Chapitre 18

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Nous marchons tranquillement près des rives du fleuve Han, alors que la nuit commence à tomber sur Séoul. Une petite fumée sort de la bouche de Mina, qui tremble légèrement. Elle aurait dû prendre un manteau ou son écharpe.

Je retire ma veste, un simple vêtement de base-ball, et je le passe sur ses épaules, ramenant ses cheveux devant elle pour protéger un peu sa nuque. Elle me regarde faire en silence, se contentant de frissonner légèrement pendant que j’ajuste le manteau.

— Merci, souffle-t-elle en resserrant les deux pans de la veste autour d’elle.

Mina tousse un peu et soupire, haletant légèrement.

— On marche trop vite ? demandé-je en ralentissant.

— Non, non… Je sais pas…

Je m’arrête et elle finit par se stopper aussi. Je m’appuie contre une barrière et considère Mina. Elle joue avec ma veste en tremblant.

— Tu veux qu’on aille se mettre au chaud ? Si ça ne va vraiment pas, je peux même te ramener chez toi.

— C’est pas ça… Attends juste un peu…

Je ne sais pas ce qu’il se passe, mais elle tombe soudain sur le côté. Je réagis à temps pour la rattraper avant qu’elle ne s’effondre au sol. Je la secoue avec douceur.

— Mina. Mina, paniqué-je.

La jeune fille garde ses yeux fermés. Mon inquiétude grimpe de plus en plus. Bien qu’elle ne doive pas peser plus de quarante kilos, je suis obligé de la soutenir à deux mains, sa tête reposant sur mon torse. Ses jambes sont pliées de manière étrange, ça ne doit pas être agréable, j’essaye de la redresser et appelle le premier passant pour lui demander de joindre les urgences.

Il s’exécute poliment tandis que je tente de réveiller Mina, mais je dois me rendre à l’évidence : elle s’est évanouie.

— Mina…

Ma main caresse lentement sa joue gelée. L’inconnu me prévient que les urgences arrivent et qu’il faut mettre la jeune fille en PLS.

Je suis incapable de faire ça, réalisé-je.

Le passant m’aide, allongeant Mina sur ma veste, au sol. Il la passe dans la bonne position avec délicatesse, ses gestes précis. Je regarde mon amie, mon cœur battant de plus en plus vite.

Lorsque la camionnette blanche arrive, des infirmiers en sortent avec un brancard, où ils installent Mina. Ils la portent ensuite jusqu’à l’intérieur du véhicule. Une des médecins me lance un petit regard avant de me demander si je suis avec Mina. Lorsque j’acquiesce, elle m’indique de monter avec eux.

Je reste dans un coin du véhicule, tandis que des infirmiers vérifient la respiration de Mina, son pouls et de décaler un peu sa robe pour observer son corps. La médecin qui m’a dit de monter met un oxymètre sur le doigt de la jeune fille avant d’ordonner à un des assistants médical de prendre sa tension artérielle. Un infirmier installe une perfusion puis immobilise sa tête, avant de saisir un téléphone portable pour prévenir l’hôpital de notre arrivée.

Je regarde tous les médecins s’activer, le cœur battant. Je me demande comment ils font pour rester aussi calmes et organisés alors qu’une jeune fille vient de s’évanouir sans raison apparente. Est-ce qu’ils ont déjà compris ce qu’il s’est passé ? Je n’ai pas le temps d’y penser plus, nous arrivons à l’hôpital.

Je suis les infirmiers qui font rouler le brancard à travers les couloirs aux murs vert pâle et à la forte odeur d’antiseptique. Une femme appuie sur un bouton pour ouvrir des doubles-portes aux vitres floutées où il est marqué « URGENCES » en énorme. Je m’assois sur les chaises en cuir à l’extérieur, ma tête entre mes mains. Je balaye la salle d’attente du regard, repérant un distributeur automatique à quelques mètres d’un comptoir où un jeune homme tape frénétiquement sur un ordinateur.

Je me lève pour aller récupérer une bouteille d’eau dans le distributeur avant de retourner m’asseoir. Je n’ai aucune idée de ce que je pourrais faire. Ma tête bourdonne et quelque chose semble serrer mon ventre.

— Excusez-moi ?

Je relève la tête et croise le regard de l’infirmière. Je me mets immédiatement debout et m’incline.

— Oui ?

— Quel est le nom de la patiente, s’il vous plait ?

— Chae Mina.

La médecin va dire son nom à l’homme d’accueil. J’entends seulement quelques bribes de conversation :

— Chae Mina… Ah, j’ai son dossier, marmonne-t-il. Je peux t’imprimer les derniers résultats enregistrés.

— D’accord.

