Chapitre 27 10 octobre 2015 Îles Bida Naï - Deuxième partie

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Le petit rouquin au bob et la sublime brune plantureuse patientaient, assis sur le ponton, devant le bateau qu’utilisait régulièrement Roberto pour aller pêcher. Se remémorant leur passage sur cette île, ils ne virent pas de suite Julie, qui s’avançait vers eux, en gesticulant les bras, afin d’attirer leur attention. Salma fut la première à la prendre dans ses bras, en lui disant à quel point elle était radieuse puis, Max, fit de même, posant sur elle, le même regard complice qu’ils avaient eu depuis leur première rencontre.

— Ça me fait tellement plaisir de vous revoir ! dit-elle à ses deux amis en les regardant l’un après l’autre. On a tellement de choses à se dire, vous devez avoir un nombre incalculable de photos à me montrer de tous les pays que vous avez visités depuis qu’on s’est quittés !

— Un nombre incalculable de selfies plutôt pour Salma ! ajouta Max, sourire en coin.

— Arrête, je t’ai vu mettre des likes sur mes photos !

— Justement, c’est bien pour ça que je te le dis, on voit plus ta tronche que les paysages autour !

Les trois amis éclatèrent de rire. Après plus d’une heure passée à se raconter leurs aventures respectives depuis leurs séparations, il était temps d’embarquer vers l’île qui devrait leur livrer la vérité. Ils s’avancèrent vers le bateau et s’installèrent à bord.

— Bon, et toi ma belle, qu’est-ce que ça te fait de revenir ici ? Tu es toujours sûre que c’est une bonne idée qu’on y aille ?

— On n’est pas venus tous ici pour rien, non ? Je vous remercie infiniment d’être là, car je sais que vous le faites avant tout pour moi.

— D’ailleurs, en parlant d’être tous ici, il en manque un à l’appel. On est allé toquer à la porte de son bureau avec Salma, mais tout semble fermé.

— Vous n’avez pas vu le message qu’il a envoyé sur Whatsapp ? demanda Julie

— Si, bien sûr, mais c’est con d’y aller séparément, non ? souligna Max.

— C’est du Zach tout craché ! lâcha Salma. Je suis sûre qu’il est déjà sur place et qu’il nous a préparé une petite surprise !

Max, se mit à la barre, enclencha le moteur, et vingt minutes plus tard, ils débarquèrent sur Bida Naï. La plage était déserte et le soleil, en ce milieu d’après-midi, tapait fort. Max prit soin d’amarrer le bateau tandis que les filles se mouillaient abondamment les bras et les jambes afin de se rafraîchir.

Tout en s’aspergeant d’eau, Julie, laissa son regard aller et venir sur cet endroit maudit. Des flashs de la soirée lui revenaient en mémoire, lui rappelant les lieux : les cabanes à l’orée du bois, les bars sur la plage, la scène des DJ au centre. En levant les yeux, elle eut un frisson en apercevant la falaise abrupte d’où était tombé Roberto. Salma et Max se mirent à regarder dans la même direction, la vérité les attendait au sommet.

— Il y a quand même une question à laquelle aucun de nous n’a pu répondre jusqu’à maintenant, objecta Salma, le ton inquiet.

Ses deux amis la dévisagèrent et elle reprit :

— La personne qui doit nous donner des réponses sur ce qui s’est passé ne vit pas ici vu qu’il n’y a pas d’habitation ! Alors, comment peut-elle savoir qu’on est là ?

Personne ne sut quoi répondre, laissant le doute planer sur le sable blanc et brûlant qu’ils étaient en train de fouler.

— Vous ne pensez pas qu’on devrait attendre Zach ? interrogea Julie. On doit être tous les quatre, vous vous souvenez, c’est ce qui était écrit.

— Je suis d’accord, répondit Max, mais perso je vais me mettre à l’ombre, car j’en peux plus, il fait trop chaud ici.

— Il y a des arbres en haut alors autant qu’on attende là-bas, non ? Par contre, il a intérêt à arriver avant qu’il fasse nuit, sinon je vous préviens, on se casse !

Ne souhaitant pas briser le groupe, Julie et Max suivirent Salma qui s’était déjà élancée sur le chemin menant à la falaise. Arrivés en haut, la forêt derrière eux, ils découvrirent une zone où la végétation était beaucoup moins dense. Des buissons étaient disposés en divers endroit sur un sol caillouteux, et un arbre solitaire était tout proche de la falaise. Ils s’avancèrent à l’extrémité, admirant la vue sur Koh Phi Phi Ley, en sentant le vent caresser leurs visages. Max tapa du pied dans un caillou au bord du précipice, l’envoyant se fracasser sur les rochers en contrebas. Il n’en fallut pas plus pour donner le tournis à Julie qui se recula immédiatement, revivant la chute. Salma prit alors Julie par la main pour l’aider à s’asseoir :

— Ça va, ma belle ? Tu te sens bien ?

