Le RD

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Un panache de rayons solaires perçait différents secteurs de ruines urbaines et méconnues, dans lesquelles un jeune homme marchait d’un pas assuré. Le bruit de ses rangers résonnait à travers une large avenue dévastée, où seule une légère brise poussiéreuse faisait virevolter, par intermittence, des débris de toutes sortes. De sa position, il posa son regard sur l’un des nombreux gratte-ciels vidés de toute vie, sur lesquels s’imposait une luxuriante végétation grimpante. Le dernier étage de l’un des bâtiments avait attiré sa curiosité, car il y avait aperçu d’étranges mouvements. À l’aide d’un dispositif de téléportation contrôlé par sa pensée, il s’éclipsa instantanément.

Sa disparition ne laissa qu’une légère déflagration sur le sol et la position qu’il avait occupé dans cet espace se déforma au même moment. Une seconde plus tard. Il réapparut genou et main à terre, de l’autre côté de la fenêtre observée bien plus bas. Cet endroit était un loft désaffecté bien que poussiéreux il se trouvait dans un état plutôt conservé pour ce genre d’environnement chaotique. Un silence sinistre régnait en ces lieux et cela troubla le jeune homme. Il jeta un rapide coup d’œil autour de lui et mit aussitôt son autre main sur la longue poignée d’argent de l’épée dépassant de sa hanche gauche.

Tout à coup, ce silence fut interrompu par un vacarme destructeur. Le plafond s’effondra et une épaisse fumée grise faite de particules de béton remplit la pièce. De cette nuée de poussière, sortit un être massif vêtu d’une épaisse armure pourpre. Il tenait dans ses mains une longue et proéminente massue. L’inconnu resta statique un instant à regarder le jeune homme. De son visage exprimait une telle froideur que lorsque l’inconnu croisa son regard, il était déjà trop tard. D’un geste appliqué et concis, il dégaina sa lame argentée et trancha horizontalement le tronc de cet inconnu. Ce n’est qu’en faisant quelques pas que celui-ci prit conscience de sa fin. Mais grâce à un effort incommensurable, il arriva à lever les bras au-dessus de lui pour frapper à son tour. Or, l’effet de la blessure remonta à son système nerveux et paralysa sa riposte. Sa lourde masse glissa de ses mains tremblantes, tomba derrière lui en dans un bruit sourd.

Puis de sa longue plaie jaillit du sang. Un son de viscères provenant du corps interpella le jeune assaillant. Il vit le visage de sa victime se diviser verticalement. En une fraction de seconde, l’inconnu avait subi une autre attaque qui, cette fois-ci, venait de derrière. Le corps massif s’écroula en plusieurs morceaux et derrière le macchabée apparut un autre ennemi.

Celui-là était plus petit, plus élancé et portait un large chapeau similaire au museau d’un requin-marteau. Recouvert d’une combinaison rouge vif, il tenait dans chacune de ses mains des lianes acérées. En le voyant, le jeune avait l’air d’appréhender cette confrontation. Il expira, retint son souffle et il s’effaça. Il réapparut spontanément au-dessus et derrière lui en tenant son sabre à deux mains, mais la clairvoyance de sa cible lui avait permis l’anticipation de son attaque et l’avait contré. Sans bouger d’un cil, ses lianes l’avaient stoppé net et s’étaient élargies. Ses armes avaient réagi à l’instinct et l’avaient enlacé, tel un anaconda saisissant sa proie dans une puissante étreinte. Bloqué à un mètre quatre-vingts du sol, le craquement de ses os résonna dans le loft. L’une des lianes avait serpenté autour de ses bras et l'avait obligé à lâcher son arme qui s'était plantée droit dans le sol. Malgré l’intense douleur, son visage n’exprimait aucune douleur si ce n’est de la stupéfaction face à une telle défaite.

Ensuite, tout le décor du loft se désagrégea progressivement suivit par les autre structures de ce monde.

Hélios Parker ouvrit instantanément ses yeux indigo après que ce monde alternatif se fut évaporé de son esprit. Ses pupilles restèrent dilatées quelques instants. Il était encore très exalté par cette simulation de combat. Sa mâchoire carrée se contracta quand il repensa à sa défaite cuisante. Lorsqu’il se détacha de cette réalité pour revenir dans la sienne, Hélios se leva du fauteuil nacré en forme d’œuf. Puis il se rapprocha de l’entrée, sa grande chambre était tamisée par des LED ambrées.

