Chapitre 10

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Nous voilà en train de marcher côte à côte dans les rues. Aucun de nous n’a ouvert la bouche depuis que nous sommes sortis du commissariat. On arpente la ville en silence.

Nous ne sommes pas les seuls à profiter de la chaleur de ce début d’été. Les trottoirs sont bondés de jeunes qui n’ont pas ou qui sèchent les cours de fin d’année. Des couples profitent des rayons pour se prélasser en terrasse tandis que les plus solitaires lisent sur les bancs.

J’ai toujours apprécié cette mixité dans les grandes villes. Personne ne se ressemble et pourtant, tout le monde cohabite. Nous sommes différents de nos voisins et pourtant, nous leur disons bonjour tous les matins en les croisant. Il est chaleureux de voir tout ce monde vivre les uns aux côtés des autres.

Je sais très bien par expérience que le monde n’est pas tout blanc, loin de là. Seulement, il y a des moments où je me dis qu’il n’est pas si mal. Parfois, mon âge ne me pèse pas autant qu’à d’autres moments. Je me sens presque chanceuse d’avoir vu les époques arriver et changer.

Me voilà aujourd’hui, appartenant toujours à ce monde, à côté de cet homme que je ne connais pas et qui pourtant est en résonance avec moi. Il avance d’une démarche assurée. Les filles sur notre passage le reluquent sans se gêner. Ses yeux dorés ne les dérangent pas. Je sais que mon physique fait aussi tourner quelques têtes seulement la vue de mes yeux rouges calment vite les ardeurs de certains. Si certains prennent ça comme un défi de m’approcher, beaucoup préfèrent passer leur route.

— Tu ne dis rien ? je finis par demander sur le chemin.

— C’est toi qui as voulu sortir, je te rappelle.

Touché. J’ai fait ça sans trop réfléchir, enfin surtout pour écouter Derek. Je regarde mon téléphone. Cela fait dix minutes qu’ils sont partis avec Garidech. Ils ne doivent pas encore être arrivés à l’entrepôt, je lui enverrai un message plus tard.

— Alors comme ça tu as une fille ?

Il se crispe. J’avoue que parler de sa fille qui a disparu n’était peut-être pas la meilleure idée.

— Je devrais être en train de la chercher en ce moment.

— On va la retrouver, je lui assure. Mais là, on ne peut rien faire. On doit attendre le retour de mon coéquipier. On a besoin d’une nouvelle piste.

On nous apprend à notre entrée dans la police à ne pas faire des promesses que nous ne sommes pas certains de pouvoir tenir, seulement, je ne peux penser qu’on ne la retrouvera pas.

Depuis la dernière nuit et encore plus depuis que nous nous sommes retrouvés, j’ai l’impression de pouvoir lire ses émotions. Je les ressens comme si elles étaient miennes. Je parviens à les différencier de ce que je ressens vraiment, mais je sens son angoisse, sa peur et sa colère. Il accumule tout.

— Je l’ai laissée seule seulement quelques instants. J’avais juste besoin de souffler un peu.

— Et sa mère ? Elle ne pouvait pas t’épauler ? Prendre le relais ?

— Elle est partie. Elle a disparu de nos vies quand Esmée a eu cinq ans.

— Et elle a quel âge aujourd’hui ?

— Elle aura dix ans dans deux mois.

Le silence revient entre nous. Je ne sais quoi ajouter. Je sens bien qu’il est difficile pour lui de parler de sa fille et je n'ose pas demander pourquoi la mère est partie. J’ai senti, en l’évoquant, toute la colère qu’il ressent envers elle.

Il y a en lui cette amertume qui s’agrège. Il la conserve, tente de la canaliser dans un coin sauf qu’elle ne fait que grandir. Elle se transforme en colère, en haine. Plus il y pense et plus elle devient forte.

À côté de moi, il se tend. Les muscles de son dos se crispent, ses épaules sont remontées. Ses mains se contractent par intermittence. Les os de ses doigts craquent les uns après les autres.