— Ça va aller, je te remercie, répondit-elle haletante.

Max sortit une gourde de son sac à dos, la lui tendit, pendant que Salma s’était assise à côté d’elle, à l’ombre de l’arbre solitaire. Ils restèrent comme cela une bonne heure, discutant à peine. Salma et Julie regardèrent à maintes reprises autour d’elles, le regard soucieux, ne voyant personne arriver. Max se leva enfin et retourna près de la falaise, tapant à nouveau dans une pierre qui prit le même chemin que la dernière puis siffla en contemplant sa chute.

— Sacré saut quand même quand on y pense, hein ! Je me demande si on a le temps de voir sa vie défiler à une telle hauteur ! se questionna-t-il

Les filles le regardèrent sans émettre de réponse.

— Putain, mais qu’est-ce qu’il fout, Zach ! s’emporta Salma. On va pas tarder à voir le coucher de soleil et je vous préviens, j’attendrai pas ici pour l’admirer !

Max reprit son monologue, les yeux regardant au loin :

— Quel paradis de vivre ici bordel, on aurait pu être tellement heureux. Moi, tout ce que je voulais, c’était changer de vie. Une vie facile, loin des problèmes, loin de la grisaille irlandaise, mais non, il a fallu qu’on vienne me faire chier ici aussi, dit-il calmement.

— Mais qu’est-ce qui t’arrive, tu délires ou quoi ? lâcha Salma.

— Chut… chut… répondit-il le doigt contre ses lèvres. Quel caractère !

Il se retourna et fit face aux deux jeunes femmes, toujours aussi calme :

— Arrêtez de regarder partout autour de vous, ça ne sert à rien. Zach ne viendra pas.

— Comment ça, Zach ne viendra pas ? Il m’a juré qu’il serait avec nous pour qu’on ait enfin les réponses à nos questions.

Il reprit avec un sourire déformant ses traits, laissant apparaître une personne qu’elles ne connaissaient pas :

— Disons, qu’il a eu un léger souci…

Il sortit alors, un scalpel maculé de sang et le brandit à la vue des deux jeunes femmes terrorisées. Julie se recula contre l’arbre derrière elle, le souffle court, les yeux écarquillés, tout en laissant échapper un gémissement sourd en portant la main à sa bouche. Elle venait de recevoir un coup en plein cœur : la vision de Roberto, la chemise en sang, le soir de sa disparition, venait de lui apparaître tandis qu’elle regardait fixement le scalpel rougeoyant. Elle avait compris.

Soudain, derrière eux, une personne cria en sortant de la forêt et en brandissant une arme sur le monstre au visage changeant :

— Police ! Ne bouge pas, Mac Callan, c’est terminé !

Max dut s’y prendre à deux fois pour identifier l’homme qui s’avançait à grandes enjambées en maintenant son arme braquée sur lui.

— Lâche ça, Mac Callan ! Je ne te le répéterai pas ! cria l’agent d’Interpol qui n’était plus qu’à une dizaine de mètres d’eux.

Profitant de la situation, Salma ramassa du sable et le lança au visage de Max, bondissant sur lui telle une lionne. Ce dernier fit deux pas en arrière, au bord du précipice, en hurlant, tout en se frottant les yeux avec sa main libre. Au moment où Salma allait le pousser dans le vide, il entrouvrit un œil et lui planta le scalpel en plein ventre avant de la retourner contre lui en maintenant l’arme tranchante contre son cou.

— Salope ! Espèce de Salope ! Qu’est-ce que tu croyais ? Que j’allais tomber comme Roberto ! hurla-t-il en continuant à se frotter les yeux.

Salma criait de douleur en maintenant ses mains sur sa blessure qui saignait abondamment, tandis que Julie était restée prostrée contre l’arbre. Max appuya la pointe de la lame plus près du cou de Salma tandis qu’il regardait l’agent d’Interpol, en reprenant son calme :

— Alors, sergent Miller ! Qu’est-ce qui vous amène ici ? Vous devez vraiment en avoir rien à foutre de votre pays pour traquer un simple citoyen irlandais au bout du monde, non ?

