Chapitre 15

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Son côté sauvage ne s’est toujours pas calmé. Il émane de lui une aura qui donnerait froid dans le dos au premier venu. Ses bras sont tendus, ses muscles contractés, ses poings serrés. Il ne se détendra pas tant qu’on n’aura pas retrouvé sa fille.

C’est pour ça que quatre voitures de police dont deux de la brigade d’intervention roulent droit vers l’hôtel qu’on nous a indiqué. Les gyrophares illuminent la nuit alors que les deux-tons réveillent tous les quartiers que nous traversons.

Nous y sommes presque. Il n’y a plus une seule minute à perdre, nous le savons tous.

À peine sommes-nous arrivés sur le parking de l’hôtel que la brigade d’intervention descend de leur véhicule blindé pour se mettre en position. Avec Silas, nous les suivons. Nous n’avons pas leur entraînement et Silas ne fait même pas partie de la police, mais notre présence est un atout pour eux.

Nos capacités ne peuvent qu’apporter du bonus, surtout que nous ne savons pas sur qui ou quoi nous allons tomber à l’intérieur.

Avec notre arrivée en fanfare, s’il y a du monde à l'intérieur, ils sont en train de se préparer à notre assaut.

— Equipe Alpha, vous prenez la sortie de secours. Equipe Beta avec moi, on passe par l’avant. Allons-y ! ordonne le sergent en charge de l’opération.

Il ne me donne pas d’ordre, il sait qu’à l’intérieur, je peux me débrouiller seule, enfin seule, avec Silas.

Les deux équipes se mettent en marche dans une synchronicité parfaite. Ils se séparent en deux pour bloquer les deux issues.

Nous suivons l’escadron B. Je les laisse entrer et assurer la sécurité du hall d’accueil avant de faire confiance à mon instinct et suivre ce qu’il me souffle à l’oreille.

Le hall est complètement désert. Tout est toujours en bon état et la poussière n’existe pas dans ce lieu. L’hôtel n’est pas abandonné. Il y a bien du monde qui se cache à l’intérieur de ces murs.

La brigade se divise sur le rez-de-chaussée tandis que je m’approche des escaliers, Silas sur mes talons.

— Vu les plans, les enfants doivent être au quatrième et dernier étage, je fais part de mes intuitions. On doit se rendre là-bas en priorité.

— Si tu as raison, c’est là-bas qu’on retrouvera le plus d’ennemis.

— Je sais.

— Alors allons-y.

On emprunte les escaliers pour pouvoir monter les étages. L’ascenseur nous aurait mis dans une mauvaise posture. On aura plus de marche de manœuvre en passant par là.

Nous montons quatre à quatre les escaliers. Aucun bruit, personne à l’horizon jusqu’à ce que nous atteignions le troisième étage.

Quatre hommes, enfin plutôt quatre vampires nous barrent la route. J’ai à peine le temps de les apercevoir qu’ils se jettent déjà sur nous. L’un d’entre eux se laisse tomber de l’étage du dessus juste au-dessus de moi. Mes réflexes me permettent de l’éviter in extremis.

Silas se recule pendant que je bloque leur avancée. J’entends des os craquer derrière moi. Silas est en train de se transformer.

J’attrape un des vampires qui a voulu passer derrière moi et le balance sur un de ses camarades quelques marches plus haut. Celui qui m’a sauté dessus tente d’en profiter pour m’attraper, mais je réagis avant et le balance par-dessus la balustrade. Il s’écrase trois étages plus bas.

Je fais face aux trois autres vampires qui se sont relevés lorsqu’une masse de poils immense passe à côté de moi et leur fonce dessus. Je m’élance à sa suite.

Silas attrape un des hommes dans sa gueule et lui arrache le bras. Le vampire hurle de douleur alors que le sang s’échappe de son corps. Silas ne laisse pas le temps au deuxième de réagir, il referme ses crocs sur son flanc juste après lui avoir entaillé le torse.

Je rattrape le troisième qui tente de s’échapper avant qu’il n’atteigne la porte du couloir. Je lui attrape la tête et lui tord le cou d’un coup sec. Il s’écrase à mes pieds, mort. Nos quatre assaillants ne sont plus que des corps inertes.

— Ce sont des nouveaux nés, j’explique à Silas. Leurs yeux n’étaient pas encore totalement rouges. Ils viennent tout juste d’être transformés.

Les pièces commencent à s’imbriquer dans mon esprit. Un nouveau clan est en train de se former. Un clan uniquement constitué de nouveaux nés. Pour assurer leur transformation, il fallait du sang frais et rien de mieux pour ça que d’avoir des enfants à disposition.

— On avance ! je m’écris.

Je monte les dernières marches qui me séparent du quatrième étage. Mon intuition est sûrement la bonne. Les enfants sont retenus ici vu que nous avons eu le droit au comité d’accueil dans les escaliers.

Silas reste sous sa forme de loup. Il a plus de chance de faire face aux vampires ainsi. Je défonce la porte du couloir menant au dernier étage et tombe nez à nez avec une dizaine d’autres vampires.

Eux aussi leurs yeux ne sont pas totalement rouges. Ils oscillent entre leur couleur originelle et celle des vampires. Ils viennent également d’être transformés.

