Chapitre 3
Nous nous installons à table. J’écoute Soyeon raconter sa journée, tandis que je me sers du poulet frit, du riz et des poivrons. J’hésite à prendre quelques pousses de haricots mungo, et voyant ma mère insister, je finis par le faire.
— Et vous savez pas quoi ! s’exclame ma petite sœur.
— Non, en effet…
— Y a un garçon dans ma classe, il m’a dit que j’étais jolie et il m’a promis de me ramener un cadeau demain.
Je souris et commence à manger.
— Tu en as, de la chance, dis-je en attrapant entre mes baguettes quelques haricots pour en mettre dans l’assiette de Soyeon.
— J’aime pas les haricots, se plaint-elle.
— Mange-les quand même. Sinon, le garçon arrêtera vite de te trouver jolie, marmonné-je.
Wow, je me transforme en Jiwon.
Ma mère me demande ensuite ce que j’ai fait. Je raconte ma journée dans les grandes lignes, sautant toute la partie où ma meilleure amie critique la nouvelle élève.
— Ok, c’est sympa… Dis, tu comptais travailler ce soir ?
— Non, pas spécialement, vu que je suis allé à la bibliothèque avec Jiwon et Minji.
— Ça t’embêterait d’aller chercher quelques trucs pour moi ?
Je hausse les épaules, lui demandant ce dont elle a besoin.
— Des oignons, des petits pois et des pousses de soja.
— Ok.
Lorsque le repas est terminé, je quitte la table pour aller enfiler d’autres vêtements que mon uniforme, puis je redescends, mon portable en main. Je préviens ma mère que je pars, j’embrasse le front de ma sœur qui va se coucher et je quitte la maison.
L’air est frais, aussi je ne regrette pas d’avoir pris ma veste de base-ball. J’ai longtemps pratiqué ce sport, et bien que j’ai arrêté, je continue d’aller y jouer avec Minji et Jiwon parfois. Ça fait quand même un moment que nous ne l’avons pas faits. Je devrais leur proposer une sortie ce week-end, ça fait longtemps, et vaut mieux le faire maintenant, tant que nous n’avons pas trop de devoirs.
J’entre dans le convenience store et file tout droit aux rayons des conserves pour récupérer les petits pois. Suite à ça, je déambule entre les fruits, les légumes et les légumineuses à la recherche de pousses de soja. Lorsque je trouve, je les mets dans un sachet plastique que je pèse avant d’attraper quelques oignons.
Je sors de la supérette après avoir réglé les achats de ma mère, puis je rentre tranquillement à la maison. Je constate que mon père est de retour, puisque ses chaussures sont dans l’entrée. Je pénètre dans la cuisine et dépose les courses sur le plan de travail. Le bruit de l’eau qui coule m’indique que mes parents prennent leur douche.
Fatigué, je remonte dans ma chambre sans prendre le temps d’attendre mes parents. Je plonge la pièce dans le noir puis enfile mon survêtement de sport qui me sert de pyjama. Suite à ça, je m’installe dans mon lit, mon téléphone à la main. Comme si elle avait un radar, je reçois immédiatement un message de ma meilleure amie.
Jiwon : Couche-toi tôt ce soir. Ne prends pas de mauvaises habitudes dès la rentrée. Je vous l’ai dit tout à l’heure, mais à ce que je vois tu n’écoutes pas.
Moi : Qu’est-ce que t’en sais ? Tu as installé des caméras de surveillance chez moi ?
Jiwon : Non, mais vu que tu réponds c’est que tu es en ligne. Allez, dors.
Je souris et éteins mon téléphone portable, m’allongeant correctement pour pouvoir dormir.
* * *
Ma tête posée entre mes bras, j’attends patiemment la sonnerie. Je suis entré en classe un peu tôt ce matin, et il n’y avait personne dans la salle, à part l’auxiliaire de ménage. Je sens quelque chose me tapoter l’épaule. Lorsque je relève la tête, j’aperçois le visage souriant de Jiwon.
— On se demandait si tu t’étais levé ce matin, Minji et moi. Visiblement, tu es arrivé tôt au lycée. Tu aurais pu prévenir !
— Excuse-moi…
Jiwon prend place sur sa chaise, dispose ses affaires sur sa table puis se tourne vers moi.
— Au fait, hier j’ai fait des recherches sur Mina… Je ne trouve rien sur Internet, ni sur les réseaux sociaux. J’ai épluché Instagram, Facebook… Rien ! Je ne sais même pas dans quel lycée elle était avant.
— Mais laisse-la tranquille, elle ne t’a rien demandé, la pauvre.
Ma meilleure amie secoue la tête.
— Il y a un truc qui me dérange chez elle. Je ne sais pas trop quoi. Peut-être sa plastique… Elle est tellement bien réussie qu’elle est devenue trop belle. C’est limite insupportable. J’aimerais vraiment savoir dans quelle clinique elle est allée.
— N’importe quoi…
Dès que les premiers élèves entrent en classe, Jiwon parle tout de suite moins fort, ne voulant pas attirer l’attention. Une lueur illumine soudain les yeux de ma meilleure amie.
— Je sais !
— Qu’est-ce que tu…
Je n’ai pas le temps de finir car Mina apparaît. Elle se laisse tomber à mes côtés, comme si son corps était trop lourd et qu’elle était épuisée. Je remarque aussi son léger essoufflement.
Nous ne sommes pourtant qu’au premier étage… Elle était en retard ?
— Salut, lance Jiwon sur un ton enjoué.
Je hausse un sourcil. Mina semble étonnée aussi. Après avoir repris son souffle, un doux sourire vient effleurer son visage.
— Salut !
— Tu ne l’as pas dit hier, mais tu étais dans quel lycée, avant ?
La jeune femme baisse les yeux et pince un peu les lèvres. Intriguée, Jiwon sourit.
— Allez, quoi. C’est pas comme si dire le nom de ton ancien lycée était difficile.
— Je n’allais pas au lycée, finit-elle par révéler.
— Ah ? Pourquoi ?
— Je suivais les cours à distance.
Jiwon n’a pas le temps d’interroger Mina plus profondément, car le professeur principal entre pour faire l’appel. Je jette un petit coup d’œil à ma voisine. Je me demande pourquoi elle suivait des cours en ligne, mais ça ne me regarde pas. Et de toute façon, je sens qu’avec Jiwon comme meilleure amie, je ne vais pas tarder à l’apprendre.
— Excuse-moi… souffle-t-elle en plein milieu du cours.
Je tourne la tête vers elle et lui demande ce qu’elle a. Elle dissimule son nez derrière sa main.
— Tu aurais un mouchoir, s’il te plait ?
— Oui…
Je fouille dans mon sac pour en extraire un paquet de mouchoirs que je tends à Mina. Elle me remercie et s’incline comme elle peut, avant de tapoter ses narines avec. Je remarque les petites tâches rouges sur le papier blanc.
Ah, elle saigne du nez.
Je lui lance un sourire compatissant.
— Tu peux aller aux toilettes, si besoin. Il suffit de demander au prof.
— Mina, Jaehyun, on se tait, dans le fond ! hurle ce dernier en claquant sa règle sur le bureau.
La jeune femme hausse les épaules après s’être excusée pour nous deux auprès du professeur. Je l’observe noter des choses, avant de recopier sur elle car la tête du voisin de Jiwon m’empêche de voir le tableau.

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