— Écoute-moi bien, Mac Callan, tu vas tranquillement relâcher la fille et jeter ton arme à terre.

— Butez le, bon sang, qu’est-ce que vous attendez pour le descendre ! gueula Salma en pleurant et en gémissant.

— Ferme ta gueule, toi ! Tu ne vois pas qu’on discute avec le sergent, bordel ? Excusez-la, sergent, elle a autant d’intelligence que de savoir-vivre, la pauvre. Alors, comment procède-t-on ? Je vous demande ce que je veux pour partir d’ici, je relâche cette pute et tout le monde est content ?

— On n’est pas dans un film, Richie. Ta route s’arrête ici et maintenant. Tu n’as aucune échappatoire et comme tu l’as si bien dit, je n’ai pas parcouru le monde entier pour te laisser te barrer encore une fois. Ne fais pas l’idiot et fais ce que je te dis.

Julie prit alors la parole tentant le tout pour le tout :

— Max ! dit-elle d’une voix apaisée. Tu es mon ami et je sais que tu es quelqu’un de bien ! Tu ne veux pas faire ça. Je ne veux pas voir mourir un autre de mes amis, je tiens à toi ! Peu importe ce que tu as fait dans le passé, s’il te plait relâche Salma et on pourra discuter tous les deux.

Il gardait le regard fixé sur le sergent.

— Max par pitié, regarde-moi ! Regarde-moi ! Je ne sais pas ce que tu as fait, mais la personne avec qui j’ai tant de fois ri et avec qui j’ai partagé tous ces moments merveilleux, ne peut pas être la personne que j’ai en face de moi. Je ne sais pas qui est ce Richie, mais il n’est pas bon pour toi, fais revenir mon ami Max, je t’en supplie ! Il ne va rien t’arriver, je te le promets ! N’est-ce pas, sergent ? dit-elle en regardant dans la direction du policier.

À ce moment-là, le regard de Max avait changé et s’était adouci. La pointe de son scalpel se retirait lentement du cou de Salma, puis il hurla à nouveau en voyant l’agent qui s’était avancé :

— Pas un pas de plus, sergent ! Sinon, je l’égorge comme une truie et vous aurez sa mort sur la conscience.

Il pivota ensuite son regard et le posa sur Julie :

— On aurait pu être heureux, tu sais. Ce que j’ai ressenti pour toi la première fois que j’ai eu le bonheur de t’apercevoir m’a montré que je pouvais aimer à nouveau. Tu étais si belle à Paris dans l’aéroport, si étincelante et si pleine de vie. Je t’ai regardée pendant des heures, cherchant ton regard puis, tu t’es fait aborder par cet abruti de Zach et tu m’as fait du mal pour la première fois en lui souriant comme tu l’as fait. Je dois avouer que j’ai pris plaisir en lui arrachant les cordes vocales tout à l’heure… déclara-t-il d’une voix terrifiante.

Une plainte de la part de Salma se fit entendre tandis que le policier maintenait, plus ferme encore, son arme en direction du visage de Richie Mac Callan.

— Ensuite, je t’ai suivie naturellement et je me suis même fait un ami pour la première fois en la personne de Josh. Grâce à toi et à l’amour que je te portais, j’étais en train de changer en devenant quelqu’un de bien. Il était clair, à ce moment-là, que tu me rendais meilleur et que tu étais celle que j’attendais depuis toujours. Alors, au moment où on a commencé à discuter à Chiang Mai et que notre amour s’est mis en route, tu as fait de moi le plus heureux des hommes. C’est l’amour que j’ai pour toi qui m’a ramené ici, aujourd’hui. Je sentais bien que je prenais un risque énorme en me montrant à nouveau, je ne suis pas aussi fou que tu le penses… mais chaque appel de ta part était une chance de plus de te revoir. Sache que je ne t’aurais jamais fait de mal, je ne t’aurais jamais touchée sans que tu ne le veuilles, pas comme avec les autres… Je t’aime, Julie, et j’aurais été prêt à tout pour toi, TOUT, tu m’entends ! cria-t-il désespéré, faisant sursauter Salma de frayeur et faisant perdre patience à l’agent d’Interpol.

— Ça suffit maintenant, Richie ! hurla-t-il d’une voix ferme et autoritaire. La fille ne va pas tenir encore longtemps sur ses deux jambes avec le sang qu’elle perd, alors si tu veux vivre et ne pas prendre une balle entre les deux yeux quand elle se sera effondrée, je te conseille de faire ce que je te dis !

