Chapitre 9 – Lame de fond
Après bien des soubresauts, Jeanne de Clisson s’efface peu à peu des récits vers 1359.
Dans ce silence discret que l’Histoire réserve parfois à ceux qui ont trop fait de bruit.
Mariée à plusieurs reprises, mère de nombreux enfants, si les sources disent vrai, femme de guerre pour certains, simple rebelle pour d’autres, Jeanne de Belleville, ou de Clisson, aura, quoi qu’il en soit, marqué son temps.
Pirate sillonnant les mers ?
Peut-être.
Certains récits lui prêtent même un navire nommé Vengeance.
Mais ici encore, la légende se montre plus bavarde que les archives.
Une chose demeure pourtant.
L’Histoire nous rappelle, une fois de plus, que l’art de l’abordage ne saurait être réservé aux gentilshommes.
Et que derrière les robes et les coiffes bien sages… brûlent parfois des volontés que rien ne dompte.
Pourquoi donc s’acharner à les étouffer ?
Une autre Jeanne, d’ailleurs, prendra bientôt le relais.
Une que l’Histoire a retenue, cette fois.
Et une, oserai-je dire… tout aussi ardente.
Quant à la mémoire de la première, elle se fait plus discrète.
Point de grandes statues.
Peu de rues à son nom.
Quelques pierres, quelques récits… et beaucoup d’imagination.
Comme un écho lointain.
Ou peut-être… un avertissement.

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