Chapitre 14 - Cerveau

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Le chemin vers le dojo de Xsar parut à Agonie plus court que d'habitude. Son corps, bien que meurtri par la magie et les événements de la journée, vibrait d'une énergie nerveuse. Elle n'avait pas besoin de repos ; elle avait besoin de frapper quelque chose.

Elle poussa les lourdes portes de basalte. L'air y était toujours le même : frais, sentant la pierre et le vieux sang.

Xsar était là.

Le Boucher n'était pas en train de s'échauffer cette fois. Il était assis sur un banc de pierre, affûtant lentement l'un de ses cimeterres avec une pierre à huile. Le bruit régulier « shhhk, shhhk, shhhk » s'arrêta dès qu'elle franchit le seuil.

Il leva les yeux vers elle.

En une fraction de seconde, il détailla tout : l'odeur de vin de champignon et de graisse de cuisine qui s'accrochait à elle ; l'énergie chaotique qui faisait trembler ses mains grises ; et surtout, l'araignée violette, grosse comme un poing et luisante, qui trônait sur le sommet de son crâne comme une couronne vivante.

Il haussa un sourcil cicatrisé, sans se lever.

— Tu pues le vin, la magie sale et l'hystérie, constata-t-il calmement.

Il reprit son affûtage.

— Et tu as quelque chose sur la tête. Un nouvel animal de compagnie, ou c'est ton cerveau qui essaie de s'enfuir ?

Il souffla sur la lame pour en chasser la limaille.

— J'espère que tu n'es pas venue ici pour vomir sur mes dalles, Agonie. Si tu veux te battre dans cet état, ça va être... éducatif.

Agonie leva les mains comme pour se dédouaner de ses derniers méfaits.

— J’ai fait comme j’ai pu, j’ai pris ce qui traînait dans les cuisines pour faire passer le poison de ma Déesse… je ne pensais pas qu’il y aurait un contrecoup. Cette araignée en est la preuve.

Légèrement éméchée, elle essaya de déloger la bête de sa coiffure en la poussant timidement, mais la créature s’y accrochait, même en dormant. Tel était sa place. Agonie abandonna instantanément et réfléchit aux paroles du Maître d’Armes, le regard vitreux dans le vide.

— Mon… cerveau qui essaie de s’enfuir ? Merci Xsar, je vais l’appeler "Cerveau". Vomir ? Vous me prenez pour une novice ou quoi ? Ce n’est pas deux pichets qui vont altérer mes capacités. Et je ne suis pas hystérique…

Elle chercha ses mots quelques instants.

— Je suis juste survoltée ! On fait quoi aujourd’hui ? Tu n’as pas d’autres élèves ? En pleine après-midi ?

Xsar s’arrêta net. La pierre à aiguiser resta en suspens au-dessus de la lame. Il regarda l’araignée violette qui se cramponnait aux mèches blanches, puis le visage d'Agonie, puis à nouveau l'araignée. Un coin de sa lèvre tressaillit imperceptiblement.

— « Cerveau », répéta-t-il d'un ton neutre. C'est bien trouvé. Au moins, si tu tombes dans les pommes, il y aura encore quelque chose d'intelligent accroché à ton crâne pour prendre les décisions.

Il se leva enfin, rangeant la pierre dans sa poche avec une lenteur calculée. Il fit tournoyer le cimeterre dans sa main, la lame scintillant sous les globes lumineux.

— Les autres élèves ? Ils sont en train de se parfumer, de cirer leurs bottes ou de comploter pour savoir qui sera assis près de qui ce soir.

Il fit un pas vers elle, son ombre s'allongeant sur le sol.

— Ici, c'est le seul endroit de la Maison où l'on se prépare à ce qui arrive après les politesses.

« Il a de l'humour. Froid, sec, tranchant. Je l'aime bien, » gloussa Uphek dans son esprit. « Et "Cerveau" semble d'accord, il vient de resserrer ses pattes. »

Xsar s'arrêta à deux mètres d'elle. Il la jugea du regard, non plus comme une prêtresse, mais comme une guerrière ivre.