Le module de « réalité dimensionnelle » fonctionnait par impulsions électrostatiques provoquant une illusion immersive et il pouvait se représenter dans l’esprit un univers alternatif. Le jeune Parker passait régulièrement son temps à se battre dans des mondes ultra réalistes reproduisant toutes les sensations physiques, les sentiments, et arrivant même à simuler la mort. Ce programme de combat n’était qu’un jeu d’une autre catégorie.

Le sas d’entrée de l’appartement d’Hélios s’ouvrit, éclairant ses quartiers d’une vive lumière extérieure. Puis apparut un robot à forme humaine. Surpris, Hélios plissa les yeux et mit sa main droite devant son visage afin d'y voir plus clair.

— Jeune Parker, le directeur vous réclame.

— Et alors ? répondit-il sèchement. Je n’ai que faire de son affection, laissez-moi !

Un blanc s’installa entre eux. Le robot inclina légèrement la tête.

— Devrais-je lui répéter vos propos mot pour mot ?

Hélios lui jeta un sombre regard.

— Mais faites donc, Exe ! s’exclama-t-il tout sourire.

Exe s’inclina légèrement vers l’avant, tourna les talons et Hélios détourna son regard pour éviter ce contre-jour du SAS jusqu’à ce qu’il se referme.

Hélios se rassit dans la machine à « RD ». Il ferma les yeux un instant pour l’activer mais, sur le coup, le module ne sembla pas fonctionner.

Lorsqu’il les rouvrit, l’air agacé il se rapprocha du bord de son siège, posa les coudes sur ses genoux et les mains sur la tête. Il soupira et, sur un ton inquisiteur, il posa une question

— Vécra, tu es là ?

— Ça alors, toujours aussi perspicace… répondit-elle d’une voix lyrique.

— Tu trouves ?

— Complétement !

Hélios sourit.

— J’ai quelque chose pour toi, mais je veux que tu fermes les yeux. Et surtout ne triche pas ! articula-t-elle.

— Mais qu’est-ce que tu mijotes encore ?

— Tais-toi et fais ce que je te dis, s’il te plaît.

Il leva la tête, ferma les paupières et rajouta :

— Ça te va comme ça ?

— C’est parfait ! Maintenant, ouvre-les.

Vécra était différente et se rapprochait, maintenant, plus d'une femme que d’un simple programme. Ses yeux argentés pétillaient, ses longs cheveux noirs retombant sur son visage beige romantique. Elle était vêtue d'une robe marine cintrée à pois blancs.

— Mais comment as-tu fait pour avoir ce type de corps ?

— C’est grâce à Silver, et figure-toi que ce n’est pas un holo, dit-elle tout sourire en tournant sur elle-même.

Alors ce vieux chnoque n’est pas si cruel que ça, pensa-t-il en observant Vécra. Cela devait être la raison de sa convocation.

— Mais à quoi penses-tu comme ça ?

Hélios hésitait à répondre.

— Je me demandais simplement, comment as-tu fait pour entrer ? mentit-il.

Elle montra du bout de son index le coin du plafond où se situait le conduit d’aération en lui faisant un clin d’œil charmeur. Un étrange phénomène eut lieu. Son corps commença à se déstructurer en de fines et d'innombrables particules scintillantes. Cette cohésion moléculaire se déplaça dans l’espace de la pièce, telle une nuée d’oiseaux grégaires.

Le jeune Parker n’en revenait pas. Il se leva et cet essaim virevolta autour de lui. Les particules se réunirent et sur les mains du jeune homme, se structurèrent celles de Vécra. Lorsque celle-ci finit de se matérialiser, elle se tint face à lui, plongeant son regard dans le sien. Mais Hélios ne la vit pas avec la même chaleur et détourna, lâchement, son regard du sien et relâcha ses mains des siennes. Troublée par son refus, elle s’écroula en des millions de particules et disparut.

