Chap 1 / Épisode 2 : Secret de Famille

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SCÈNE 1 : Le Poids de la Nuit

Orely était assise sur le rebord de son lit à baldaquin, la chambre baignée par les lumières froides de la ville. Elle tenait l'élastique bleu marine, la preuve matérielle de sa trahison. Les mots de Matias – Tu choisis : ta famille, ton argent, ton avenir... ou ton petit vendeur de disques – tournaient en boucle.

​Elle prend son téléphone. Elle compose son numéro, le cœur battant à tout rompre. Au bout de trois sonneries, Dom décroche, sa voix grave et pleine de fatigue.

​DOM : Orely ? Il est tard. Tout va bien ?

​Orely s'approche de la fenêtre et vérifie d'un regard rapide l'absence de toute ombre suspecte. Elle baisse le volume de sa voix, parlant presque dans un murmure.

​ORELY : Écoute-moi bien, mon amour. Je n'ai pas le temps de t'expliquer, et je ne peux pas en parler maintenant. Mais la boîte est ouverte. Quelqu'un a trouvé le double des clés.

​Un silence s'installe au bout du fil. Dom, malgré la fatigue, comprend immédiatement le langage codé.

​DOM : La boîte ? Qui ça ? Ta mère ?

​ORELY : Non. Le gardien. Il a vu la boîte. Il ne sait pas ce qu'il y a dedans, mais il sait que je suis allée à la banque. Et il sait que j'y suis allée pour le prêteur sur gages.

​DOM : (Sa voix s'assombrit.) Je vois. Ce matin ?

​ORELY : Oui. Demain, j'ai une réunion importante. Une réunion de famille. Si je n'ai pas réglé la situation avant la fin de la journée... la banque appellera la police.

​DOM : D'accord. Je comprends. On doit se voir. Où ? Quand ? Le disquaire est le seul endroit où je peux me libérer sans que Baldi ne me tue.

​ORELY : Non ! Surtout pas le disquaire. Le gardien nous attend. Trouve-moi un endroit. L'endroit le plus discret et le plus sûr où tu puisses aller. L'endroit où l'on est le plus susceptible de ne pas être vu.

​Dom réfléchit un instant, sa main serrant le téléphone.

​DOM : Le toit. Le toit du vieux bâtiment de l'Impasse. Celui où mon groupe répète. Personne ne va jamais là-haut. Tu devras grimper par l'échelle de secours à l'arrière. La porte est dégondée.

​ORELY : D'accord. Quand ?

​DOM : Demain, midi pile. Ça me laisse juste le temps de filer pendant ma pause déjeuner. Sois prudente. Je t'aime.

​ORELY : Moi aussi. Plus que tout.

​Orely raccroche. Elle n'a que quelques heures pour se préparer à la confrontation.

​SCÈNE 2 : L'Outil du Patriarche

​Le lendemain matin, le luxe du bureau ultra-moderne de Stan Braxton semblait étouffant. Stan avait un air contrarié.

​STAN BRAXTON : (Froidement) Assieds-toi. Tu as fait une scène hier au lycée. Je t'ai dit de te contrôler. Les Karter sont des nuisances, mais les nuisances visibles attirent les regards. Et les regards, en ce moment... sont une catastrophe.

​MATIAS : Je faisais juste en sorte que Kalvin Karter se souvienne de sa place. Il n'y avait rien de visible.

​STAN BRAXTON : (Stan sort un document d'une enveloppe scellée.) Tu es mon fils, Matias, et tu as des responsabilités. Ce genre de petit jeu puéril au lycée est une distraction. En ce moment, nous avons un problème bien plus sérieux.

​Matias se penche pour examiner le document : c'était une déclaration, visiblement une rétractation.

​STAN BRAXTON : Ça, c'est un document pour mettre un terme définitif à une histoire vieille de dix ans. Une affaire qui concerne un témoignage dans l'acquisition de la propriété de la 12ème Rue. La personne qui a signé la plainte était une ancienne employée qui nous a causé des ennuis à l'époque. Elle était proche... de la famille Karter.

​STAN BRAXTON : Je veux que tu retrouves cette femme – elle est facile à localiser, elle travaille maintenant dans une petite librairie en ville – et que tu la fasses signer cette rétractation. Tu ne laisses aucune trace. Tu la convaincs, tu la menaces, tu paies... peu importe. Mais ce document doit être signé et notarié avant ce soir, sans que ma femme ni, surtout, Orely, n'en sachent rien. Compris ?

