Chapitre 34

7 minutes de lecture

Quatre mois plus tard

Nous sommes fin mars. Les cerisiers sont en fleurs. Il commence à faire chaud, les journées sont de plus en plus longues. Étonnement, j’ai été accepté à la SNU, bien que mes résultats au suneung n’était pas aussi élevés que ce que j’espérais, à cause de la mort de Mina.

Je vais un peu mieux. Je pleure encore beaucoup, j’ai toujours très mal, je me sens vide, mais la douleur commence à s’estomper lentement.

Le mois qui a suivi sa mort a été le plus difficile. Je pleurais constamment, je n’arrivais plus à manger et j’avais du mal à me concentrer en cours. Ma mère avait insisté pour que je n’aille plus au lycée mais j’avais refusé : il fallait à tout prix que j’aille à la SNU. C’était vital.

Le deuxième mois, bien que mouvementé, était un peu plus calme. Les crises de larmes étaient courantes, mais je recommençais à manger lentement. En revanche, on ne pouvait pas me parler d’elle.

Le troisième mois, je me suis surpris quand j’ai ri pour la première fois depuis quelques temps. Bien que toujours triste et extrêmement vide, je comprenais réellement que c’était terminé, qu’elle n’était plus là. Qu’il fallait passer à autre chose.

Assis à mon bureau, je fais une petite pause dans mon travail. Ce week-end, je comptais me rendre sur la tombe de Mina pour la première fois depuis son enterrement, mais je crois qu’au final je ne suis pas prêt. Vaut mieux attendre encore un moment.

La sonnerie retentit dans la maison. Étant seul, je descends les marches et ouvre la porte. Je tombe sur Taeri, cernée, qui me sourit difficilement. Je n’ai pas eu de nouvelles d’elle et de son mari depuis la mort de Mina, alors je suis étonné de la voir ici.

— Jaehyun… Je devais te donner ça.

Elle me tend une enveloppe blanche, mon prénom marqué dessus. Je tente de ne rien laisser paraître quand je reconnais l’écriture de Mina.

— Mina nous l’avait donnée, mais nous pensions que tu n’étais pas encore prêt à la recevoir. Je crois que maintenant, c’est bon.

— Merci.

Je saisis délicatement l’enveloppe, curieux. Taeri sourit et je m’incline, puis elle disparaît. Je referme la porte et monte, serrant doucement la lettre contre mon torse. Lorsque je m’assois à mon bureau, je déchire l’enveloppe et en sors un papier d’un rose nacré. Il a été noirci par l’écriture de ma petite amie – car oui, elle l’est toujours – et je sens une vague de tristesse m’envahir. Des petits cœurs ont été dessinés dans les coins et elle a collé des stickers adorables tout autour de ses écritures.

Le cœur battant, j’effleure la lettre. Mon corps s’est remis à trembler et je lève la tête pour que mes larmes ne tachent pas la feuille. Quand je me sens prêt, je baisse à nouveau les yeux vers le papier et entame ma lecture.

Cher Lee Jaehyun,

Je sais, c’est hyper cliché de faire ça, mais je tenais vraiment à t’écrire une lettre que tu lirais après ma mort. Alors… Comment te sens-tu ? Dis-moi, tu es allé à la SNU ? Tu as intérêt, vraiment ! Je serais très heureuse si tu y étais. Tu es très intelligent, non ? Alors fais en sorte de réussir tes objectifs et deviens chercheur en cancérologie (t’avoueras que ça aussi, c’est cliché, le mec qui fait des études de médecine parce que sa copine est morte de cancer).

En parlant de copine… Eh, tu en as retrouvé une ? Je ne sais pas quand est-ce que tu lis cette lettre, mais j’espère que tu attendras encore un an, non, même quelques années, avant de sortir avec une nouvelle fille. Tu ne le sais peut-être pas, mais je suis de nature jalouse. Au fait, si tu as une nouvelle petite amie, tu as intérêt de continuer à penser à moi ! Ta copine ne pourra pas être jalouse d’une fille morte, je me trompe ?

Blague à part… Je ne voulais pas mourir, tu sais. Honnêtement, si j’avais pu être avec toi, là, tout de suite… Tu te rends compte ? Tu aurais été à la SNU pendant que j’étais à la Hongik University. Ensuite, on aurait pris un appartement et on se serait mariés.

Ah, ça me rend vraiment triste ! Je fais tout pour ne pas pleurer en écrivant cette lettre, alors ne pleure pas en la lisant, tu tâcherais le joli papier que j’ai trouvé et tu ferais baver l’encre. Je t’en voudrais, si ça arrivait.

Au fait, tu as vu les petits autocollants autour de ma lettre ? Ce sont les miens, je les ai créés ! Il suffit de prendre du papier cuisson, du scotch et de dessiner. Il y a plein de tutos sur Naver, si tu veux essayer.

