La douceur des nuages

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Je peux rester allongé sur la couverture. Aucun TGV n’est prévu sur l’autre voie avant deux heures. Je retourne à la contemplation du ciel. Un dragon à trois ailes en train d’attaquer une créature abeille géante passe au-dessus de moi. Un nuage tout doux formant un bébé suçant son pouce en dormant me fait couler une nouvelle larme. Ma petite Abigaël, ma petite fille, mon bébé que je n’ai jamais eu, merci de passer au-dessus de moi, sereinement, en dormant. Il y a quelques années, je t’ai vu en rêve. Tu t’éloignais de moi, en marchant dans une brume épaisse, en donnant la main à une femme inconnue. Avant que le brouillard ne te happe complètement, tu t’es juste retournée une fois pour me dire « Au revoir ». Moi, je te dis à bientôt, ma princesse. Je reste à regarder mon bébé, poussée par le vent, s’effilocher et disparaître. Des larmes coulent toutes seules, doucement, en silence. Je ne les essuie pas, qu’elles partent d’elles-mêmes.
Maintenant que tout est prêt, je sens une angoisse monter en moi, je dois attendre sans rien faire et ça tourne en boucle. Je sors la boîte de Xanax de ma poche, en prends six d’un coup et les fais passer avec le coca.
Le coca froid, directement à la bouteille, me fait pétiller les yeux. Ça me fait me sentir mieux, même avant l’effet des médocs, et je me rallonge.

Voiture avec des ailes, vaches à huit pattes, un demi-surfeur - juste la planche et les jambes, sans torse ni tête - passent au-dessus de moi.

Je me demande pourquoi je vois toutes ces choses étranges. Une question que j’aurais pu poser à mon psy, lorsque j’étais à la clinique. Je m’y sentais bien d’une certaine façon. Une bulle hors de la vraie vie. Mais il faut bien en sortir un jour.

Je suis maintenant calme. J’écoute, mais aucun chant d’oiseau ni autre musique de la nature. Dommage, j’aurais bien aimé trouver des Geais Moqueurs et leur chanter un couplet de Tsé pour qu’ils le répètent.

À ce moment-là, je pose mon oreille sur le rail. C’est froid mais pas trop. Je me prends pour un Sioux. Peut-être que ça marche vraiment. Je vois les voitures et camions passer à côté de mon Traffic sur l’autoroute. C’est bête, mais je m’en veux de l’abandonner.

J’ai toujours aimé regarder les choses sous un autre angle de vue : du haut d’une échelle, allongé par terre en regardant sur le côté, debout en penchant la tête de côté, la tête l’envers, depuis mon toit. Plus près du ciel, du soleil, au-dessus du monde, du brouhaha, de l’agitation. Ça vient du Cercle des poètes disparus. Je l’ai vu quand j’avais environ quinze ans. Monter sur le bureau pour observer autrement.

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