Chapitre 16 - Le plan cosmique
/!\Avertissement : L'étreinte se resserre. Ce chapitre 16 contient des scènes érotiques détaillées, destinées exclusivement à un public majeur et averti /!\
Le Dissonant utilisa son pouvoir pour ouvrir la porte de pierre sans la toucher, puis la referma sans bruit dès qu'elle fut entrée, étouffant les rumeurs du palais. L'air, dans la chambre, sentait le bois rare, l'encre et une touche d'ozone froid. Agonie se tenait au centre de la pièce, absorbant l'atmosphère du monarque d’une réalité lointaine. Elle refusa de montrer à quel point elle était subjuguée par ce calme.
Elle se déchaussa pour mieux sentir la pierre sous ses pieds et la douceur des tapis de mousse noire. Elle se délesta de sa dague rituelle et de son fouet qu’elle posa mollement sur une table basse, reportant son attention sur son hôte.
Uphek lui tendit une coupe de vin sombre, ses yeux orange luisant dans la pénombre feutrée. Il avait promis de raconter son ascension en échange du récit de son cauchemar.
L'atmosphère était chargée, un mélange d'intimité interdite et de célébration après une victoire politique majeure contre Nyloth. Uphek s'assit sur le bord de son bureau de pierre, une posture décontractée qu'il ne se permettrait jamais en public.
Agonie se rapprocha, attrapa doucement le calice qu’il pointait vers elle et but une gorgée. Ses papilles s’activèrent ; cette boisson était un délice complexe, incomparable avec les vins de champignon consommés plus tôt. La surprise sur son visage se mua en une concentration intense. Elle hésita quelques instants, puis regarda Uphek. Sa main grise, cherchant un contact, se posa élégamment sur le genou du Dissonant, couvert par la soie de sa robe.
Uphek prit une gorgée, ses tentacules frémissants légèrement.
— Nous avons quelques heures avant que l'aube ne rappelle tout le monde à l'ordre, dit-il, sa voix mentale résonnant doucement. Nyloth ne dort pas, ta Mère complote, et la petite Ilyndra murmure probablement à ton araignée à l'heure qu'il est. Tu voulais savoir comment je suis passé de l'ombre à la lumière en une matinée. C'est simple : j'ai vu une fissure, et je m'y suis glissé. Exactement comme tu me l'as appris. Mais avant que je ne t'en dise plus... Parle-moi de ce cri qui t'a réveillée. De ce rêve. Je sens encore son écho sur ta peau, Agonie. Qu'as-tu vu qui puisse effrayer une prêtresse capable de se moucher dans un arrêt de mort ?
— Ce rêve… Je n'ai pas vraiment dormi, j'ai eu une cérémonie, une prophétie, commença-t-elle, sa voix basse. D'abord, la pierre a cédé à ma place, comme si la cité acceptait ma douleur. Puis, dans les bains, l'eau chaude s'est figée, révélant un froid sépulcral, dormant en dessous : j'y ai vu deux reflets de moi, l'un parfait, l'autre dévoré par le gris, l’empreinte de la mort. Mais surtout, j'ai vu les fils. Les fils de la Mère-Vorace, d'Anthracite, et le nôtre, le violet. Quand les autres se sont tendus pour m'étrangler, seul le nôtre n'a pas rompu. Il est devenu un anneau d'améthyste et d'obsidienne autour de mon poignet. C'est une promesse, une armure, qui ne vient pas des cieux. Aide-moi à comprendre cet oubli des dieux.
L'atmosphère de la pièce changea imperceptiblement au moment où la main d'Agonie se posa sur le genou de la créature. Uphek ne recula pas, au contraire, il se figea. Agonie sentit qu’il se contractait, sans doute inhabitué aux contacts physiques volontaires, mais il ne la repoussa pas. L'un de ses tentacules se détacha lentement de la masse faciale pour venir s'enrouler, froid et sinueux, autour de son poignet, exactement à l'endroit où elle avait senti l'anneau onirique se resserrer.