Tu sais, j’ai très mal à la main, ça me demande beaucoup d’efforts d’écrire, mais je le fais pour toi. Tu as de la chance, je ne le fais même pas pour mes parents. Tu penses qu’ils seront blessés ? Je n’espère pas, je ne veux pas qu’ils aient mal. Ils souffrent déjà suffisamment comme ça.

Je ne sais pas si tu te souviens de la fois où on était allés à la librairie chercher un cadeau à Soyeon, tous les deux. Je t’avais dit que j’étais fille unique parce que mes enfants avaient peur de refaire un enfant raté. Ils savent qu’ils vont me perdre, et ils craignent que s’ils refont un enfant, il soit aussi victime d’une maladie. C’est n’importe quoi, n’est-ce pas ? Ils vont se sentir terriblement seuls après ma mort. Dis, tu pourrais aller les voir pour moi, parfois ? Je t’en serais reconnaissante, si tu le faisais.

Au fait, comment va Soyeon ? Elle a dû être un peu choquée, non ? Si jeune et déjà confrontée à la mort de la petite amie de son frère… Si tu es encore dans une phase désespérée, je t’ordonne d’arrêter tout de suite ! Ta sœur a besoin de toi, même si je n’étais pas forcément très proche d’elle, j’étais quand même sa eonni. Dis-lui qu’elle me manque, s’il te plait.

Je vais te laisser, partir, m’envoler tel un papillon (hm, j’aurais aimé trouver une autre métaphore) mais avant, j’ai un dernier service à te demander. Ne jette pas cette lettre, Lee Jaehyun. Même si ça fait mal, garde-la, parce que si tu la mets à la poubelle, tu le regretteras quand tu iras mieux. À l’heure où je t’écris, je ne sais pas ce qu’il y a après la mort mais je n’ai pas peur, parce que je suis sûre qu’il y a quelque chose de très beau. Ce serait stupide de naître, de vivre, d’aimer des choses, de développer une personnalité unique, tout ça pour revenir au néant. À de la poussière. Sans aller jusqu’à dire qu’il y a un paradis et un enfer, je suis persuadée que la mort n’est pas une fin. Quand tu me liras, je suis certaine que je serai quelque part, en tant qu’esprit peut-être, en train de t’observer. D’accord ? Alors ne déprime pas trop.

Je te laisse, je vais aller faire une transfusion de globules rouges. Argh, je déteste les aiguilles.

À bientôt, Lee Jaehyun.

Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.

Chae Mina, ta petite amie morte (beaucoup) trop tôt (>'-'<)

Je repose lentement la lettre, le cœur battant. J’ai envie de pleurer, mais Mina m’a dit de ne pas le faire. Je passe une main sur mon visage et déglutis. Il faut que je reste calme.

Je ferme les yeux et prends un moment pour respirer, me calmer, me dire que tout va bien. Les souvenirs de ma petite amie ressurgissent un par un dans mon esprit. Je n’ai même pas passé un an avec elle.

Je nous revois au convenience store, à la librairie, à Yangdong, à Suwon, chez moi, au lycée, à la bibliothèque…

Je me refais le film de notre amitié et de notre couple en essayant d’omettre le moins de détails, même si malheureusement, certains souvenirs sont déjà un peu effacés.

Mes épaules tremblent légèrement lorsque je marmonne tout seul que je l’aime aussi.

Je me lève subitement et me dirige vers les escaliers. Je descends et vais en cuisine pour me servir un verre d’eau, que je bois d’une traite. J’ai besoin de sortir. Je suis à ça de craquer, mais je refuse. Il faut que je fasse des efforts, que j’essaye d’aller mieux, de me retenir.

Je quitte la maison sans mon téléphone et avance au hasard dans les rues du quartier. Je baisse la tête quand je passe devant le convenience store – c’est trop douloureux – et j’esquive la zone où se trouve la librairie.

Je marche ainsi, sans objectif. J’arrive dans le cœur de Gangnam, puis au bord du fleuve Han. Je descends les marches de pierre et traverse l’herbe verdoyante jusqu’à la rive, et je m’assois. Face à moi s’étendent les immenses immeubles de Séoul, des montagnes, ainsi que les ponts qui passe par-dessus le fleuve. Des bateaux glissent lentement sur l’eau, des voitures roulent sur les passerelles, des oiseaux piaillent et tournoient dans le ciel. Des pétales roses et blancs volent autour de moi, se déposent à la surface du fleuve, dans l’herbe.

Apaisé, je ramène mes jambes contre mon torse et enfouis mon visage dans mes genoux.

Séoul ne m’avait jamais parue aussi belle.

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