Je lance un coup d'œil à Silas qui hoche du museau. Il se met à grogner faisant reculer certains de nos assaillants.

Je laisse mon côté vampirique prendre le dessus. Ma vision se teinte de rouge. Tous les corps face à moi deviennent des cibles potentielles. Même vampire, le sang coule dans leur veine et mes yeux ne captent plus que ça. Je vois leur cœur battre dans leur poitrine, leurs veines trembloter dans leur cou ou sur leurs bras. Je vois des perles de sueurs couler sur leur front.

Ils ne s’attendaient pas à avoir de la visite et encore moins de quelqu’un comme eux, d’un autre vampire et d’un loup-garou par-dessus le tout. On a dû les mettre en garde sur la férocité des lycanthropes. Ils savent que face à un loup adulte, ils ont très peu de chances de s’en sortir.

Je m’élance dans leur direction. Silas fait de même de l’autre côté.

Les mouvements de ces nouveaux vampires sont complètement anarchiques, désordonnés. Ils ne savent pas encore utiliser leurs nouvelles capacités. Ils ne maîtrisent ni leur force, ni leur rapidité.

Silas fait un carnage de son côté tandis que je m’occupe un à un de ceux qui sont face à moi. Je tords le bras d’un d’entre eux, plante mes crocs dans le cou d’un autre, fauche les jambes d’un troisième. Ils ne savent même pas comment réagir.

Ils viennent d'atterrir dans ce monde surnaturel sans y être préparé.

Nous sommes rejoints par la brigade d’intervention qui nous vient en aide pour neutraliser les derniers vampires de l’étage. Même eux, humains, n’ont pas trop de mal à se défendre et à les arrêter.

— Nous avons maîtrisé les vampires présents aux autres étages, m’informe le sergent. Aucune trace des enfants, s’ils sont bien ici alors ils doivent se trouver à cet étage.

Alors qu’une partie de leur équipe veille sur les vampires encore en vie, nous nous séparons dans les différentes chambres pour retrouver les enfants.

Chaque suite dans laquelle je rentre est une nouvelle déception. Les enfants sont nulle part. Ils sont introuvables.

Silas sent leur odeur, mais elle est partout. Il n’y a aucune différence d’une pièce à l’autre. Les enfants ont bien été ici, mais impossible de mettre la main sur eux.

— Il n’y a personne d’autre ici, me confirme le sergent lorsque nous nous retrouvons au hall de l’étage.

— Ce n’est pas possible, je réponds. Ils sont forcément quelque part. Il ne pouvait y avoir autant de vampires ici qui montaient la garde s’il n’y avait rien à garder. Je…

J’interromps ma phrase. J’ai l’impression d’avoir entendu quelque chose.

— Greyvor ?

— Chut !

Je ferme les yeux et me concentre. Je suis persuadée d’avoir entendu un bruit. Je reste les yeux clos plusieurs secondes quand je finis par réentendre ce bruit. On dirait… des planches qui craquent ?

Je me mets en mouvement tentant de suivre ce bruit sourd. Il est presque imperceptible. Sans mon ouïe vampirique, jamais je n’aurai pu l’entendre. Je me déplace doucement, avance à tâtons alors que je garde toujours mes yeux fermés pour uniquement me concentrer sur le son.

Je pénètre dans une chambre et rouvre les yeux.

— Le bruit vient du plafond, j’affirme.

Nous nous mettons tous à chercher une manière d’accéder au dessus de la chambre.

— Ici ! nous appelle un des agents.

En déplaçant la tête de lit, un passage est ouvert juste derrière. Une échelle monte jusqu’à ce qui doit être le grenier de cet immeuble.

Je passe la première et monte les barreaux. Je passe ma tête par la trappe qui se trouve en haut et découvre une dizaine d’enfants recroquevillés dans un coin.

— Ils sont là ! je m’écrie.

Je monte dans le grenier. Il y fait une chaleur monstre. La chaleur s’est accumulée sous les toits avec les températures extérieures. Je m’approche des enfants, ils sont apeurés. Ils sont tous couverts de poussière, de saleté et nombre d’entre eux présentent des traces de morsures.

— Tout va bien, les enfants, je tente de les rassurer. Nous sommes de la police. Tout est fini. On va vous ramener chez vous.

Un premier se met à pleurer entraînant tous les autres. Une petite fille se jette sur moi et m’enserre les jambes. Je m’agenouille et la prends dans mes bras. Je lui caresse délicatement le dos.

Ils ont vécu des choses horribles ici. Il était temps que nous les retrouvions.

Les autres agents arrivent et prennent un à un en charge les enfants. Je reconnais le petit Alan. On va pouvoir le ramener à sa famille. Il est celui qui a déclenché toute cette affaire et on va pouvoir le rendre à ses parents.

Une pointe de satisfaction et de fierté prend d’assaut mon cœur. Nous avons réussi. Nous les avons retrouvés.

— Où est Esmée ? Où est ma fille ?

Je me retourne. Silas se tient là. Son regard parcourt tous les enfants, mais ne s’arrête sur aucun d’eux. Je sens le chagrin et la terreur monter en moi, mais ce ne sont pas mes émotions. Ce sont les siennes.

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