Le secrétaire se tourne vers l’imprimante tandis que l’infirmière tapote nerveusement le bois du bureau. Le premier revient pour tendre quelques feuilles à la médecin, qui les parcourt rapidement du regard. Elle opine du chef avant de se diriger vers les urgences. Je l’entends juste lancer « Faites un ECG et recommencez une prise de sang ».

— Jeune homme, pourrais-tu patienter jusqu’à l’arrivée de la famille de la patiente ? Je vais leur passer un appel, demande le secrétaire.

— D’accord.

Je m’incline puis retourne m’asseoir. Je sors mon portable pour chercher ce qu’est un ECG, et j’apprends que c’est un examen qui vise à enregistrer l’activité électrique du cœur. Le temps semble s’étirer à mesure que je patiente. Ma jambe remue frénétiquement, tout comme mes doigts sur l’accoudoir.

Je finis par reconnaître la voix de la mère de Mina. Elle est toute décoiffée et marche à toute vitesse dans les couloirs, talonnée par son mari.

— Ah, Jaehyun, tu es là…

Taeri a juste le temps de me dire ça, car un médecin sort des urgences pour s’avancer vers eux. Elle emmène les parents de Mina à l’écart pour discuter calmement de l’état de leur fille. Enfin, Taeri se détache du groupe et vient vers moi.

— Merci, Jaehyun. Tu peux rentrer chez toi. Je vais t’appeler un taxi… Tiens, un peu d’argent pour le payer, lance-t-elle en sortant des billets de sa poche.

— Oh, je ne peux pas accepter, dis-je en m’inclinant. Je vais régler la note tout seul.

— Voyons, ne dis pas n’importe quoi. Tiens.

Elle fourre l’argent dans ma main.

— Ne te fais pas trop de souci pour Mina, d’accord ? Ça va bien se passer.

— D’accord… Merci beaucoup.

— Reste ici, le temps que j’appelle le taxi et qu’il arrive.

J’acquiesce puis me laisse tomber sur une chaise, épuisé. Il est plus de vingt heures, le ciel commence à s’obscurcir. Je pousse un soupir et ferme les yeux.

* * *

— Et tu n’as aucune nouvelle depuis ?

— Non, marmonné-je en jetant la balle contre le mur.

Elle rebondit et je la rattrape.

Je suis assis dans le gymnase du lycée, avec Minji. Jiwon est absente car elle est partie assister à une conférence sur le marketing et l’administration d’une entreprise commerciale. Nous sommes vendredi, soit six jours après l’évanouissement de Mina. Je n’ai aucun message d’elle ni de ses parents, et elle n’est pas revenue au lycée. Je ne l’ai même pas croisé à la librairie, au parc ou au convenience store.

Ça commence à faire longtemps.

— T’as essayé d’aller chez elle ?

Je grimace.

— Non, mais…

— Ouais, je comprends. C’est quand même bizarre.

J’acquiesce et penche la tête en arrière.

— Tu sais ce que tu devrais faire ? lance Minji.

Je jette un œil au M/V d’un chanteur guitariste qu’il visionne sur son téléphone portable avant de secouer négativement la tête.

— Chercher ce qu’est une hypertrophie du rat.

— De la rate.

— Ça m’amuse de dire « rat », répond-il en mettant sa vidéo en pause.

— Je ne veux pas chercher. Si Mina tenait à ce que je le sache, elle me l’aurait dit.

— Peut-être. Moi, je l’aurais fait si Hyesung était dans le même état qu’elle.

Je hausse les épaules et recommence à jeter la balle contre le mur.

— Tu ne me crois pas ? Les gens mentent pour protéger ceux qu’ils aiment. Peut-être que si Mina te cache autant de chose, c’est juste pour éviter que tu sois blessé ou que tu t’inquiètes encore plus que maintenant. Je pense que tu devrais te poser certaines questions, au lieu de tout laisser couler en te disant que tu sauras plus tard. Ce « plus tard » va finir par devenir « trop tard » et là, les seules choses que tu pourras faire, c’est pleurer et regretter. Essaye de comprendre ce qui lui arrive. Elle a peut-être trop honte ou trop peur de t’en parler.

— Minji… Si je découvre ce qui lui arrive alors qu’elle cherchait à me le cacher, elle m’en voudra.

— Ce serait stupide de sa part de t’en vouloir en sachant pertinemment ce qu’elle a.

Je me fige. J’en connais un qui a fait des recherches sur l’hypertrophie de la rate.

— Tu sais ce qui lui arrive, soufflé-je.

— Si tu refuses de connaître la vérité, je ne te dirai rien. Mais je pense que tu devrais savoir.

Je secoue la tête.

— Pas question.

— Tu vis dans le déni, mon pote. La vie est courte, il faut en profiter.

— Quel est le rapport ?

Il regarde soudan l’heure et se met debout.

— Je crois que la convention de Jiwon est terminée. On va la chercher ?

Je soupire puis obtempère, la tête pleine de nouvelles questions.

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