***

Trois jours passèrent, pendant lesquels Hélios Parker passa le plus clair de son temps, assis sur le module à réalité dimensionnelle à combattre de multiples ennemis, tous plus puissants les uns que les autres. Il n’avait pas donné de ses nouvelles à Vécra. Un soir, alors qu’il se reposait sur son lit, il repensa à son enfance et le rôle qu’elle avait eu tout ce temps. En effet, depuis son kidnapping, le seul réconfort qu’il avait eu se manifestait uniquement par le timbre de sa voix et sa transformation et comportement le mettait dans une situation inconfortable.

À cause de cela, il ne trouvait pas de position adéquate pour s’endormir. Il fixa le plafond et entendit les turbines de ventilation s’enclencher et repensa à elle, virevoltant autour de lui.

Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? Pourquoi je repense à cela… Vécra…

Autre chose l’interpella. Sur le plafond, se projetait une animation d’un réalisme époustouflant. Cela prenait la forme d’un homme et d’une femme. Ces deux personnages levèrent leurs mains pour le saluer et lui firent un chaleureux sourire. Sur le coup, Hélios ne comprit pas ce qu’il se passait, mais ces deux étrangers lui semblaient familiers. Puis, un épais fluide « noir corbeau » se mit à dégouliner sur leurs visages et leurs corps. Ses yeux épouvantés exprimaient un effroyable sentiment, un puissant malaise s’installa dans les méandres de son inconscient. Lorsqu’il comprit que ce couple n’était autre que ses parents, le fluide s’enflamma.

Affligé par cette vision, il cria un long et terrible « nooonnnn » et sa conscience déclina progressivement. La structure de son esprit était en train de se scinder en fragments. Il ne contrôlait plus son corps, il se débattait sur son matelas. Son affliction était telle qu’il perdit connaissance.

***

Dans les quartiers du directeur, Silver Master regardait son visage se reflétant dans la large baie vitrée il se posait des questions à propos de la réussite de son grand projet. En voyant ses traits faciaux se détériorer avec le temps, il méditait sur sa dernière dose de « Téloméris ». Il plongea son regard à l’horizon où, plus bas s’étendait à perte de vue la cité Lunaire. Puis la voix de l’opératrice retentit dans l’espace de son bureau.

— Monsieur, je voulais vous signaler que le jeune Parker a présenté les premiers signes dissociatifs suite à une activité intensive du module à « réalité dimensionnelle ». Comme c’est l’une de vos priorités, je tenais à vous en informer.

Le directeur ferma les yeux, soulagé.

— Enfin…

L’opératrice poursuivit son rapport :

— Il semblerait que l’usage prolongé du module ait été provoqué par le programme Vécra, comme vous l’aviez prévu. Vous devriez donner l’ordre de son élimination car j’ai récemment fait la découverte qu’elle diminuait les fréquences électrostatiques du module à « RD » depuis de nombreuses années, ce qui réduisait les risques dissociatifs du sujet Parker. Pour finir, j’ai l’intuition qu’elle nous a trahis. Par conséquent, je l’ai faite suivre par Oméga X-1 qui la surveille en ce moment même.

Silver Master resta silencieux afin de prendre un temps de réflexion. L’ocre de ses iris se mit à luire et dans le reflet de la vitre un léger sourire se dessina. Silver n’avait pas ressenti cela depuis sa première rencontre avec le jeune Hélios Parker. Il ne bougea pas et lui répondit :

— Laissez-la pour le moment. C’est un cadeau des dieux qui m’a été offert et j’ai de la chance d’être arrivé jusque-là. Dites-moi, combien de temps restera-t-il avant que son esprit soit indépendant de son corps ?

— Au stade où se déstructurent ses capacités cognitives de son système nerveux, je dirais quelques dizaines d’heures d’après les statistiques. Je vous propose d’embrumer sa chambre avec le gaz « Daturox » afin d’augmenter les effets dissociatifs.

— Faites donc !

— J’ai une question, Monsieur.

— Je vous écoute, Opératrice !

— Dois-je prévenir Julia Cire de la progression du projet ? Je vous demande cela car elle a largement contribué à celui-ci.

Silver leva les yeux vers le ciel étoilé et dit :

— Non, laissez, c’est à moi de la prévenir.

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