Il ouvrit son esprit, et Agonie sentit une pression statique contre ses tempes, comme si quelqu'un pressait doucement contre l'intérieur de son crâne pour mieux voir les images qu'elle décrivait.
Lorsqu'elle eut fini, Uphek exerça une légère pression sur son pouls.
— Tu as vu ta propre mort dans ce miroir, Agonie, dit-il, sa voix mentale résonnant avec une gravité nouvelle. Ce reflet dévoré par le gris... c'est ce qui t'attend si tu coupes les fils rouges de la Déesse. La non-vie. Ou quelque chose de pire.
Il pencha son visage sans nez vers le sien.
— Mais l'anneau... L'anneau d'améthyste. C'est un pacte. Tu l'as tissé avec ta propre volonté, en utilisant ma couleur. Tu me demandes de t'aider à comprendre cet oubli des dieux ? C'est simple. Les dieux ne t'ont pas oubliée. Tu as juste décidé, pour la première fois, de ne plus les écouter. Et dans ce silence... tu as entendu autre chose.
— Ma propre mort ?... La non-vie ? Ça semble dangereux. Je ne couperai pas le fil rouge tout de suite alors, j’ai trop de choses à faire, répondit-elle, concentrée. Et ça ne fait que cinquante ans que ta voix résonne dans ma tête… ce n’est qu’un battement de cil, dans la vie d’une Nyxide.
Il pencha son visage vers le sien, et elle eut du mal à retenir la pression à l’intérieur de son corps. Heureusement, il relâcha son poignet à ce moment.
— J’ai entendu autre chose ? Hum… ce n’est pas évident de rêver éveillée. Je ne dois pas être assez forte, du moins, ma magie ne doit pas être assez puissante. Pour l’instant. J’ai tissé l’anneau d’améthyste avec ma volonté, mais j’y ai ajouté ta couleur. Je t’ai ajouté à l’équation, Uphek. Dois-je m’excuser ? demanda-t-elle, son regard se faisant presque suppliant. Je me suis accrochée à ce que je jugeais plus puissant que moi. Ton intellect est en effet supérieur, mais la magie qui t’entoure l’est tout autant… notamment aujourd’hui.
Sa main glissa du genou de la créature, et dans un soupir, elle posa la tête sur son épaule. Perdue.
Uphek ne bougea pas d'un millimètre sous le poids de sa tête. Au contraire, sa posture se relâcha pour offrir un support plus stable. Un de ses tentacules vint effleurer ses cheveux blancs.
« T'excuser ? résonna sa voix mentale, douce et grave. Tu as utilisé ce qui était disponible pour survivre. C'est la première loi des Profondeurs. Pour ma magie... c'est simple. Ta Mère achète son sommeil. Je suis le seul à pouvoir faire taire les voix dans sa tête paranoïaque. Je lui vends du silence et de l'ordre. »
Sa main grise, aux longs doigts fins, recouvrit entièrement celle d'Agonie.
— Tu lui vends du silence… tu m’offres ta lumière. Sans jamais rien exiger en retour. Tu vaux mieux que tous les habitants de cette maudite cité… dit-elle à mi-voix.
— Quant à ce "froid sépulcral" et à la non-vie... Nous avons quelques heures avant l'aube. Juste nous. Sans oracles, sans Famine, sans araignée.
Il serra doucement ses doigts.
— Montre-moi ce reflet qui t'effraie tant. Laisse-moi regarder dans ce miroir avec toi. Si le fil doit rompre, je veux voir ce qu'il y a de l'autre côté.
Immobile quelques instants encore, elle ferma les yeux sous la caresse du tentacule. Sentant sa tête presque frôler ses tresses, elle frissonna.
Puis ses yeux se posèrent sur la main qu’elle n’avait jusque-là pas encore remarquée. Les doigts longs et crochus d’Uphek recouvrirent les siens. Son cœur rata un battement tandis que l’air de la pièce se mit à vibrer de cette énergie psionique.
Alors Agonie retrouva le sourire.