​Matias sourit.

​MATIAS : Considérez l'histoire de la 12ème Rue enterrée, Père. Je m'en occupe avant le déjeuner.

​SCÈNE 3 : La Rencontre sur le Toit

​Il était midi. Dom se tenait sur le toit poussiéreux du vieux bâtiment de répétition, nerveux. Un grincement métallique retentit. Orely arrive, le souffle court, ses vêtements de marque salis par la montée de l'échelle de secours.

​Dom se précipite vers elle, l'enveloppe dans une étreinte puissante.

​DOM : Tu as réussi. Qu'est-ce qui s'est passé ? Raconte-moi.

​Orely s'assoit lourdement. Elle raconte la scène du disquaire, la découverte de l'élastique et le chantage de Matias : Tu as jusqu'à ce soir pour choisir : ta famille ou toi.

​DOM : Alors c'est ça ? Tu as choisi ? Tu m'annonces que c'est fini ?

​ORELY : (Elle relève la tête, la détermination intacte.) Non, mon amour. Jamais. Mais on doit le faire croire.

​Elle prend ses mains.

​ORELY : Matias nous surveille. Surtout le disquaire. Le seul moyen de le désarmer, c'est de lui donner ce qu'il veut : le silence et la distance. On doit faire profil bas. On ne se voit plus. Plus de disquaire, plus de textos, plus de sorties.

​DOM : Mais... combien de temps ? Je ne peux pas.

​ORELY : Juste le temps qu'il baisse la garde. Je vais lui dire que j'ai choisi ma famille. Ça va le satisfaire. Et pendant ce temps...

​Elle se penche pour lui murmurer à l'oreille :

​ORELY : ... On s'enfonce dans le secret. On n'utilise que des numéros jetables, des adresses mail cryptées. On se parle le moins possible, et seulement pour des rendez-vous comme celui-ci. L'absence sera notre seule arme contre sa suspicion. Je suis prête à vivre sans toi pendant un temps, si cela garantit qu'on pourra vivre ensemble pour toujours.

​Dom la regarde, submergé par sa force. Il hoche lentement la tête.

​DOM : D'accord. Le silence. Le prix de notre avenir.

​Ils s'embrassent, un baiser désespéré qui avait le goût des adieux et des promesses clandestines.

​SCÈNE FINALE : Le Coup de Grâce

​Tôt dans la soirée, Matias a retrouvé Léna dans sa librairie.

​MATIAS : Vous signez ça. C'est la fin du litige sur la 12ème Rue.

​Léna lit le document, ses mains tremblantes.

​LÉNA : C'est un mensonge. Je ne peux pas signer ça. Votre père a triché, il a menti pour prendre cette propriété.

​Matias s'appuie sur la table, le ton menaçant.

​MATIAS : Vous vous souvenez des Karter, n'est-ce pas ? La famille de Brenda Karter, qui travaillait pour nous ? Elle est votre amie, n'est-ce pas ? Une amie très proche.

​Léna le dévisage, le souffle coupé.

​MATIAS : Mon père a beaucoup d'yeux, Léna. Et beaucoup de leviers. Si ce document n'est pas signé, le litige sera rouvert. Et devinez qui sera appelé à témoigner à nouveau ? Brenda. Ou son fils, le petit Dom Karter qui essaie de se faire passer pour un musicien. Un témoignage rouvert dans la presse, c'est de l'attention.

​MATIAS : Signez, et le secret est enterré. Vous et les Karter êtes tranquilles. Ne signez pas, et je ne peux rien vous garantir. Votre amie aura de gros problèmes.

​Léna signe d'une main tremblante pour protéger son amie.

​En rentrant chez lui, Matias croise Orely.

​MATIAS : Alors, Sœur ? Ton choix ?

​ORELY : (Elle joue la comédie parfaite.) J'ai choisi ma famille, Matias. C'est fini avec lui. Je me concentre sur mes études.

​Matias, satisfait de sa victoire apparente, passe devant elle.

​MATIAS : Sage décision, princesse. Tu as fait le bon choix.

​Orely monte les marches, le cœur brisé mais le masque parfait. Elle ignore que l'histoire qu'il vient d'enterrer pour son père – l'affaire de la 12ème Rue – pourrait bien être la clé qui révélera à quel point les Braxton ont fait du mal à la famille Karter.

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