Chapitre 1: l'ombre
Seule. Voilà le mot qui décrit ma vie.
Je n’ai jamais eu d’amis. Personne ne voulait de moi. Pourquoi ? Parce que je suis
différente. Les humains n’aiment pas ce qui est différent d’eux. Ils le rejettent. C’est ce
qu’ils ont fait de moi.
Alors j’ai fini par les détester… même si j’en suis une.
À l’école, je me souviens encore de la douleur que j’éprouvais quand j’étais enfant. Je
n’aimais pas la solitude. J’allais vers les autres, mais ils me fuyaient, comme si j’étais un
monstre.
Le surnom qu’on a fini par me donner : l’Hideuse.
Au collège, j’ai subi du harcèlement. Et ce fichu surnom m’a poursuivie jusqu’au lycée.
Alors aujourd’hui, si je suis devenue ce que je suis… il faut s’en prendre à eux. À mes
anciens camarades. C’est de leur faute.
Aujourd’hui, 23h34.
Je suis sur le rebord du toit de ma cible, jumelles en main. J’attends qu’il s’isole pour
accomplir mon contrat.
C’est un homme âgé. Environ soixante-quinze ans. Il est seul dans sa maison, assis dans
son salon devant la télévision. Il finit par éteindre la lumière et se dirige vers sa
chambre, fermant les rideaux derrière lui.
Un mince filet de lumière filtre encore.
— Enfin…
Il ne se doute de rien. Sa respiration lente et régulière résonne dans la nuit silencieuse.
Je me lève et m’étire. Prête à faire mon travail. Mes muscles se détendent, puis se
tendent à nouveau. Je fais craquer mon cou, un rituel avant chaque mission. Le vent
nocturne souffle doucement, portant l’odeur des fleurs du jardin. La lune éclaire
faiblement les lieux.
D’un mouvement fluide, je me laisse tomber dans l’obscurité. J’atterris sans bruit sur
l’herbe, comme un chat. Mes bottes amortissent l’impact. Je me fonds immédiatement
dans les ombres, avançant vers la fenêtre de la chambre.
Je m’approche, me plaque contre le mur. Mon souffle est calme. Contrôlé. J’observe
l’intérieur à travers l’ouverture des rideaux. J’attends encore un peu, analysant la pièce.
Une porte est entrouverte sur le côté, menant sans doute à un couloir.
Ma cible dort profondément. Il ronfle légèrement. Le moment est venu.
Je sors un petit outil de ma poche. Un crochet fin. Je l’insère dans la fenêtre.Un clic.
La fenêtre s’ouvre dans un léger grincement, à peine perceptible.
Je me faufile à l’intérieur comme une ombre. Chaque pas est calculé.
Je suis maintenant au pied du lit. L’homme bouge légèrement… mais ne se réveille pas.
Je sors ma lame. L’acier brille dans l’obscurité. Le contrat exige une mort rapide. Sans
souffrance.
Puis, mon esprit s’évade… et je me souviens.
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Passé
La corde se balance doucement devant moi. Mes doigts tremblent. Mon cœur bat trop
vite.
Encore un pas… et tout sera fini.
— Mourir maintenant serait du gâchis.
Mon souffle se coupe. Je me retourne d’un coup.
Un homme est là. Dans ma chambre. La fenêtre est ouverte derrière lui. Le rideau
bouge légèrement avec le vent.
— Qui… qui êtes-vous ?
Il ne répond pas tout de suite. Il m’observe, comme si j’étais… intéressante.
— Quelqu’un qui voit ce que les autres refusent de voir.
Il s’approche lentement, silencieux.
— Tu souffres. Tu es seule. Rejetée.
Ma gorge se serre.
— Mais tu n’es pas faible.
Ses mots frappent plus fort que tout ce que j’ai entendu depuis des années.
— Le monde t’a rejetée… alors tu as deux choix.
Il s’arrête à quelques centimètres de moi.
— Disparaître.
— Ou devenir quelqu’un que le monde ne pourra plus ignorer.Un silence.
Je regarde la corde… puis lui. Pour la première fois, je n’hésite plus à ressentir autre
chose que la haine ou la douleur.
Le vent nocturne glisse dans la pièce. Il murmure que ma vie vient de basculer… et que
je n’étais pas destinée à mourir ce soir-là.
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Présent
Je secoue mes souvenirs et reviens au présent. La mission n’attend pas.
Le vieil homme dort toujours. Mon souffle est lent, mes gestes précis. Mais quelque
chose m’a troublée… un détail imperceptible : une petite trace sur le sol, comme si
quelqu’un était passé ici avant moi.
Je ne panique pas. Je m’adapte. Chaque pas me rapproche du contrat. Chaque
respiration me rappelle pourquoi je suis devenue ce que je suis.
Cette nuit, comme toutes les autres, le monde est cruel… mais moi, je suis prête.Mais
quelque chose m’a troublée… un détail imperceptible : une petite note sur le bureau,
pliée avec soin.Je m’en approche, mes doigts effleurent le papier. Il y est inscrit, en
lettres serrées :
“Aëla”
Mon cœur se serre. Mon prénom, tracé comme si quelqu’un savait exactement qui
j’étais.
Un frisson me parcourt l’échine.
Je lève les yeux… et une ombre glisse derrière le rideau, imperceptible.
Mon corps se fige. Je ne suis pas seule.
Le vent nocturne s’engouffre par la fenêtre, apportant avec lui un murmure que je
n’arrive pas à identifier…
Et pour la première fois depuis longtemps, je sens que cette mission… n’est pas comme les autres.

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