Chapitre 28

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Le mois de juin s’est terminé avec des températures chaudes et des journées ensoleillées, puis les nuages ont pris possession du ciel, le transformant en un voile gris perpétuel. La saison des pluies, jangma, a commencé le premier jour des vacances d’été, soit début juillet.

Et c’est parti pour un mois humide et chaud…

Je déteste particulièrement cette période de l’année. Il pleut trop pour sortir, mais il fait trop chaud pour rester à l’intérieur. De plus, maintenant que nous sommes en vacances, Mina et moi allons bientôt partir à Suwon.

Mes parents, qui ont enfin divorcé, ont accepté. Enfin, surtout ma mère, puisque c’est elle qui a obtenu notre garde. Soyeon aurait aimé une garde partagée, mais au final nous nous retrouvons avec notre mère, même si je n’ai pas les détails et la raison.

Enfin, moi ça me va.

Je soupire et relève la tête de ma feuille de maths. Une pluie diluvienne et probablement froide frappe contre ma vitre, il fait sombre dans ma chambre. J’attends un message de Mina pour aller visiter la Hongik University, la meilleure école de design de Corée. Elle se trouve dans le quartier Hongdae, et même si Mina n’est pas sûre d’aller à l’université, elle tenait à visiter des écoles supérieures comme les « gens normaux », pour reprendre ses termes.

Ça me fait tellement mal de l’entendre dire ça.

Mina : Je suis en bas de chez toi.

Je saute de ma chaise, l’envoyant valser contre mon lit. Elle claque contre le bois avant de venir rouler lentement vers mon bureau. J’attrape rapidement mon parapluie contre une étagère puis je descends les marches. Ma mère est à la cuisine, suivant un vlog d’une influenceuse lifestyle qui concocte des petits yakgwas. Elle est tellement concentrée sur sa recette que je ne la préviens pas que je pars, préférant lui laisser un petit mot sur la table de la salle à manger.

J’ouvre la porte et traverse la cours à grandes enjambées jusqu’au portail, que je m’empresse de déverrouiller. Mina apparaît, et je remarque qu’elle a bouclé ses cheveux noirs. Des boucles d’oreilles en or pendant à ses lobes, et elle a revêtu un pull noir qu’elle a rentré dans une petite jupe droite couleur caramel. Ses collants noirs fins serrent ses jambes menues et elle porte un manteau de la même couleur que sa jupe qui s’arrête à ses genoux. Un collier fin en or retombe sur sa poitrine et elle tient dans ses mains son portable et une boîte de kimbaps.

— Salut, souris-je.

— Salut…

Je tapote sa tête et ébouriffe un peu ses cheveux.

— T’es mignonne, habillée comme ça.

— Ah oui ? J’avais peur d’avoir l’air déguisée, en fait.

— Pas du tout.

Je me penche pour poser furtivement mes lèvres sur les siennes. Nous nous embrassons toujours de manière brève, parce que je ne veux pas précipiter les choses. J’ose espérer que nous avons encore suffisamment de temps pour prendre notre temps, justement.

— Aujourd’hui, Lee Jaehyun, on va se comporter comme si on était des étudiants. Comme ça, même si je n’ai pas l’occasion d’aller à l’université, j’aurais au moins pu en avoir l’impression.

— Ok… Allez, prenons le métro.

Nous rejoignons la ligne de métro la plus proche de chez nous, c’est-à-dire la ligne 2, et prenons la station Yeoksam. Après quarante minutes de trajet sans correspondance, nous arriverons directement à la station Hongik University, au sud du campus, soit à environ cinq minutes à pied de l’entrée principale.

Lorsque nous arrivons devant l’université, je vois les yeux de Mina s’illuminer et je souris amèrement. Dire qu’elle n’ira jamais ici. Dire qu’elle ne réalisera jamais ses rêves. Je déglutis et, étant derrière elle, je pose une main au niveau de sa chute de reins pour la pousser légèrement en avant. Je me penche pour que mes lèvres arrivent à hauteur de ses oreilles et j’y murmure :

— Allons-y.

Mina hoche la tête, pénétrant dans l’enceinte de la Hongik University. Le campus est énorme, avec une végétation plutôt abondante à l’extérieur. La jeune fille attrape ma main et me tire à travers les allées, montrant des bancs, des arbres ou encore des aires d’herbe.

— Tu vois, ici, j’aurais pu prendre un thé en regardant le ciel, réfléchissant à mon prochain projet.

Elle m’emmène un peu plus loin et continue ses explications :

— Ici, j’aurais pu redessiner le paysage. Regarde comme c’est beau ! Le ciel est légèrement gris, l’herbe humide, les feuilles des arbres constellées de gouttes d’eau…

Je fronce mes sourcils et pince mes lèvres, retenant les larmes qui commencent à brouiller ma vision.

