Chapitre 13

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— Où sont les enfants ? je m’écrie en tapant la main contre la table.

Ruben se trouve en face de moi dans la salle d’interrogatoire. Nous ne l’avons pas drogué comme on le ferait avec un autre vampire pour éviter qu’il s’échappe ou s’en prenne à un des agents du poste. Cette fois-ci, j’ai pu jouer la carte Silas. La capitaine a accepté qu’il reste avec moi pour le surveiller vu qu’un loup-garou aura toujours plus de force qu’un vampire.

Il se tient donc là, appuyé contre la porte de la pièce. Il croise les bras et toise le vampire. Ses mains sont serrées sur ses biceps. Si nous avions carte blanche, si on laissait aller nos pulsions, je ne sais pas qui de nous deux serait le plus sauvage.

— Je n’en sais rien ! me répond-il encore une fois.

— Ce n’est pas possible ! On a la preuve que tu as enlevé Alan, tu étais à l'entrepôt là où deux enfants ont été enfermés.

— Sauf que je ne suis qu’un livreur, avoue-t-il. On me passe commande, je choisis ma cible, je passe à l’action puis je fais ma livraison.

— Qui est ton commanditaire ? Un vampire ? Pourquoi des enfants ? Qu’est-ce que tu y gagnes ? je l’assène de questions.

J’ai du mal à croire qu’il ne soit qu’un transporteur. Pourquoi se donner autant de mal pour au final n’être qu’un passeur. Il pourrait garder les enfants pour lui pour sa propre consommation et pallier au manque depuis qu’il n’a plus de clan. Mais…

Je me tourne vers Silas, puis revient vers Ruben.

— Ils te donnent accès à un stock de sang de loup, je comprends. Tu étais à l’entrepôt hier dans l’après-midi, or le soleil est bien haut dans le ciel à ce moment de la journée. Tu n’aurais pas pu t’y rendre sans avoir du sang de loup. Tu les fournis en enfants contre du sang de loup garou ? je perds patience.

— Tu ne sais pas ce que ça fait que de perdre son clan, d’être banni. Tu ne sais pas la souffrance que c’est que d’être abandonné sur un toit, enchaîné, à la merci des rayons du soleil !

Il se lève d’un coup arrachant les menottes qu’on lui avait passées pour rassurer les agents du poste. Silas se fige, prêt à intervenir à la moindre menace de sa part.

— Je ne pouvais pas revivre ce calvaire ! Il en était hors de question ! continue-t-il. Alors oui, j’ai accepté ces courses. J’ai décidé de vivre !

— Assieds-toi ! je lui ordonne alors que ma vision se teinte légèrement de rouge.

S’il continue à s’énerver, c’est moi qui vais perdre mon sang-froid. Je ne gagnerai peut-être pas mon duel, mais j’aurai le temps de lui faire mal et je sais que Silas lui réglera son compte en suivant.

Après un moment d’hésitation et un coup d'œil vers le loup-garou, il récupère sa chaise tombée à la renverse et se réinstalle dessus.

— Qui te donne tes missions ? je tente de me calmer.

— Je ne sais pas.

— Il va me falloir des réponses plus précises si tu ne veux pas finir dans la gueule d’un loup !

— Je n’en sais rien, c’est vrai. Je ne l’ai jamais vu en vrai. Il m’envoie ses commandes par sms, je dépose les enfants au hangar et il les récupère avant que je n’en ramène d’autres. Je n’ai jamais eu de contact direct avec lui.

Je bous intérieurement. Pour une fois, je n’ai pas besoin de chaleur extérieure. Mon propre sang est déjà en ébullition.

— Mais je ne suis pas son seul livreur.

— Comment ça ?

— Nous sommes deux. Lui aussi reçoit des commandes, mais elles sont plus spécifiques.

Ruben n’était pas tout seul à l’entrepôt quand il s’en est pris à Derek.

— Dit moi en plus.

— Je n’ai appris son existence que très récemment. Je pensais être le seul, mais non. Je suis le seul à lui fournir des enfants humains, lui, il s’occupe des commandes plus… compliquées, appuie-t-il la fin de sa phrase en se tournant vers Silas.

Je sens la colère monter d’un cran chez mon lié. Ruben vient de nous révéler que ce deuxième livreur est celui qui a enlevé sa fille.

— Qui est-il ? Parle !

— Il se fait appeler Tony, mais je suis à peu près sûr que ce n’est pas son vrai nom. Ce n’est qu’un humain, mais je peux vous assurer que c’est un vrai fou furieux. Encore plus que moi. Il aime jouer avec ses proies. Il a interdiction de leur faire une seule égratignure pour la livraison, mais il s’amuse à les faire souffrir psychologiquement. C’est un vrai malade.

— Où est-ce qu’on peut le trouver ? Où est ma fille ?

Silas empoigne Ruben par le col et le soulève de sa chaise. Ses yeux dorés luisent d’une flamme prête à tout consumer.

— Je ne sais pas ! Promis ! tente de se débattre le vampire. Je vous l’ai dit, c’est l’une des premières fois que je le voyais. Mais j’ai reçu une nouvelle commande avec un nouveau lieu de livraison. Il y sera peut-être également.