— Tu te dis survoltée. Tu te crois capable. Très bien.

Il pointa sa lame vers le plafond, puis, d'un mouvement fluide, la rabaissa pour pointer… l'araignée sur sa tête.

— Le vin de champignon ralentit les yeux, mais accélère le cœur. La magie te rend arrogante.

Il se mit en garde, souple, détendu.

— L'exercice est simple. Je ne vais pas essayer de te toucher, toi. Je vais essayer de couper les pattes de "Cerveau".

Il eut un sourire en coin, cruel et amusé.

— Tu as le droit d'esquiver, de parer, de reculer. Mais si ma lame effleure cette bestiole... tu as perdu. Et tu devras nettoyer la tache violette sur mes dalles.

Il ne lui laissa pas le temps de protester ou de se mettre en place. Il fondit sur elle. Ce n'était pas une attaque mortelle, mais c'était rapide. La lame siffla en diagonale, visant précisément le sommet de son crâne.

Par réflexe, elle porta les mains à sa tête, protégeant la créature luisante.

— Oh non, pas les papattes de Cerveau ! AH ! lâcha-t-elle, surprise par l’assaut, sa voix montant dans les aigus.

Son corps tendu comme jamais bougea d’une drôle de manière, mais bougea comme si les réflexes des heures de précédents combats s’étaient imprimés dans chaque fibre de ses muscles. Elle esquiva mollement, en se penchant vers l’arrière. Ses mains se posèrent doucement sur le sol, puis elle releva les jambes. L’un de ses pieds bloqua le poignet, la garde du cimeterre de Xsar l’empêchant d’utiliser son arme. L’autre jambe s’enroula autour du bras qui tenait la lame. Elle se retrouva tête en bas sous son aisselle, accrochée telle une vipère sur le bras de son adversaire, mais reprit la conversation comme si de rien n’était. Sans doute un effet de l’alcool.

— Tu es vif, Xsar, mais je n’avais pas fini de parler. C’est rude… Est-ce que tu as connu un certain Vorn ? Ou peut-être tes ancêtres ? Je n’arrive pas à mettre un âge sur tes traits.

Xsar ne bougea pas d'un millimètre, malgré le poids soudain de la Nyxide suspendue à son aisselle comme une chauve-souris en cuir et lanières. Il tourna simplement la tête pour la regarder, pendue à l'envers, ses cheveux blancs, et l'araignée paniquée qui s'y cramponnait de toutes ses pattes, obéissant à la gravité. Il y avait une lueur d'amusement froid, presque imperceptible, dans son regard sombre. Cette prise n'était pas académique. Elle n'était pas propre. C'était du combat de rue, du réflexe d'ivrogne... et ça avait marché. Sa lame était bloquée.

Il contracta son bras, dur comme de la roche, la soulevant de quelques centimètres sans le moindre effort pour l'amener à hauteur de ses yeux (inversés).

— Vorn ? répéta-t-il calmement, comme s'ils discutaient autour d'un thé et non dans une clé de bras acrobatique.

Il la détailla, suspendue là, le visage gris rougi par l'afflux de sang et le vin.

— J'ai connu beaucoup de Vorn. Les noms se recyclent à Anthracite, comme les cadavres. Mais si tu parles de celui qui a fini avec plus de chitine que de dignité... Oui. Je l'ai connu.

Son regard se voila, un bref instant, une ombre passant sur ses traits sévères.

— Il était compétent. Rapide. Brutal. Jusqu'à ce qu'il déçoive Famine. C'est le destin de ceux qui cherchent trop la lumière de la Mère : ils finissent transformés en chars d'assaut sans âme.

« Jolie prise, petite tisseuse, » tinta la voix mentale d'Uphek, admirative. « Tu ressembles à un paresseux meurtrier. Et parler d'un Kérate à Xsar... tu cherches vraiment à voir s'il a une limite au blasphème, n'est-ce pas ? Attention à la réception. Il va te secouer. »

Un sourire niais fendit les lèvres de la prêtresse. Elle avait du mal à suivre tout ce qui se disait, tout ce qui se passait, mais elle envoya une vague de rire incontrôlable au Dissonant.