— Bien vu, sergent ! Je vous remercie du conseil, mais on va plutôt jouer à un autre jeu, si vous voulez bien ? Tu vois mon sac à dos Salma ? On va s’en rapprocher tout doucement et tu vas ramasser ce qui se trouve dedans. Pas besoin de te dire de ne pas faire la conne sinon tu peux dire adieu à tes cordes vocales toi aussi, on est bien d’accord ? Hoche la tête si on est d’accord !

Salma s’exécuta, en pleurs, le mascara dégoulinant sur son visage. Elle s’avança vers le sac ouvert, se pencha et prit l’objet lourd et froid à l’intérieur.

— Du calme, d’accord ! Tu vas voir, ça va bien se passer. Tu vas pointer ça sur Julie maintenant, tout en douceur.

Salma sortit du sac un pistolet qu’elle pointa en tremblant sur Julie qui cria d’effroi en découvrant l’arme dans sa direction. Soudain, une voix inconnue brisa le silence qui s’était installé :

— Stop ! C’est moi que tu veux Max ! hurla l’homme qui courait en direction de la falaise.

— Je vous avais interdit de vous montrer Aguilar, bordel de merde ! gueula le sergent.

Julie se retourna immédiatement en entendant cette voix et crut que son cœur allait exploser, tellement l’émotion était forte. Elle voulut se lever, mais ses jambes ne semblaient plus pouvoir la porter et sa voix se bloqua en prononçant son prénom au moment où ses yeux rencontrèrent les siens.

— Ro… Roberto ! lâcha-t-elle tremblante, croyant apercevoir un fantôme, les yeux chargés de larmes. C’est toi ! C’est bien toi !

Roberto la regarda droit dans les yeux, le souffle coupé par la peur de l’arme pointée sur elle. D’un geste, il lui intima de ne pas bouger et se positionna à deux pas du sergent, en s’adressant à Max :

— C’est entre toi et moi, personne d’autre ne doit être blessé ! Alors si tu veux tuer quelqu’un, dis à Salma de pointer son arme sur moi !

Max le regardait sans être surpris le moins du monde. Au contraire, son sourire s’était accentué et ses yeux brûlaient comme deux billes incandescentes.

— Enfin, il se montre, je commençais à désespérer et à douter. Je dois t’avouer que j’espérais que c’était toi qui étais derrière tout ça ! En y réfléchissant bien, ça ne pouvait être que toi ! prononça-t-il en se réjouissant. Maintenant que tu es là, on va effectivement pouvoir en finir. Mais je ne vais pas pouvoir accéder à ta demande. Tu as souillé la femme que j’aime et tu vas la voir mourir. Si je n’ai pas réussi à te tuer la première fois en te poussant du haut de la falaise, je vais te tuer d’une autre manière ; et crois-moi Roberto, cette douleur que tu vas ressentir, elle va te bouffer le cœur jusqu’à ce que tu crèves ! hurla-t-il.

Salma, manquant de force, avait baissé son arme. La lame qui s’appuyait contre son cou, s’était tellement rapprochée qu’un filet de sang coulait sur son torse, si bien qu’elle remit en joue Julie, les doigts sur la détente, prête à faire feu.

— Le jeu est simple Salma, sois tu vis, sois tu meurs !

— Espèce de cinglé… marmonna-t-elle

— Hum, oui peut-être, mais un cinglé déterminé est encore plus dangereux, hein sergent ! Je vais mourir je le sais, mais je ne mourrais pas seul, on sera ensemble Julie, et rien ne pourra plus nous séparer ! Tu m’entends ! Rien ! Maintenant, fais ton choix Salma, tu veux vivre ou crever ! Soit, tu la tues, soit, je te tranche la gorge de la même manière que celle de ton petit copain.

L’agent d’Interpol et Roberto crièrent en direction de Max, tandis que Salma, pleurait et s’excusait, tout en levant son pistolet au niveau du visage de Julie, regardant la mort en face…

Une première détonation retentit, suivie sur le champ d’une deuxième. Immédiatement, le sergent Miller courut porter secours à Salma qui s’était effondrée, tout en scrutant avec horreur, le trou béant dans le visage de Max. Derrière eux, des cris terrifiants de douleurs provenaient de Roberto qui s’était jeté aux pieds du corps de Julie, inerte, gisant au sol.

Trois corps avaient été projetés à terre en l’espace d’une seconde. Le sergent rengaina, son arme, se releva et fit quelques pas jusqu’au bord du précipice. En contrebas, il vit Rama, muni de son fusil à lunettes fumant encore de la balle qui venait de faire sauter la cervelle du fou furieux.

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