Cette fille ne peut pas mourir. Ce serait injuste.

— Et ici… Ici, ça ressemble un peu à la SNU, non ? J’aurais pu penser à toi à chaque fois que je serais passée. Allons visiter l’intérieur !

Je me demande comment elle fait pour être aussi enthousiaste alors qu’elle ne pourra jamais venir ici. Elle sait pourtant qu’elle n’aura jamais le temps. Ça doit lui faire plus mal qu’autre chose, de voir ce qu’elle aurait pu devenir s’il n’y avait pas eu sa leucémie.

Mina m’entraîne à travers les couloirs spacieux de l’université. L’intérieur est plutôt joli, avec des dessins et des peintures accrochés aux murs. Il y a parfois quelques plantes en pot et des petits distributeurs automatiques. Les salles de classe sont équipées de chevalet, pots de peinture, craies et j’en passe. Il y a même une pièce avec des tablettes graphiques.

— Oh, regarde ! Le dégradé est bien fait…

La jeune fille s’avance jusqu’à un tableau représentant un ciel, avec un soleil qui se couche. La feuille a été peinte dans des nuances de rose, orange et jaune. C’est vrai que ça rend plutôt bien, les couleurs ont été disposées avec minutie.

— Tu penses que j’atteindrais ce niveau avant de mourir ?

Si seulement elle pouvait arrêter de parler de sa mort…

— Hm… Tu es déjà très douée, réponds-je en tapotant sa tête.

— Mais pas autant… Ah, j’aurais dû prendre des cours… Je suis déçue.

— Je t’ai dit que tu te débrouillais bien, souris-je.

Mina hausse les épaules, peu convaincue, avant de reprendre la visite. Elle m’amène dans une salle où se tient une conférence et nous passons une heure à entendre deux femmes présenter l’école, les formations et les débouchés. Ma petite amie écoute tout religieusement, hochant la tête, entrouvrant les lèvres, souriant… Ses yeux pétillent.

— C’est incroyable, souffle-t-elle lorsque nous quittons l’école.

Je lui souris et lui propose d’aller boire un bubble tea. Elle accepte avec joie, un grand sourire aux lèvres. Nous regagnons un café où nous pourrons commander des boissons et je laisse Mina choisir nos parfums. Suite à ça, nous décidons de rester à l’intérieur de la boutique pour consommer à cause de la pluie qui recommence à tomber.

Nous nous installons sur l’une des tables en bois près des énormes baies vitrées et sirotons nos bubble teas.

— J’aurais vraiment aimé aller à la Hongik University.

— Ça se voit, grimacé-je en détournant le regard.

— Ça ne va pas ? demande-t-elle en se penchant en avant par-dessus la table.

Je soupire et passe une main dans mes cheveux avant de me mettre à remuer la jambe nerveusement.

Ce ne serait pas gentil pour elle de lui dire que j’ai détesté aller visiter l’université et la voir heureuse. Elle doit souffrir bien plus que moi, pourtant elle fait semblant. Je devrais faire de même.

— Si, ça va. Je réfléchissais à ce qu’on allait faire à Suwon.

— Je t’emmènerai dans mes endroits préférés avant qu’on me diagnostique ma leucémie, lance-t-elle en aspirant une perle de tapioca.

— Cool.

Nous partons dans trois jours pour une semaine. Les parents de Mina étaient d’abord inquiets puis ont décidé de me faire confiance, à condition que leur fille me prévienne du moindre problème, même si ce n’est qu’un petit vertige. De toute façon, qu’ils me le demandent ou pas, j’aurais paniqué dès qu’elle aurait été légèrement mal en point.

— Mais j’y pense, Jaehyun…

— Oui ?

Rougissante, Mina tourne la tête vers moi.

— Ça veut dire que… que… enfin, qu’on va dormir ensemble…

Je hoche lentement la tête.

— La chambre d’hôtel que mes parents ont pris contient deux lits, la rassuré-je.

Après avoir discuté avec mes parents, ils ont décidé qu’ils participeraient tous les deux au paiement de la chambre. Taeri et son mari ont voulu payer, eux aussi, mais ma mère s’est empressée de refuser. « Laissez-moi offrir ces vacances à nos enfants. », avait-elle dit.

— Ok… D’accord…

— Ça t’aurait tant dérangé que ça ?

Oh, wow, qu’est-ce que je raconte, moi ?

Ma petite amie hausse les épaules et pince les lèvres, les joues rougies.

— Je ne sais pas…

Je hoche lentement la tête avant de me racler la gorge. De toute façon, ça ne sert à rien de refaire le monde avec des « si », et je ne sais même pas pourquoi j’ai posé cette question.

Je me tasse dans ma chaise et pousse un petit soupir fatigué, heureux de bientôt passer une semaine sans réviser H24.

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