Première rencontre — Baou la Coccinelle
Les Bloches des cavernes
Dans les Terres de Brume, l’air est lourd, saturé d’humidité et de cendres. Les parois noircies des tunnels semblent respirer comme des poumons malades. Les yeux enfin accoutumés à l’obscurité, Gaspie, Lipi et Lipo avancent prudemment. Chaque pas résonne comme un tambour sur le sol inégal.
Soudain, un cliquetis sinistre s’élève : clac… clac… cric… cric… Le bruit se rapproche, s’amplifie. Des crissements courent le long des parois, éveillant mille soupçons. Tous leurs sens s’aiguisent. Des silhouettes émergent des ombres. Une patrouille de Bloches des cavernes les encercle.
Horribles insectes à six pattes noueuses, dont chaque articulation crisse comme du bois sec. Leur carapace de chitine brunâtre, dure comme un tronc, brille faiblement sous les torches fixées directement sur leur dos. Leurs six yeux globuleux tournent dans toutes les directions, un carrousel grotesque, presque comique… si ce n’était leur pince unique, gigantesque, pendante au bout de leur tête allongée. Une seule frappe brise une armure. Lipo dégaine son épée courte, tremblant :
— Ils sont trop nombreux !
Lipi, attaque le premier, mais sa lame ricoche, n’infligeant qu’une égratignure. Gaspie, lucide, observe. Un éclair d’intuition la traverse :
— Leur point faible ! Là ! À la base du cou, juste sous la tête !
Mais déjà, les Bloches avancent, les pinces claquant dans un vacarme assourdissant.
Le trio combat avec acharnement. Ils frappent d’estoc, se couvrent mutuellement. Des pinces se brisent, des têtes roulent. La patrouille, surprise, hésite : d’ordinaire, les proies ne résistent pas ainsi. Le doute s’installe. Les Bloches reculent, leurs yeux tournoyant comme des moulins en folie. Les torches s’éteignent l’une après l’autre au rythme de coups d’épée assenés par le trio.
— Courage ! Ils reculent ! Encore un effort ! crie Gaspie.
Soudain, deux nouvelles hordes débouchent de tunnels voisins, jusqu’ici noyés dans l’ombre.
Le trio se resserre en triangle hérissé de lames. Mais les Bloches reprennent confiance et avancent inexorablement, pinces claquantes, élytres sifflants. La fin paraît proche.
La main de Gaspie se serre sur l’anneau de Voile. Bouclier ? Invisibilité ? Les deux ? La mise en garde d’Orélith lui vrille l’esprit. Alors, un grondement sourd secoue le tunnel. Une masse rouge et noire surgit des ténèbres : cuirassée comme un guerrier de bronze, elle se dresse entre eux et les Bloches. Ses ailes claquent comme des boucliers.
Un coup puissant projette une rangée entière de Bloches contre la paroi : craquement d’os et de chitine. D’un geste sûr, ses cornes décapitent un autre ennemi.
Revigorés par cette aide inespérée, Gaspie et ses frères redoublent d’efforts. Ensemble, ils font tomber des dizaines d’assaillants. Enfin, les Bloches battent en retraite, sifflant et claquant de rage, ils disparaissent dans les tunnels obscurs. Essoufflée, mais indemne, Gaspie s’approche, les yeux brillants :
— Tu nous as sauvés… merci.
D’une voix grave et ferme, la Coccinelle répond :
— Bonjour, je suis Baou. J’ai entendu le combat depuis l’entrée. Vous vous battiez avec courage malgré le surnombre. C’était suffisant pour que je vous prête ma force. Ce passage est désormais libéré de l’emprise des Bloches, au bénéfice de toute la communauté. Mais dites-moi… pourquoi vous
aventurer là où plus personne ne va.
Gaspie présente ses frères, puis raconte leur quête.
Baou réfléchit longuement, ses élytres vibrent doucement, ses antennes s’agitent. Enfin, il dit :
— J’ai une remarque et une demande à formuler.
Je doute que les Naines soient coupables. Si elles avaient franchi mon territoire, je l’aurais su. Je n’ai pas vu une seule Naine depuis deux hivers.
Voilà ma remarque. Et maintenant, ma demande : — Il y a longtemps que je cherche des compagnons prêts à se dresser face aux ténèbres. Ce serait un honneur de vous rejoindre.
Et c’est ainsi que Baou la Coccinelle rejoint la compagnie, prêt à déployer sa force cuirassée dans les épreuves à venir.

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