« Moi ?! Un paresseux ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Quand tu le dis on dirait que c’est une insulte… ou de l’affection ? » Puis plus sérieusement : « Qu’est-ce que tu crois, je suis au courant des tensions entre sa femme et lui. Ça pourrait lui redonner le moral. C’est le problème de la polygamie : ma Mère a plusieurs maris, ceux qui ont fait leur temps sont mis de côté. »

Xsar effectua alors une rotation brusque du poignet prisonnier. Ce n'était pas un mouvement de force, mais de levier, une torsion technique conçue pour forcer l'articulation de la cheville adverse.

— Tu as de bons réflexes quand tu ne réfléchis pas, concéda-t-il. Mais tu parles trop quand tu es en position de faiblesse.

D'une secousse sèche de l'épaule, il la décrocha.

— Lâche. Avant que "Cerveau" ne finisse en purée sur mes bottes.

Elle sursauta, déconcentrée, perdant son emprise sur le bras de Xsar. Une fois de plus elle se contorsionna vers l’arrière, ses mains sur le sol, puis ses jambes, dans une pirouette molle mais maîtrisée. Elle se redressa, les mains en l’air, telle une danseuse de ballet. Elle frappa des mains, comme pour donner le tempo, puis se colla une main sur le crâne, pour protéger Cerveau.

— Intéressant, dit-elle en l’écoutant parler de Vorn.

Il fit un pas en arrière pour la laisser retomber (ou se rétablir), reprenant sa garde instantanément.

— Vorn a échoué parce qu'il croyait que sa force suffirait. Toi, tu utilises tes jambes, ton poids, ta souplesse. C'est mieux.

Il pointa à nouveau son cimeterre vers l'araignée sur sa tête, qui s'était recroquevillée sous une mèche de cheveux.

— Deuxième leçon : l'équilibre. Tu as bu. Le monde tourne. Ton adversaire bouge.

Il commença à tourner autour d'elle si vite qu’elle ne perçut qu’un tourbillon gris. Elle fit la grimace et lâcha un : « Merde… » désinvolte.

— Si tu veux survivre à ce soir, tu ne dois pas combattre le vertige. Tu dois devenir le vertige.

Il frappa à nouveau. Cette fois, ce n'était pas un coup unique, mais une série de trois frappes rapides : gauche, droite, et une feinte vicieuse vers le haut du crâne pour tester encore la survie de l'araignée.

La main sur la tête, elle se contorsionna, évita d’un mouvement de hanche le coup sur sa gauche. Elle se mangea le coup sur sa droite, la lame déchira ses vêtements. L’entaille n’était pas profonde, une griffure de chat, petite mais désagréable. Agonie grogna. La morsure la fit décuver un peu plus. Elle lâcha un second grognement en évitant la fente vers le haut de son crâne. Elle exécuta une roulade sur le côté, avec seulement une seule main, et flanqua un coup de pied sur le flanc gauche du Maître d’Armes avant de se rétablir plus loin. Essoufflée, la tête lui tournait, mais elle était plus consciente que jamais.

— Et comment devient-on le vertige ? demanda-t-elle en bonne élève entre deux respirations. J’ai trouvé un Vorn à la Fosse. C’est peut-être celui dont tu parles.

Elle fit quelques pas, la main toujours sur la tête, puis de l’autre s’empara de sa dague.

— Je suis son soutien psychologique, il se reconstruit en ce moment même. Il ne sera pas disponible ce soir, mais si tu veux récupérer un élément important dans les rangs de ton armée, je veux bien te le prêter.

Le coup de pied sur le flanc de Xsar atterrit avec un bruit sourd, un poc étouffé contre le cuir bouilli de son armure légère. Le Maître d'Armes ne grimaça pas, mais le choc le força à pivoter légèrement sur son axe, brisant son enchaînement. Il recula d'un bond, mettant deux mètres entre eux, et abaissa sa lame.

Une goutte de sang violet perla à travers l'entaille dans les vêtements d'Agonie, tachant le tissu sombre. La morsure de l'acier avait eu l'effet d'une gifle froide : l'ivresse refluait juste assez pour laisser la place à la douleur aiguë et à l'adrénaline.

