Chapitre un I
Des montagnes, ocres et tranchantes, le soleil brûlant. La poussière acharnée, la soif, le vent trop aride, les rocs majestueux, témoins impuissants et silencieux de leur porpre destruction.
Là où la vie émerge malgré l’oeil rougeoyant qui nous surveille, le paysage est presque beau.
Tout réside dans son immensité, qui a quelque chose d’indomptable, de sauvage, et en même temps une douce image, le genre qu’on a envie de découper et de ranger dans sa poche.
Et puis vous vous rappelez que vous avez soif, et faim, et chaud, et soif, soif, soif. C’est la soif, le pire. La soif qui vous asservit. Vous essayez de ne pas y penser, vous tentez de toutes vos forces de vous concentrer sur le travail, mais c’est plus fort que vous, vous vous souvenez qu’il y a un port, quelques kilomètres plus loin, que d’autres sont sûrement en train de s’y prélasser en ce moment même. Vous fermez les yeux. Vous pouvez presque sentir la douce brise, la caresse des embruns sur votre peau, la fraîcheur et la joie tout autour. Puis vous rouvrez les paupières, et vous vous retrouvez de nouveau perdu au milieu de la poussière, désespéré. Un puits asséché, une chaleur qui consume tous les espoirs.
On pourrait penser qu’on s’y accoutume, au bout d’un moment, mais non, jamais. Secouée d’une quinte de toux, je fixe ma pioche, mes mains calleuses qui s’activent inlassablement pour creuser. Certains jours, je cherche des joyaux à revendre, ou du métal, ou bien d’autres roches qu’on pourra transformer en explosifs : les matériaux rares et chers, qui apportent un petit bonus sur mon salaire. D’autres, comme aujourd’hui, je ne pense plus à rien d’autre qu’au port, le port et ses bateaux, le port et son eau miroitante, le port et ses rires carillonants, si bien que je ne sais plus tout à fait pourquoi je suis là. Mais je creuse.
Parce que, j’ai beau avoir la tête vide, je me souviens parfaitement que je dois boire. Même au plus fort de la sécheresse et de la douleur, mon âme reste résolue. Chaque goutte d’eau sera une victoire, une fête, un pas en avant, et je ne compte pas en laisser une seule aux autres.
Je ne suis pas une égoïste, juste une survivante.

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