9.

2 minutes de lecture

— Vous m’accompagnez au marché ? Je pensais préparer un pot-au-feu pour le déjeuner, qu’en dites-vous ? propose amicalement Léandre.

Sarah hoche timidement la tête.

— Pourquoi est-ce si dur ? murmure-t-elle en baissant les yeux vers le fond de sa tasse.

Un léger sourire en coin se dessine sur le visage de Léandre qui reprend :

— Parce que cela nous fait du bien.

Sarah lève les yeux, intriguée.

— Même cette douleur ? demande-t-elle.

— Même cette douleur, répond-il. Elle nous rattache à l’amour que nous portions à Henry. Les souvenirs seuls ne suffisent pas, ce pincement au cœur est le témoin vivant de sa présence dans nos vies.

Il pose doucement sa main sur celle de Sarah et pointe de l’autre l’anneau serti d’une émeraude à son annulaire.

— Henry m’a offert cette bague en me promettant qu’un jour il m’épouserait. Même s’il ne pourra pas tenir cette promesse, je sais au fond de moi qu’il était sincère.

Sarah contemple l’anneau. L’éclat vif de la pierre semble tracer un pont fragile entre passé et présent. Son estomac se noue, son esprit traduisant l’annonce des fiançailles comme un coup inattendu, presque insoutenable.

— Ma conscience me hurle de lui en vouloir, dit-elle avec tristesse.

Elle retire sa main et se tourne vers la baie vitrée. La mer s’étend, flamboyante dans la lumière du petit matin.

— Je déteste cette douleur, ajoute-t-elle dans un souffle tremblant. Elle me rappelle qu’il n’est plus là, que je ne pourrai plus jamais le serrer dans mes bras, l’embrasser… je la hais plus que tout !

— Mépriser cette douleur ne le ramènera pas, répond calmement Léandre.

— Peut-être… mais c’est ainsi.

Une larme glisse sur la joue de Sarah et Léandre baisse les yeux, partageant silencieusement sa peine.

Sous l’eau chaude de la douche, Sarah tente de retrouver contenance. Les mots de Léandre résonnent dans sa tête, provoquant à la fois colère et réconfort. Plus elle réfléchit, plus la douleur semble la gagner.

Après un effort surhumain, elle se prépare et le rejoint dans l’entrée.

— Je pense que vous allez apprécier la balade. Le marché est typique de la région et on y trouve une grande variété de produits locaux.

Sarah hoche la tête en esquissant un sourire timide. La tonalité calme de Léandre l’apaise, mais le pincement au cœur persiste.

En sortant, Léandre et Susie s’élancent sur le petit chemin sablonneux qui longe la dune. Sarah peine à suivre, ses chaussures à talons n’étant pas adaptées au terrain. Léandre, les pieds nus, tient entre ses mains une paire de chaussures bateau bleu marine.

Décidée à retirer les siennes, Sarah perd l’équilibre et bascule dans la dune, éclatant en sanglots. Léandre se précipite vers elle, mais elle le repousse instinctivement, submergée par l’émotion et la frustration. Ses mains creusent le sable, ses larmes coulent librement, et pour la première fois depuis longtemps, elle se sent complètement vulnérable.

Annotations

Vous aimez lire Raphaël HARY ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0