Elle se redressa, pivota, colla un peu plus ses doigts entre ceux d’Uphek. Refermant son emprise, elle s’éloigna de la table et le tira doucement vers elle, vers ce tas de coussins qui lui faisait de l’œil depuis qu’elle avait pénétré les lieux. Abandonnant toutes ses doctrines, sa voix roula, tendre, intime. Son regard s’embrasa.
— Je te montrerai tout ce que tu désires… si tu veux bien que l’on profite du confort de ce domaine.
Uphek se laissa tirer sans la moindre résistance. Il y avait quelque chose de fascinant à voir ce prédateur psionique, capable de broyer l'esprit d'une Matrone, se laisser guider par la main d'une Nyxide vers un tas de coussins. Il ne s'allongea pas comme un humanoïde ; il s'installa à ses côtés, à demi penché au-dessus d'elle, créant un dôme protecteur de robes sombres et de présence d'outre-monde.
L'air se chargea d'électricité statique. Il ne lâcha pas sa main. Ses doigts s'entrelacèrent plus fermement aux siens. Ses tentacules faciaux descendirent lentement, effleurant ses joues, son front, avec une délicatesse infinie. C'était froid, humide, mais étrangement ancrant.
— Montre-moi, murmura-t-il, sa voix résonnant désormais directement au centre de son esprit, claire comme du cristal. Il positionna ses tentacules autour de ses tempes, scellant la connexion.
— Montre-moi ce miroir. Montre-moi la non-vie. Et montre-moi... nous.
Le monde physique s'estompa.
Allongée sur un tas de coussins de soie noire, Agonie avait d’abord perçu une gravité douce, presque capricieuse. Autour d’elle, l’espace ressemblait à une mer immobile de clarté nacrée, sans soleil ni ombre stable. Des arcs brisés et des dalles flottantes dérivaient lentement, ruines impossibles suspendues dans le vide.
Elle avait levé les yeux, et il y avait eu ce « ciel », immense, impossible à mesurer. Pas une voûte de pierre, mais une profondeur ouverte, constellée de points fixes et de traînées pâles, comme des bijoux froids plantés dans la nuit. Agonie n’avait jamais vu le ciel. Et ce silence d’étoiles avait eu quelque chose de presque violent. Elle se blottit littéralement dans les bras d’Uphek, incapable de s’exprimer.
Il referma ses bras autour d'elle, son étreinte aussi solide que la pierre, mais infiniment plus douce. Il était le seul point fixe dans cet univers qui n'avait ni haut, ni bas.
« Tu trembles, » résonna sa voix, non pas comme un son, mais comme une vibration directe dans l'âme d'Agonie. « C'est le Ciel. Le vrai. Pas le plafond de roche humide d'Anthracite qui t'écrase depuis ta naissance. C'est l'infini. C'est de là que viennent les miens... et c'est là que vont les rêves qui sont trop grands pour des cavernes. »
— Le ciel, répéta-t-elle… je ne pensais pas qu’il existait vraiment. Tu viens de ces diamants infinis qui brillent au-dessus de nos têtes ? Mes cavernes doivent te paraître bien ternes…
De sa main libre elle se couvrit les yeux comme si l’immensité de ce ciel était trop lumineuse.
« Respire, armure. Je suis ton ancre. Tu ne tomberas pas vers le haut, » la rassura-t-il, apaisant sa panique primitive.
Il la laissa s'habituer quelques instants. Puis, doucement, il modifia le décor. Le ciel d'étoiles s'assombrit légèrement. Les dalles flottantes se rassemblèrent pour former une plateforme stable.
—Je t'ai montré mon ciel. Maintenant... montre-moi ton enfer, lui dit-il.
La matière mentale commença à onduler. Hésitante, Agonie regarda la matière mentale onduler, puis le maître des lieux. Sa main droite saisit la gauche du Dissonant.
— Alors ne me lâche pas.
Puis elle tendit l’autre main vers le liquide : La salle d’armes de Xsar se matérialisa. Une version fantomatique d’Agonie s'y matérialisa. Elle encaissait les coups d’un adversaire invisible et à chaque impact, la pierre du sol se nervurait de veines noires. Se fissurait, se craquelait.
