Chapitre 7
Le week-end suivant, alors que je déambule dans la librairie de mon lotissement, je heurte quelqu’un. Je me retourne pour m’excuser et je croise le regard de Mina. Ses traits sont un peu creusés et elle a d'immenses cernes. Lorsqu’elle réalise que c’est moi, elle abaisse la visière de sa casquette et dissimule son visage derrière ses longs cheveux.
— Salut, je pensais pas tomber sur toi, lancé-je.
— Oui… marmonne-t-elle.
— Tu étais malade ? Pourquoi tu n’étais pas là ?
Mina relève la tête mais détourne aussitôt le regard.
— Euh, oui, c’est ça. J’étais un peu fatiguée.
— Tu as encore maigri, non ? Ça te dit d’aller manger un truc ?
— Euh…
Elle regarde son portable, qui affiche vingt-deux heures. Après mûre réflexion, elle finit par soupirer.
— Ok, allons-y.
Nous quittons la librairie pour errer dans les rues jusqu’au convenience store. Elle s’assoit sur une des petites tables extérieures et je lui indique de m’attendre là. Quelques minutes plus tard, je reviens avec deux pots de naengmyeon, des nouilles froides. Je m’installe face à Mina et lui tends la nourriture.
— Tiens, mange.
— Merci…
Elle détache les baguettes du pot en plastique et retire l’opercule lentement. Elle mélange le bouillon froid et les légumes avec les nouilles avant de porter le repas à ses lèvres.
— Je t’ai pris les cours, indiqué-je en tournant mes naengmyeon dans le bouillon.
— Ah, c’est gentil… Merci.
Constatant qu’elle passe son temps à baisser la tête, je me penche en avant pour apercevoir son visage. Un sourire aux lèvres, je remonte la visière de sa casquette.
— Eh, pourquoi tu te caches ? Je sais à quoi tu ressembles, tu sais.
— Ah, mais je ressemble à un fantôme, répond-elle en posant ses mains sur ses joues pour cacher le petit creux qui est apparu entre la dernière fois que je l’ai vue et aujourd’hui.
— C’est normal si tu sors d’une maladie.
Je tapote le rebord de son pot de nouilles avec mes baguettes.
— Mange, et tu verras que ça ira vite mieux !
Mina sourit à son tour. Je l’observe manger attentivement, vérifiant qu’elle se nourrit bien, puis j’entame mes propres naengmyeon.
Lorsqu’elle a fini, elle s’affaisse dans la chaise et penche la tête en arrière, posant ses mains sur son ventre.
— Je suis repue !
Elle se redresse et me lance un regard pétillant.
— Merci encore… Désolée d’avoir pris de ton temps.
Je hausse les épaules.
— Pas de souci. Oh, j’ai pas pensé à prendre de l’eau… Viens, on y va.
— D’accord.
Nous nous mettons debout et entrons dans la supérette. La lumière blanche clignote légèrement et une musique de K-pop tourne à bas volume. Le vendeur est affalé derrière le comptoir, les yeux rivés sur son téléphone.
Mina sort deux cannettes de thé glacé du frigo, mais ses mains tremblent un peu.
— Tu veux que je les tienne ? demandé-je doucement.
Elle secoue la tête.
— Non, ça va… Je suis juste un peu fatiguée.
Mina pose les cannettes sur le comptoir, mais les laisse rouler. Je les rattrape de justesse et les remets en place. Le vendeur nous balance le prix à la figure et mon amie sort son porte-monnaie, tendant quatre billets de mille wons*.
— Merci, marmonne-t-il.
Nous sortons du convenience store et Mina s’arrête pour ouvrir sa cannette.
— Tu veux récupérer les cours maintenant ? J’habite pas loin d’ici, si tu n’es pas pressée je peux passer les chercher chez moi pour tout te donner.
— Hm…
Elle consulte à nouveau son téléphone avant de le fourrer dans la poche de son jogging.
— D’accord.
Nous commençons donc notre marche.
— Tu habites pas loin ?
— Oui, à trois rues de la librairie.
Je hoche la tête. Un blanc s’ensuit. Je ne sais pas vraiment quoi dire, et visiblement elle non plus. Elle se contente de marcher, les yeux rivés vers le sol. Nous finissons par arriver devant chez moi et je lui indique d’attendre devant le portail.
Je rentre rapidement, retire mes chaussures et grimpe les escaliers quatre par quatre. Je récupère la pochette où j’ai entassé tous les cours, puis je reviens en courant dans l’entrée du jardin.
— Tiens… Il y a beaucoup de choses à rattraper, alors si tu as des questions, n’hésite pas à me demander.
— Oui, merci.
Je sors dans la rue et ferme le portail derrière moi.
— Allez, viens, je te raccompagne.
Mina secoue négativement la tête.
