Chapitre 15

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La maison embaume le japchae lorsque nous entrons. Mina retire ses chaussures lentement et attend que j’ai retiré les miennes pour s’aventurer plus profondément dans le couloir. Nous arrivons dans la cuisine, où ma mère mélange les nouilles de patate douce avec des légumes de saison. Elle se retourne et sourit.

Mina s’incline immédiatement.

— Bonjour… Je m’appelle Chae Mina… Je suis dans la classe de Jaehyun… Mer...merci beaucoup pour votre invitation.

Elle fait une nouvelle courbette.

— Bonjour Mina. Jaehyun m’a parlé de toi.

Hein, de quoi ? Pourquoi elle lui dit ça, elle?

— Tu es vraiment très jolie. Je suis contente que mon fils se soit fait une nouvelle amie.

— Mais non, pas du tout, rougit Mina.

— Jaehyun, tu lui fais visiter la maison ? Le repas est prêt dans dix minutes. J’espère que tu as un bon appétit, Mina, parce que j’en ai fait beaucoup !

— Oh, il ne fallait pas vous donner cette peine, Madame Lee.

— Mais ça me fait plaisir… Appelle-moi Minee, au passage.

— Oui.

Mina s’incline puis se tourne vers moi. D’un signe de tête, je lui indique de me suivre. Je lui montre rapidement la salle à manger, le salon et la salle de bain. Suite à ça, nous montons les escaliers.

Je donne deux coups sur la porte de la chambre de ma sœur avant de pousser la cloison. Elle relève la tête vers moi, ennuyée.

— Quoi, oppa, je…

Soyeon pose ensuite ses yeux sur Mina et se tait immédiatement. Elle saute de la chaise de son bureau et s’avance.

— Bonjour.

Elle s’incline, intimidée.

— Tu es la yeonjachingu* de Jaehyun ?

J’écarquille les yeux tandis que les joues de Mina se colorent en rouge.

— Qu’est-ce que tu…

— Tu es super belle ! s’exclame Soyeon, me coupant la parole. Tes cheveux sont hyper soyeux, tu as fait comment ? Wow, en plus tu es très mince ! Waaah, je veux vraiment que tu sois ma eonni !

— Je ne suis pas la petite amie de Jaehyun, répond Mina.

Ma petite sœur, déçue, baisse les yeux.

— Alors fais en sorte de le devenir, je veux troooop une eonni aussi belle que toi ! Je pourrais raconter à toutes mes copines, comme ça !

— Arrête de dire n’importe quoi, Soyeon, marmonné-je en sentant mes joues brûler.

Amusée, ma sœur sourit malicieusement avant de nous pousser.

— Bon, allez dans la chambre de Jaehyun discutez en privé. Je dessine, je veux être tranquille.

Et elle nous claque la porte au nez.

Mina pouffe de rire.

— Ta sœur est adorable.

— Mouais…

J’ouvre la porte de ma chambre, révélant la pièce la plus sobre de la maison. Entre mes murs dénués de décoration, mon lit parfaitement fait et mon bureau rangé sans qu’aucune feuille ne dépasse du tas, on a vraiment l’impression d’être rentré dans la chambre d’un lycéen blasé sans personnalité.

Mina s’avance dans la pièce et observe tout, curieuse.

— Je peux m’asseoir ? demande-t-elle.

Je constate son léger essoufflement. On a dû trop marcher pour elle, entre sa maison, la librairie, chez moi…

— Ah oui, n’aies pas peur de froisser mes draps.

Elle vire au rouge.

— Je parlais pas forcément de m’asseoir sur ton lit, marmonne-t-elle.

— Ah… oui.

Quand est-ce que ma mère va nous appeler pour manger ? Le temps me semble horriblement long.

— Ah, Soyeon a un carnet de dessins, y en a un qui est trop drôle. Elle le laisse toujours dans ma chambre, attends, je le cherche.

— D’accord !

Je commence à fouiller les étagères, et Mina se lève pour m’aider. Elle commence par celle avec tous mes manuels d’études et se met sur la pointe des pieds pour regarder en hauteur.

— Ah, c’est ça ?

Elle commence à tirer sur un carnet, mais la pile de manuels, déséquilibrée, glisse soudain de l’étagère.

— Attention !

Je me retourne juste à temps pour empêcher la jeune fille de se prendre dix manuels lourds sur sa tête. Je l’attrape par l’épaule et la tire vers moi, la faisant reculer d’un pas. Sauf que je recule aussi, sans regarder derrière moi. Mon mollet heurte le bord de mon lit et je perds l’équilibre.

Mina, que je tenais encore, trébuche et tombe avec moi. Elle reste contre moi, sa main posée sur mon torse. Mon bras est autour de sa taille, par pur réflexe. Nos visages sont beaucoup trop proches, nos souffles se mêlent.

J’aurais ri si ça avait été Jiwon.

Mais ce n’est pas Jiwon.

Je sens mon cœur cogner contre mes côtes, si fort que j’ai peur qu’elle s’en rende compte, avec sa main posée sur moi.

— Ça va ? demandé-je, ma voix plus basse que je ne l’aurais voulu.

Mina hoche la tête, les yeux baissés. Sa respiration est un peu saccadée, tout son corps tremble. J’approche un peu plus mon visage, nos nez se frôlant. Je ne sais pas du tout ce que je fais. Un sentiment inconnu m’anime alors que je penche légèrement ma tête sur le côté. La jeune fille entrouvre ses lèvres et plisse ses yeux, agrippant mon t-shirt au passage.

— Le japchae est prêt !

Je retire brusquement ma main de la taille de mon amie et m’assois, passant une main dans mes cheveux. Mina fait comme moi et se met debout, tirant sur son short pour le redescendre un peu.

— Descendons.

— Oui, couine-t-elle.

* * *

— Il fait chaud en haut ? demande ma mère alors qu’elle sert du japchae à tout le monde.

— Non, pourquoi ? réponds-je en récupérant mon bol.

Elle hausse les épaules.

— Je trouve que vous êtes un peu rouges. Je peux mettre la climatisation.

— Non, c’est bon…

Je n’ose pas regarder vers Mina. Nous commençons le repas dans un silence lourd. Je suis tellement gêné que je ne parle pas du repas. Soyeon s’occupe de faire la conversation, posant plein de questions à Mina. Ma mère s’amuse, me jetant des petits regards malicieux.

À vingt-deux heures, je propose à mon amie de la raccompagner chez elle. Elle refuse, disant qu’elle a besoin de se refroidir la tête. Seulement, le simple fait de repenser à ses ecchymoses, ses vertiges et sa difficulté à respirer, je réalise que je ne suis pas capable de la laisser partir seule.

Je mets mon manteau puis ouvre la porte.

— Allons-y, dis-je avec un sourire.

Je tente d’oublier ma gêne. De toute façon, ce n’est pas comme si on allait reparler de ce qui a failli arriver.

Ou alors, il n’allait rien se passer et j’ai juste trop d’imagination. Je ne pense pas avoir été le seul à être tendu. Mina a rougi et paraissait mal à l’aise quand on s’est redressés.

Je soupire et passe une main dans mes cheveux, vidé émotionnellement par tous ces nouveaux sentiments que je ne connais pas.

*“Petite amie” en coréen

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