— La pierre se fissure… pas moi, annonça-t-elle.
Uphek serra sa main.
« C'est fascinant... » commenta-t-il, sa voix résonnant comme un écho. « Tu ne te contentes pas de bloquer la douleur. Tu la transfères. Tu fais payer la cité pour chaque coup que tu reçois. C'est la marque d'un tyran... ou d'un libérateur. La pierre se fissure parce que tu deviens trop grande pour la cage. »
Il fit un geste lent, et le décor de la salle d'entraînement se dissolu, remplacé par une surface liquide, noire et parfaitement lisse.
« Mais ce n'est pas la pierre qui t'a fait hurler, » murmura-t-il. « C'est ce qu'il y a dessous. Regarde. Le bain. L'eau qui se fige. Montre-moi ce reflet qui n'est pas toi. Montre-moi la non-vie. »
Agonie ferma les yeux pour invoquer cette autre version. L’air se glaça, le givre vint lécher les pans de sa robe et pétrifia la surface de l’eau onirique. Une silhouette apparut à quelques mètres d’eux, de dos, sur la glace, mais elle se tourna aux trois quarts.
C'était la même silhouette Nyxide, la même élégance taillée pour le pouvoir, mais refroidie, rendue presque cérémonielle. Ses yeux, plus pâles, n’avaient pas l’absence des morts, mais la discipline d’un ordre imposé. Une perfection trop nette. Agonie sentit une répulsion sèche. Non pas la peur d’être détruite, mais la peur d’être réussie par la main d’un autre.
Un détail qui lui avait échappé dans le rêve se matérialisa. Elle le tenait contre elle comme on serre un secret qui a du poids. Le miroir n’avait aucune teinte. Juste une surface pure, froide, implacablement claire, polie à un niveau presque inhumain. Son cadre, en métal noir, était gravé d’arabesques osseuses. Au dos, un symbole ancien, trop anguleux pour être Nyxide, reposait sous une patine sombre.
— Ce n’était pas dans le rêve ! Regarde Uphek, elle tient quelque chose, s’écria-t-elle en pointant de sa main libre l’objet.
Uphek resserra sa prise.
« Elle est... domestiquée, lâcha-t-il avec un dégoût non dissimulé. Elle a perdu tout son feu. C'est une statue magnifique, mais ce n'est plus toi. Un miroir... Ce n'était pas là avant parce que tu n'étais pas prête à le voir. Ou parce que LUI ne te l'avait pas encore offert, » murmura mentalement Uphek.
Il plissa les yeux.
« Ce n'est pas de l'elfique. Ni de l'abyssal. C'est du langage humain, très ancien. Une langue de sable et de tombes scellées. Cela ne vient pas de la Mère-Vorace. »
Soudain, la silhouette sur la glace pivota lentement sur ses talons. Elle regarda le miroir qu'elle tenait, puis le tendit vers eux, tournant la surface polie dans leur direction.
La surface limpide refléta Agonie telle qu'elle était à l'instant présent : blottie contre le Dissonant, échevelée, vivante, terrifiée mais libre. Mais derrière leur reflet, dans la profondeur du verre, une ombre immense, squelettique et drapée de lambeaux antiques semblait attendre.
« Ne regarde pas trop profond ! » ordonna Uphek, sa voix mentale claquant.
Il dressa instantanément un mur mental, une barrière d'améthyste translucide entre eux et la vision.
« Cet objet... c'est une porte, Agonie. Une porte vers quelque chose qui a très faim de ton potentiel. »
L'autre Agonie baissa le miroir, et pour la première fois, un sourire étira ses lèvres pâles, un sourire qui promettait des retrouvailles.
Puis, tout éclata en brume.
Agonie et Uphek se retrouvèrent brusquement dans la réalité matérielle de la chambre, sur les coussins de soie noire. Ils étaient toujours enlacés, les mains soudées, le souffle court.
Uphek ne la lâcha pas tout de suite.
