Chapitre 31

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Les vacances d’été sont passées rapidement. Trop rapidement. Nous voilà en septembre, prêts pour ce deuxième semestre de notre année de terminale. Dans trois mois, nous passerons notre suneung. Bien qu’il fasse toujours chaud, l’air s’est un peu rafraîchi dans tout le nord du pays, et le froid commence à se répandre vers le sud.

Quand j’arrive au lycée, je ne suis pas étonné de l’absence de Mina. En réalité, elle m’a envoyé un message hier soir pour me prévenir qu’elle serait absente toute la journée en raison des examens médicaux qu’elle doit passer.

Je pose mon sac et baisse les yeux au moment où je croise le regard de Jiwon. Ni Minji ni moi ne lui avons reparlé depuis le mois de mai, et ma colère s’est estompée pour laisser la place à un manque.

Notre professeur principal, qui entre dans la classe pour faire l’appel, coupe court à toutes mes pensées. Comme à son habitude, il me demande si je peux prendre les documents pour Mina puis repart après avoir vérifié que tout le monde était là, laissant la place au professeur de sciences de la vie.

Ce dernier pose sa valisette sur le bureau en bois, saisit une craie après avoir retiré son manteau et se tourne vers nous.

— Bonjour à tous, j’espère que vous avez passé de bonnes vacances, que vous avez bien étudié mais que vous vous êtes aussi reposés. Maintenant, il est temps de reprendre les cours, car il ne reste que trois mois avant le suneung et ça va arriver très vite. Nous allons commencer un nouveau chapitre qui durera jusqu’à la fin du mois d’octobre.

Il trace les caractères des mots « Les maladies chroniques ». Il revient ensuite vers nous et nous demande de définir ce qu’est une maladie chronique. Je lève la main, connaissant la réponse pour avoir cherché sur Internet pendant les vacances. Heerae se fait interroger à ma place et je baisse immédiatement mon bras, écoutant la suite du cours.

Le professeur liste ensuite plusieurs maladies, dont le cancer – ce qui m’arrache une grimace – puis il branche sa clé USB à l’ordinateur du bureau pour lancer son diaporama.

S’ensuit tout une présentation sur la première partie de son cours qui sera donc le cancer. Je sens quelques regards vers moi, notamment celui de Kisung, qui semble compatir.

Je fais comme si je ne les voyais pas et me mets à dessiner des choses sur mon cahier pour feindre l’indifférence.

* * *

À la fin des cours, vers dix-huit heures trente, je quitte la salle de classe dans les derniers. Alors que j’avance dans les couloirs, seul, je porte ma main à mon cou pour saisir le collier où j’ai attaché la bague, mais je ne le trouve pas. Mon cœur s’arrête et je me mets à palper mes poches à sa recherche. Je ne le retire jamais, à quel moment est-ce qu’il serait tombé ?

J’opère un demi-tour, paniqué, en direction de la salle de classe. Je serais capable de pleurer si je ne le retrouve pas. C’est un cadeau de Mina, je ne peux pas le perdre. Je sens mes artères pulser à un rythme rapide au niveau de mes tempes et j’ai un coup de chaud.

J’entre dans la classe presque en courant et manque de percuter Jiwon. Elle recule légèrement et me regarde avant de tendre le bijou devant mes yeux.

— C’est ça que tu cherches ? Il était par terre, la chaîne a été cassée.

Soulagé, je pousse un soupir et le récupère avant de la remercier. Mal à l’aise, elle poireaute devant moi, balançant sa jambe d’avant en arrière. Je glisse le bijou dans ma poche puis lève les yeux vers mon ancienne meilleure amie.

— Encore merci, réitéré-je. Je ne sais pas ce que j’aurais fait si je ne l’avais pas retrouvé.

Jiwon grimace et hoche la tête.

— Alors… Tu es avec Mina ?

J’acquiesce puis baisse les yeux.

— On peut… discuter ? demande timidement la jeune fille.

Je déglutis et passe une main sur ma nuque. Peut-être qu’en effet, il est temps de s’expliquer.

— D’accord.

Nous commençons par quitter le lycée pour regagner un parc. Personne ne parle sur le trajet, je me contente de lui jeter des petits regards une fois de temps en temps. Nous nous asseyons côte à côte sur un banc froid et je croise les bras.

Jiwon pousse un petit soupir avant de se lancer :

— Je suis vraiment désolée pour ce que j’ai fait à Mina.

Mon ancienne meilleure amie pince les lèvres et détourne le regard.

— Je ne voulais pas lui faire de mal, je voulais juste que tout le monde comprenne qu’elle n’est pas parfaite. J’étais jalouse.

Je hoche la tête.

— Ça me fait mal de ne plus être amie avec toi, Jaehyun. Je sais que c’est de ma faute, mais c’était une erreur, ce compte Instagram. Je te jure que je regrette. Je n’aurais jamais dû faire ça. Je me suis déjà excusée auprès de Mina et elle ne m’en veut plus, alors…

Je hausse les épaules et tourne mon visage vers Jiwon.