Il bout. Littéralement. La chaleur qui émane de lui est de plus en plus forte. Le soleil d’été répand sa chaleur sur terre, mais il est loin de celle qui émane de lui en ce moment.

Son poing se serre. Ses phalanges deviennent blanches alors que les veines de ses bras sortent et pulsent.

Ses yeux dorés sont allumés d’éclairs qui strient son regard. Il va exploser.

Alors qu’il lève le poing pour frapper l’arbre de l’avenue, je me place devant lui, pose mes mains en coupe sur son visage et plonge mon regard dans le sien.

Je m’accroche à ce lien qui nous unit et tente de lui transmettre ma tempérance. S’il peut me donner ses émotions, je dois moi aussi pouvoir lui passer les miennes. Je garde mon calme et prends de longues inspirations sans jamais lâcher son regard.

Nous restons ainsi un moment, oubliant la foule autour de nous, oubliant les passants qui se sont enfuis en le voyant lever le poing. Il n’y a plus que nous. Seul ce qui nous unit compte.

Il finit par baisser le bras et imiter ma respiration. Sa colère disparaît peu à peu. Son esprit n’est plus parasité par ses émotions. Il reprend le contrôle. Lorsque je sens que je peux le lâcher, je retire mes mains. Il me les attrape aussitôt et les garde posées contre lui. Il ferme les yeux lentement alors que ses pouces viennent caresser le dos de mes mains. Il a la peau douce. Son contact est léger.

— Tu n’aurais pas dû t’enfuir, lâche-t-il sans rouvrir les yeux.

Sa voix est grave, presque tremblante.

Le lien unissant un vampire à un loup-garou est quelque chose d’unique. Une fois déclaré, plus rien ne peut le briser. Les deux espèces sont complémentaires et permettent à l’autre de pouvoir vivre. Dans un lien, le loup-garou permet au vampire de mieux contrôler sa soif de sang, tandis que le vampire permet au loup-garou de repousser son côté sauvage.

— Je ne pouvais pas risquer d’être blessée à nouveau…

— Je t’aurai protégée.

Il ouvre ses paupières. Ses yeux dorés happent les miens. J’y lis toute la conviction qu’il y met. Une part de moi est apeurée de le laisser approcher. Une autre ne souhaite qu’une chose : accepter ce lien qui nous unit et l’accueillir lui.

— Tu ne peux pas me le promettre.

— Bien sûr que si. Laisse une chance à ce qui nous unit. Le lien qui se forme entre un loup-garou et un vampire ne se trompe jamais.

— Ne me laisse pas, je finis par accepter.

Sans que je ne puisse le repousser, il pose ses lèvres sur les miennes. Il m’embrasse tout en douceur. Il n’y a plus rien de la sauvagerie qui l’animait quelques instants plus tôt.

Je me laisse aller à la douceur de son élan. Mes doigts viennent se perdre dans ses cheveux et s’emmêlent dans ses mèches les plus longues.

Toute la tension que je ressentais depuis ces deux années disparaît instantanément. Je me sens plus légère. Ses bras m’enveloppent. Je me sens comme dans un cocon. J’ai l’impression d’être à l’abri.

C’est une sensation que je ne connaissais plus. Elle s’insinue au fond de moi et s’installe précieusement. Je sais qu’elle vient de lui.

Nous finissons par nous écarter l’un de l’autre. Je vois dans son regard une nouvelle étincelle. Une étincelle qui allume en lui le même feu qui brûle dans mon bas-ventre. Nous étions sur le point de nous unir intimement lorsque je me suis enfuie il y a deux ans. Maintenant, lui comme moi, nous voulons retourner à cet instant précis.

Nous pourrions rejoindre mon appartement, mais impossible de le ramener au clan sans risque.

— Suis-moi, souffle-t-il.

Il m’attrape par la main et m’entraîne à sa suite. Il marche vite. Il sait où il va et veut le rejoindre le plus rapidement possible.