— Oh, non, ne t’embête pas. Je n’habite vraiment pas loin.
— Il est tard et tu es épuisée. Je préfère que tu ne restes pas seule. On y va ?
— Vraiment, j’insiste… Ne fais pas attention à moi.
— Qu’est-ce que tu racontes ? Ça ne me dérange pas. Allez !
Elle me remercie puis nous reprenons la route. Elle serre contre sa poitrine la pochette, comme si elle avait peur qu’elle s’envole. Je souris puis repose mes yeux sur le chemin devant moi. Nous arrivons devant une maison moderne semblable à celle de Jiwon. Mina la désigne rapidement, les yeux baissés.
— Voilà, c’est ici. Je t’avais dit que je n’habitais pas loin…
— Ok… Tant mieux alors. On se voit lundi ?
— Normalement… Merci encore.
Mina s’incline. J’attends qu’elle ait passé le portail pour tourner les talons et regagner ma propre maison. C’est en pénétrant dans ma chambre que je réalise que j’avais oublié mon portable. Je le déverrouille pour lire le message que j’ai reçu.
Mina : Préviens-moi quand tu es rentré, au moins…
Je souris et réponds, lui assurant que je suis bien chez moi. J’ai à peine le temps de me changer que je reçois un nouveau message.
Mina : D’accord… Ça me rassure. Merci encore pour le repas… Tu n’aurais vraiment pas dû, ~(>_<。)\
Moi : Puisque je te dis que ça me fait plaisir…
Mina : D’accord (ง •_•)ง
Je souris à nouveau. Je lui indique ensuite d’aller dormir et elle obéit, non sans me dire de me reposer aussi.
* * *
Je suis réveillé par Soyeon. Elle me secoue avec vigueur dans mon lit puis elle arrête en voyant que j’ouvre les yeux.
— Qu’est-ce qu’il y a ?
Je me redresse difficilement et baille. Ma petite sœur pose ses mains sur ses hanches.
— T’as promis qu’aujourd’hui tu m’emmenais au parc !
— Ah, oui…
J’avoue que ça m’était complètement sorti de la tête.
— Va t’habiller… Je te rejoins en bas dans dix minutes.
Soyeon hoche la tête puis file. Je repousse la couverture de mes jambes et sors de mon lit, encore fatigué. Je mets rapidement un jean et un t-shirt, puis je tente de discipliner mes cheveux noirs. Je pars ensuite dans la salle de bain pour brosser mes dents et laver mon visage, puis je descends les escaliers. Ma mère prépare de la soupe de poisson dans la cuisine, je passe la tête par la porte pour lui indiquer que Soyeon et moi sortons.
— Revenez à midi et demi !
— Ok, promis.
Je rejoins l’entrée pour mettre mes chaussures. Ma petite sœur est déjà prête, elle m’attend patiemment en dansant dans le hall. Je lui ébouriffe les cheveux puis ouvre la porte d’entrée. Soyeon s’engouffre en courant dans le jardin et s'arrête devant le portail. Elle se met sur la pointe des pieds pour taper le code d’ouverture.
Une fois dans la rue, je lui attrape la main et la conduis sur le trottoir. Le parc n’est qu’à quelques minutes de chez nous, alors je l’y amène souvent.
Dès que nous arrivons, Soyeon court jusqu’au toboggan. Elle glisse une première fois puis part à la balançoire.
— Oppa, pousse-moi !
— J’arrive…
Je me positionne derrière ma sœur et appuie légèrement sur son dos chaque fois que la balançoire revient en arrière.
— Dis, oppa, tu m’achètes une pâtisserie ?
Je secoue négativement la tête.
— Maman me tuerait si je le faisais. Et puis de toute façon, on mange dans une heure. Ce n’est pas bien de grignoter.
— Pff, ok…
Je souris et continue de la pousser dans les airs, lui arrachant des petits rires.
Lorsque j’ai mal aux bras, j’arrête et vais m’asseoir sur un banc. J’extrais mon téléphone de la poche de mon jean pour faire des photos de ma sœur et les envoyer à ma mère. Alors que je prends plusieurs clichés, une notification apparaît sur mon écran. Je clique dessus, accédant à l’application de messagerie.
Mina : Jaehyun…
Moi : Oui ?
Mina : Je suis vraiment nulle en anglais… ψ(._. )>
Mina : Ça te dérangerait de m’aider ? ~(>_<。)\
Moi : Non, pas de souci… Tu es disponible cet après-midi ?
Mina : Normalement oui (•_•)
Moi : On se rejoint à la bibliothèque à 14 heures ?
Mina : Merci… Tu me sauves la vie (っ´Ι`)っ
Je souris, répondant par « de rien », avant de ranger mon téléphone dans ma poche.
*1 000 wons équivalent à environ 0,60€. Ici, les 4 000 wons valent environ 2,80€.

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