— Je ne sais pas si tu réalises à quel point c’était grave.

Elle baisse la tête.

— Si, je sais… Je n’avais pas réfléchi avant d’agir.

— Et donc tu veux que je te pardonne.

— Oui. Je n’ai pas dit que je le méritais… Mais j’en ai envie.

Je soupire. D’un certain côté, ça va faire cinq mois que je lui fais la tête, ce qui commence à faire beaucoup. D’un autre, ce qu’elle a fait est horrible et elle ne mérite pas d’être pardonnée. En tout cas, de mon point de vue. Le seul problème, c’est que je ne peux pas lui en vouloir d’avoir fait du mal à quelqu’un si ce dernier n’est pas en colère. Ce n’est pas moi, la victime. J’aurais beau être énervé, si Mina s’en fiche, je n’ai pas à en vouloir à Jiwon à sa place.

— Minji… Il te reparle ?

Jiwon lève ses yeux vers moi et grimace.

— Rarement, mais ça arrive.

— D’accord. Tu as raison, tu ne mérites pas de seconde chance. Pourtant… Je vais t’en accorder une, parce que tu as quand même été ma meilleure amie. Mais sache que je t’en voudrais toujours pour ce que tu as fait à Mina.

— Vraiment ? Merci…

Elle s’incline, ce qui me fait bizarre, puis elle se redresse.

— Je n’aurais jamais fait ça si j’avais su qu’elle était malade, je le jure.

Je me contente de détourner le regard pour le promener sur les arbres aux feuilles de plus en plus orangées. J’espère que je peux croire Jiwon. J’espère que je ne fais pas d’erreur. J’aimerais que les semaines avant la mort de Mina se déroulent sans problème. Et après… on verra.

* * *

Devant l’ordinateur de ma mère, dans la cuisine, nous remplissons mes dossiers pour l’admission anticipée à la SNU. Les candidatures débutent en septembre et les résultats paraissent entre fin novembre et décembre. C’est généralement à cette période de l’année que les étudiants candidatent le plus car c’est le moment où l’université recrute le plus. L’autre option est l’admission régulière, juste après le suneung, donc généralement fin novembre. Les résultats paraissent en janvier et reposent uniquement sur le score obtenu au suneung.

— Tu as la lettre du lycée ? questionne ma mère.

— Le professeur principal doit me la remettre demain.

Le dossier de candidature qu’il faut envoyer est composé de mes bulletins, de mes activités et d’une lettre du lycée. En fonction de la filière choisie, il faut même parfois aller à un entretien.

— Si tu es admis à la SNU, tu devras suivre une licence en biologie et sciences de la vie. Ensuite tu devras obtenir un master et un doctorat en biologie cellulaire, génétique, biochimie et immunologie… Et pour finir, tu rejoindras un laboratoire spécialisé en cancer.

— D’accord…

— Il y aura probablement un entretien. Demain, on finalisera ton dossier, d’accord ? Plus tôt tu l’enverras, mieux ce sera. Tu as regardé d’autres universités, au cas où ?

— Hm… Je suis allé voir rapidement l’université Yonsei, la KAIST* et la SKKU**.

— Je te conseille d’en choisir deux autres minimum au cas où tu ne serais pas pris à la SNU.

Je hoche la tête et gratte une tâche invisible sur la table. Ma mère me jette un petit regard et soupire.

— Tu es sûr que c’est ce que tu veux faire ?

— Oui.

— Tu as conscience du prix que ça va nous coûter ? Jaehyun, il faut vraiment que tu sois sûr et certain, d’accord ? Tu n’auras pas le droit de regretter une fois que tu y seras.

Je déglutis.

— Je sais.

— Bien. Rediscutes-en avec ton père, je ne suis pas la seule à payer.

Je grimace mais acquiesce. J’ai tout intérêt à être pris, sinon on aura perdu de l’argent et j’aurais perdu mon temps. En plus de ça, si je ne deviens pas chercheur en cancérologie, j’avoue ne pas savoir quoi faire.

Mais la SNU, ce n’est pas rien. On n’y entre pas comme ça. Peut-être que je n’ai pas assez travaillé. Il faudrait sûrement que je sois encore plus investi dans mes études, mais je ne peux pas. Pas alors qu’il ne reste que trois mois à vivre à Mina.

Mais je dois m’assurer un avenir après. Je ne peux pas foutre ma vie à la poubelle sous prétexte que ma copine va bientôt mourir.

Je frotte mes yeux. Je commence à avoir mal à la tête et j’en ai marre de ne pas savoir quoi faire. Il est évident que je dois choisir entre Mina et les études, je ne peux pas concilier les deux.

Si je choisis Mina, j’étudierais moins et mes chances d’entrer à la SNU seront faibles.

Si je choisis les études, je passerais moins de temps avec ma petite amie alors qu’elle est sur le point de mourir.

Je mordille ma lèvre, préoccupé.

Qu’est-ce que je suis censé faire ?

*Korea Advanced Institute of Science and Technology

**Sungkyunkwan University

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