu’on en finisse.

Zach, qui avait lancé un appel téléphonique un peu plus tôt, avait pris la parole avec beaucoup de sincérité et d’épuisement concernant l’affaire.

— J’ai peur et j’ai l’impression d’être la seule à penser au danger qui nous attend là-bas ! s’enquit Salma avec des trémolos dans la voix.

— Tu n’es pas seule, on est tous dans le même bateau. On a tous envie de savoir ce qui est arrivé à Roberto et on doit tous s’y rendre pour enfin connaître la vérité, répondit Julie.

— Pour toi c’est important et je le comprends, tu étais amoureuse de lui et ça te ronge, je le vois bien, mais pour Max, Zach et moi, enfin Zach c’est différent, car ils étaient associés, mais pour Max et moi du moins, on ne le connaissait même pas depuis 15 jours. Quand il a disparu, nous avons fait ce que des gens lambda auraient fait en prévenant la police, après c’était à eux de faire leur boulot. Que voulez-vous que l’on fasse de plus ? Pourquoi on irait se jeter dans la gueule du loup ? Si c’est une personne malveillante qui est derrière ce message, je ne tiens pas à risquer ma peau pour une quelconque vérité sur un homme que je connaissais peu, je suis désolée.

— Je pensais comme toi depuis le début Salma, mais je ne crois pas qu’on ait affaire à une personne dangereuse, ajouta Max avec calme. On pourrait tous laisser les choses en suspens, mais dans quel but ? Si la personne derrière tout ça veut nous donner la vérité alors, allons-y et si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour Julie !

— Ce n’est pas la question de le faire pour Julie ou non. J’ai peur pour ma sécurité et peu importe ce que vous direz. Depuis que j’ai vu cette vidéo, je sens qu’un danger plane au-dessus de chacun d’entre nous.

— Comme tu l’as si bien dit tout à l’heure, on est des personnes lambda, qui ont réagi comme on devait le faire quand Roberto a disparu ; on n’a rien à se reprocher et c’est pour ça que je pense comme Julie. Ce message qu’on a reçu n’est pas une menace, mais une solution, je ne l’avais pas vu comme cela au départ. D’ailleurs, durant notre dernier appel, aucun de nous, à part Julie, n’avait réellement pris au sérieux ce qui se passait. Tu peux compter sur moi Julie, je serai là !

Elle regardait Max avec un sourire victorieux.

— Nous devons y aller tous les quatre sans exception, c’est ce que dit le message. Si l’un de nous manque, nous ne saurons jamais la vérité. Si Roberto a compté pour vous d’une quelconque manière, même sur un laps de temps très court alors il faut que vous veniez. Si personne n’a rien à se reprocher, soyons tous là les uns pour les autres !

— Bien dit, Julie ! approuva Max.

— Ah… parce que maintenant on va être jugés en fonction de ses actes, c’est ça ? Si je ne viens pas, je serai donc coupable de sa disparition ? Oui, j’avoue que depuis le début, je n’ai pas cru au saut dans le vide de Roberto quand tu nous l’as raconté sur la plage, mais je t’ai cru quand j’ai vu la vidéo. Je te crois Julie, je suis sûre qu’il a été assassiné et c’est bien pour ça que je vous trouve complètement tarés d’accepter de retourner à l’endroit même où il a été tué. Peu importe nos sentiments envers lui, ce qui compte le plus c’est nos vies, bordel ! Vous le comprenez ça ! hurla Salma avant de couper sa caméra.

Un silence pesa et le reste du groupe resta muet quelques instants. Les mots de Salma résonnaient en chacun d’eux.

— Elle n’a pas tort, murmura Zach. Mais, vous non plus ! Je veux savoir ce qui lui est arrivé pour qu’on puisse enfin tourner la page. Et la personne qui en a le plus besoin, c’est toi, Julie. Je vais parler à Salma et elle va accepter, ne vous en faites pas, elle a peur, c’est normal, mais elle dira oui. Il n’y a pas de date précise à respecter sur le message qu’on a reçu, mais le plus tôt sera le mieux. Je vous propose de me rejoindre chez moi dans une semaine, je vous logerai avec plaisir, si ça vous va.

— Merci de votre soutien, les gars ! Ça me touche énormément !

— Merci pour l’hébergement Zach, c’est cool ! Même si les circonstances ne sont pas les meilleures, je me réjouis de tous vous revoir et de vous retrouver ! On se revoit le week-end du 10 octobre alors !

— OK pour le 10 !

Julie raccrocha et posa son téléphone sur la table. En s’affaissant dans son canapé, elle prenait conscience que bientôt, elle saurait, bientôt la vérité éclatera et sa vie pourra reprendre son cours. Mais avant ça, elle se devait de tenir la promesse faite à Nono et à Joana. Elle prit à nouveau son téléphone et les convia à venir la rejoindre chez elle, le soir même, pour leur expliquer les raisons de son futur voyage.

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