« Un mammifère de la surface, » répondit Uphek à sa question sur le paresseux, sa voix mentale teintée d'une culture encyclopédique inutile. « Il vit pendu la tête en bas, bouge au ralenti et la mousse pousse sur sa fourrure. Mais ses griffes sont des crochets de boucher. Prends-le comme... une observation affectueuse sur ta technique actuelle. »

Xsar, lui, ne souriait pas. Il regarda le flanc où elle l'avait frappé, puis l'égratignure sur son bras à elle.

— Tu as pris une entaille pour sauver l'araignée, nota-t-il. C'est stupide. Dans un vrai combat, tu aurais sacrifié ton crâne pour un animal de compagnie.

Il marqua une pause, ses yeux s'étrécissant.

— Mais tu m'as touché. Le vin t'a rendue fluide. Tu n'as pas anticipé le coup, tu as coulé autour.

À la mention de Vorn, cependant, l'atmosphère de la salle changea du tout au tout. La leçon de combat s'évapora. Xsar rangea lentement son cimeterre dans son fourreau. Le cliquetis du métal contre le cuir résonna fort dans le silence.

— Vorn… répéta-t-il, la voix plus basse, chargée d'un poids ancien.

Il s'approcha d'elle, ignorant sa dague sortie, jusqu'à être tout près. Il ne regardait plus l'araignée "Cerveau", mais bien Agonie, droit dans les yeux.

— Tu as trouvé cette vieille carcasse dans la Fosse... et tu ne l'as pas achevé ? "Soutien psychologique" ?

Il laissa échapper un bref rire sec, sans joie.

— Tu es encore plus folle que ta mère. Les Kérates sont la honte de la Maison. Ils sont faits pour être oubliés, Agonie. Pas pour être... "reconstruits".

Il fit un pas de côté, ramassant un chiffon pour essuyer la sueur sur son front.

— Mais si tu parles sérieusement... Si tu penses pouvoir faire sortir ce char d'assaut de la Fosse sans qu'il ne massacre la moitié de ma garnison...

Il se tourna vers elle, un éclat prédateur et curieux dans le regard.

— ...alors amène-le-moi. Une lame est une lame, même si elle a six pattes et qu'elle pèse une tonne. Et Vorn maniait la lance mieux que quiconque avant sa... chute.

Il jeta le chiffon au sol.

— Comment devient-on le vertige ? Tu viens de le faire. Tu as arrêté d'essayer de tenir debout. Tu as accepté que le sol n'était qu'une suggestion.

Il désigna la porte du menton.

— Va te laver. Tu saignes, tu pues le vin et tu as une soirée mondaine à survivre. Si tu veux jouer les soutiens psychologiques pour monstres, fais-le. Mais sois à l'heure au bal. Ta mère n'aime pas attendre ses jouets.

« Il est tenté, » ajouta Uphek doucement. « Le Maître d'Armes veut revoir son vieux camarade déchu. Tu es en train de lui offrir un péché mignon irrésistible. Bien joué. Maintenant... file. La tenue que je t'ai promise t'attend dans tes quartiers. Et crois-moi, elle va faire parler. »

Un sourire carnassier marqua les lèvres de la combattante en herbe lorsqu’il lui demanda de lui amener le Kérate. Là, ils parlaient la même langue. Elle s’inclina, sans jamais retirer la main de sa tête.

— Je ferai cela. Au début, je resterai pour assister aux entraînements et le guider, ensuite il te suivra. C’est noté. Attention, sa bave fait fondre les métaux…

Elle lâcha cette précision, se rappelant que le monstre avait bavé lors de son rituel avec les oracles. Un éclair de lucidité traversa son esprit.

« Oh, ça va être sympa quand il va commencer à batifoler avec sa petite elfe. Il y a des relations qui ne devraient pas être interdites, ça serait plus simple… »

Elle se redressa en se tenant le côté où elle avait perdu un bout de tissu. Elle leva les yeux au ciel à l’évocation de sa mère.

— Aussi impatiente que moi, celle-là… Oui, le bain chaud ! Viens Cerveau.