Ses doigts, entrelacés aux miens, me donnent une étrange sensation de bien-être, j’ai l’impression d’être à ma place à ses côtés. Je n’avais plus ressenti cette émotion depuis de nombreuses années déjà.

Ses cheveux luisent sous la lumière du soleil. Son dos droit et ses épaules larges me cachent la direction que nous prenons.

Il finit par ralentir devant une devanture. Je me décale de quelques pas pour découvrir l’avant d’un petit cabinet médical. Silas plonge sa main dans sa poche et en sort une petite clef accrochée à un porte-clefs fait main en forme d’étoile.

C’est vrai que je n’ai jamais cherché à savoir ce qu’il fait dans la vie. J’ai bien ma réponse lorsqu’en entrant, un petit écriteau sur la porte de droite montre le nom de Dr.Meldonne.

Je n’ai pas le temps de plus le questionner que ça qu’il m’entraîne jusqu’au fond du couloir. Il déverrouille cette nouvelle porte et nous fait entrer dans un studio à l’arrière. Une baie vitrée donne sur une cour intérieure où une table et deux chaises prennent le soleil.

Silas referme la porte derrière nous avant de venir coller son corps au mien. Sa main droite vient se poser à l’arrière de ma tête tandis que l’autre s’aventure dans le bas de mon dos.

La chaleur m’envahit aussitôt et enivre mes sens. J’ai envie de plus. Je veux sentir sa peau contre la mienne. Je veux pouvoir goûter son parfum. Je veux connaître chaque parcelle de son corps.

Mes propres mains se nouent derrière sa nuque et je m’avance pour poser mes lèvres sur les siennes. Nous échangeons un baiser tout en douceur. Un baiser porteur de promesses, de tendresse et de sensualité. Nos langues se rencontrent, se laissent puis reviennent à la charge.

Sa main passe sous mon haut et sa paume caresse lentement mon dos, me procurant une sensation de plaisir qui électrise ma colonne.

Je suis la première à craquer. Je dénoue mes mains pour lui faire retirer son tee-shirt. Je découvre un ventre parfaitement plat qui pourrait faire saliver n’importe qui.

Il m’aide à retirer le mien à mon tour avant de nous pousser gentiment en direction du lit. Je rebondis lorsque mon dos entre en contact avec le matelas alors que Silas se penche au-dessus de moi. Et merde, qu’est-ce qu’il est beau.

Sa bouche revient à l’assaut de la mienne, ses doigts effleurent mon corps, me procurent des frissons de plaisir. Je voudrais que ce moment dure une éternité.

Je déboutonne son jean, et enlève mon pantalon pendant qu’il en fait de même avec le sien. Il est temps pour nous de finir ce que nous avions commencé il y a deux ans. Je veux connaître cette sensation avec lui.

Lorsque nos corps s’unissent, j’ai l’impression d’être enfin complète, d’être entière. Le sentir en moi est… Je n’ai pas les mots. C’est la première fois que je ressens une telle chose au lit avec quelqu’un.

Nos corps sont faits pour aller ensemble, il n’y a aucun doute. Je me sens tellement bien, entre ses bras, contre lui, avec lui. Tout devient évident dans mon esprit et je comprends que je n’aurai jamais dû m’enfuir la première fois.

Nos âmes vibrent à l’unisson alors que nos corps se découvrent. Nous sommes liés. Nous le sommes à vie.

Son bassin ondule contre le mien, me procurant un plaisir que je ne pourrais avouer. Son regard pétille. Lorsque nos yeux se rencontrent, je lis tout le désir qu’il éprouve, tout le plaisir qu’il ressent.

Je le sens également au fond de moi. Le lien qui nous unit me rapporte ses envies. Je sens son désir vibrer au rythme du mien. Je sens son plaisir surfer sur les vagues du mien.

J’ai l’impression de ne faire qu’un avec lui.

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