On échange un regard avec Silas. Il repose Ruben par terre, le faisant asseoir sur sa chaise, mais reste collé à lui pour maintenir la pression.

— Explique-nous.

— J’ai reçu un message ce matin. Il faut que je ramène un nouvel enfant ce soir.

— Où ça ? je le presse.

— Je sais plus, au nord de la ville. J’ai l’adresse exacte sur mon téléphone.

On frappe à la porte et un agent passe sa tête par l’interstice.

— Lya, l’unité spéciale est arrivée. Ils pourront embarquer ton homme dès que tu en as fini avec lui.

Je le remercie et leur dis de se tenir prêts. On va en avoir fini avec lui et il va pouvoir être pris en charge. Après que notre existence à tous ait été révélée. Il a fallu mettre en place de nouveaux dispositifs afin d’assurer le transport et le maintien des surnaturels auteurs d’actes criminels.

Une brigade spéciale a donc été mise en place pour s’occuper de ces cas spéciaux. Elle est entièrement constituée de vampires et de loups-garous qui sont les plus à même de gérer ceux de leurs espèces. Il leur est confié le transport et la mise en cellule de leur congénère. Même des prisons ont été spécialement confectionnées et montées en des temps record pour accueillir comme il se doit ces nouveaux résidents.

Je récupère les dernières informations que peut nous donner Ruben avant de le laisser aux mains de l’unité spéciale.

J’emporte Silas avec moi jusqu’à mon bureau et lui propose la chaise de Derek. J’ai réussi à arrêter Ruben comme je le souhaitais pour venger mon coéquipier, mais je n’ai pas encore tenu l’ensemble de ma promesse. J’en suis même loin. Il reste ce second livreur dans la nature et surtout, je n’ai toujours pas retrouvé les enfants.

Nous sommes passés d’un simple enlèvement à toute une organisation bien montée et ficelée étant à l’origine de la disparition d’une dizaine d’enfants dans toute la ville et je n’ose pas imaginer dans les villes alentour. Nous ne savons toujours pas qui les récupère après leur enlèvement ni ce qu’ils deviennent. Il reste encore pas mal de chemin à parcourir. J’essaie de rester optimiste en me disant qu’on avance. On met un pied devant l’autre. Ce sont des petits pas, mais au moins, ils existent.

Je déverrouille le téléphone de Ruben et on regarde avec Silas ses derniers messages. Il n’a qu’un seul contact enregistré sous le nom du “Bénéficiaire”. En ouvrant la discussion, celle-ci est très succincte. Il ne s’agit que d’adresse et de validation de livraison.

Le dernier message du Bénéficiaire donne un numéro de rue. En cherchant sur internet, il s’agit d’une maison abandonnée dans le nord de la ville juste à côté de l’ancienne usine à charbon qui n’a jamais été réaffectée.

— Comment veux-tu procéder ? me demande Silas.

— On va lui tendre un piège. On va se faire passer pour Ruben. On va valider la livraison et on va attendre qu’on vienne nous chercher.

— Ce n’est pas trop dangereux ? On ne sait rien de ce Tony. Même humain, il pourrait être bien plus dangereux que Ruben.

— Je sais, mais on n’a pas le choix. Nous devons tout tenter si on espère retrouver ta fille et tous les autres enfants.

Silas se laisse tomber sur la chaise de Derek et ferme les yeux. Il est épuisé. Je le sens au fond de mon ventre, je le lis également sur son visage. Malgré les nuits, ses traits sont toujours tirés.

— Tu crois qu’ils vont bien ? me demande-t-il sans rouvrir les yeux.

Je m’approche de lui et pose sa tête contre mon ventre. Mes doigts caressent ses cheveux en de lents mouvements.

— Il y a toujours une raison pour laquelle les criminels agissent de telle ou telle façon. S’ils ont enlevé Esmée, c’est qu’ils ont besoin d’elle. Quand nous la retrouverons, il faudra que tu sois fort pour elle. Elle aura besoin de toi. Elle aura besoin de son père.

— Je n’ai pas réussi à la protéger.

Il se crispe contre moi. Je ne sais pas exactement ce qu’il s’est passé, dans quelle situation ils étaient lorsqu’elle a été enlevée, mais Silas se tient pour responsable de ce qu’il s’est passé.

— Ce n’est pas de ta faute, je tente de le rassurer. Tu ne peux pas toujours être présent, toujours être à l'affût. Tu es un loup-garou Silas. Tu es à moitié loup, mais tu es aussi et surtout à moitié humain. Tu ne peux pas être parfait tout le temps.

— Sauf que maintenant, elle a été enlevée !

— Et on va la retrouver, je lui assure. Reste avec moi, reste concentré sur cette affaire. On a une nouvelle piste pour la retrouver. J’ai besoin que tu sois avec moi, à mes côtés. Ensemble, on va réussir à te la ramener.

Il ouvre les yeux et les tourne vers moi. Mes lèvres s’étirent doucement en un sourire qui se veut engageant.

— Merci, murmure-t-il.

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