D’un pas plus assuré, elle se retourna et traversa les couloirs au pas de course.

Le retour vers ses quartiers fut étrangement fluide. Était-ce l'adrénaline, le vin qui rendait les couloirs moins hostiles, ou la petite araignée violette "Cerveau" qui tirait doucement sur une mèche de cheveux à gauche ou à droite pour lui indiquer le chemin ? Toujours est-il qu'Agonie ne se perdit pas une seule fois. Elle traversa le dédale de la Maison Xarann comme si elle en était l'architecte, guidée par son nouveau copilote à huit pattes.

Elle entra dans ses appartements en trombe. Les servantes n'étaient pas là, respectant son désir de solitude ou peut-être terrifiées par ses exploits de la journée.

Sur son lit, une boîte longue et plate en bois noir laqué l'attendait. Il n'y avait pas de carte, pas de mot. Juste la signature psychique d'Uphek qui flottait autour, froide et élégante.

Agonie se débarrassa de ses vêtements souillés d'un geste rageur. L'entaille sur son flanc piquait, le sang avait séché, collé à la peau.

Elle ne prit pas le temps de savourer le bain cette fois. Ce fut efficace, brutal. L'eau chaude devint rosée alors qu'elle frottait la graisse de cuisine et la poussière de la salle d'entraînement. Elle sortit, la peau rouge, l'esprit un peu plus clair mais toujours vibrant de cette énergie électrique.

Le moment de la préparation solitaire commença.

Devant le grand miroir d'argent terni, elle se maquilla seule. Pas de poudres délicates appliquées par des mains serviles. Elle traça ses yeux au kohl noir avec des gestes secs, étirant les lignes vers les tempes pour se donner un regard félin, presque reptilien. Ses lèvres furent peintes de la couleur du sang séché.

Puis, vint la coiffure.

Elle n'eut pas besoin de lutter avec "Cerveau". Alors qu'elle tressait ses cheveux blancs en une couronne complexe et sauvage, l'araignée violette se déplaça d'elle-même pour venir se nicher au centre de l'ouvrage, juste au-dessus de son front. Ses pattes se mêlèrent aux mèches, et elle s'immobilisa, devenant un bijou vivant, pulsant d'une faible lueur magique. C'était terrifiant. C'était parfait.

Enfin, Agonie ouvrit la boîte noire.

À l'intérieur, la tenue choisie par le Dissonant. Ce n'était pas une robe de prêtresse traditionnelle. C'était une seconde peau. Un tissu qui semblait tissé avec des ombres et des reflets de nacre violette. La coupe était asymétrique, scandaleuse et guerrière : une épaule nue, l'autre couverte d'une manche longue qui se terminait en mitaine griffue. Le dos était largement ouvert, exposant ses cicatrices de fouet et sa musculature, mais le devant remontait en un col rigide qui encadrait son port de tête altier. La jupe était fendue haut sur la cuisse, permettant le mouvement, le combat... ou la séduction prédatrice. Et caché dans les plis, à portée de main, un fourreau discret pour sa dague, et un anneau pour son fouet.

C'était une tenue faite pour l'Angle Mort. Une tenue faite pour être vue, mais impossible à saisir.

Quand elle l'enfila, le tissu s'ajusta à son corps comme s'il était vivant.

Elle se regarda dans le miroir. Elle ne ressemblait plus à une prêtresse en fuite ou à une élève éméchée. Elle ressemblait à une sentence silencieuse.

« …Oh. C'est encore mieux que ce que j'avais visualisé, » résonna la voix d'Uphek, basse et appréciative. « Tu es une lame enveloppée de soie, Agonie. Nyloth ne verra même pas qu'il saigne avant d'être vidé. »

Il marqua une pause.

« Le bal a commencé. La musique est médiocre, le vin est passable, et ta mère est assise sur son trône comme une idole de pierre. Nyloth parade. Ils n'attendent plus que toi pour que la pièce de théâtre commence vraiment. »

Agonie était propre. Elle était armée. Elle avait une araignée sur la tête et un Dissonant dans le crâne.

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