— Ce n'était pas un simple cauchemar, dit-il à voix haute, sa voix rauque brisant le silence. Tu es courtisée, Agonie. Par une puissance qui n'a rien à voir avec notre monde souterrain. Ce miroir... ce symbole du désert... Si tu acceptes ce "pacte de fer", tu ne seras plus l'esclave de la Déesse, c'est certain. Mais tu devras veiller à ne pas devenir cette statue de glace que nous avons vue.
Il se recula légèrement pour la laisser respirer, mais garda une main sur la sienne.
— Le spectacle est terminé. L'aube approche. Tu as vu ton "enfer". Et tu en es revenue.
Agonie resta immobile une demi-seconde. Ses doigts serrèrent ceux d’Uphek jusqu’à la limite du douloureux. « Domestiquée… » pensa-t-elle, et le mot eut un goût de poison. « Une statue magnifique. Voilà donc à quoi ressemble une victoire volée. »
— Ce miroir n’avait aucune teinte, murmura-t-elle enfin. Il ne mentait pas. Il montrait une porte. Et une faim.
Son regard revint sur Uphek, dur, lucide.
— Si tu fuis la Mère-Vorace pour devenir l’outil d’un autre… ce n’est pas une ascension. C’est une autre cage.
Elle se rapprocha de lui, son front effleurant son épaule.
— Tu as raison, dit-elle bas. Je veillerai à ne pas devenir cette chose-là. Mais pas maintenant.
Ses doigts glissèrent dans les siens, plus tendres, presque possessifs.
— L’aube approche, et demain peut m’arracher à tout ce que je suis encore.
Elle releva les yeux vers lui.
— Alors cette nuit… tu es ma priorité.
Uphek accueillit sa colère muée en désir.
— Une priorité... répéta-t-il, savourant le mot. C'est dangereux, Agonie. Tu risques de t'y habituer.
Le rideau de tentacules se referma sur eux. Agonie renversa la tête en arrière, offrant sa gorge aux caresses sinueuses d'Uphek. Ses appendices glissèrent sur sa peau sombre, suivant la ligne de son pouls.
Il ne la déshabilla pas comme un amant ordinaire. Il utilisa son esprit. Agonie sentit la soie de sa robe glisser sur ses épaules sans qu'il ait bougé un doigt. Chaque centimètre de peau dévoilé était immédiatement accueilli par une vague de chaleur psionique, une caresse mentale qui remplaçait le toucher.
« Tu goûtes le chaos, Agonie... » murmura-t-il directement dans son esprit. « C'est... épicé. »
Il posa son front contre le sien, et ses tentacules vinrent ventouser délicatement ses tempes et la base de sa nuque. L'instant d'après, la barrière entre leurs deux êtres vola en éclats.
Ce ne fut pas une pénétration physique, mais une invasion exquise. Agonie sentit l'esprit d'Uphek couler en elle comme du mercure liquide. Il inonda ses sens, jouant de son système nerveux comme d'une harpe. Chaque caresse physique de ses mains grises sur ses hanches se répercutait dans son esprit comme une explosion de couleurs. Chaque frôlement de ses tentacules envoyait des décharges de plaisir froid.
Elle, en retour, projeta son désir brut, sans filtre. Elle lui offrit sa faim, sa violence, son adrénaline et sa peur. Et Uphek s'en nourrit, transformant sa douleur et sa fatigue en une euphorie planante.
« Plus... » exigea-t-elle, ou peut-être fut-ce lui.
Dans cette transe partagée, les corps n'étaient plus que des ancres pour des âmes qui s'entremêlaient. Lorsque l'intensité finit par s'apaiser, elle se mua en cette dérive lente, ce sommeil éveillé dont Uphek avait parlé.
Il la garda contre lui, ses tentacules reposant paresseusement sur ses épaules, agissant comme une couverture vivante. Il continuait de murmurer des images apaisantes dans son esprit. Pour Agonie, lovée dans les bras du prédateur mental, c'était la première nuit de paix absolue qu'elle n'ait jamais connue.

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