Chapitre 17

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Avec Derek qui réfléchit à l’immatriculation du véhicule, on a un espoir de pouvoir rebondir dans cette enquête.

Maintenant, il faut que j’aille en redonner à Silas. Depuis que je l’ai laissé partir de l’hôtel, je sens qu’il broie du noir. Je ne peux que comprendre ce qu’il ressent. C’est de mon devoir de lui apporter mon soutien et un peu de réconfort.

J’arrête ma voiture devant chez lui. C’est la troisième fois que je découvre sa maison. En lisière de forêt, elle se fond particulièrement bien dans le caractère naturel du lieu.

Principalement construite en bois, elle se marie avec la forêt. Surplombée d’un toit en ardoise noire, la nuit semble lui être tombée dessus. De grandes fenêtres entourées du même matériau lui donnent un charme nouveau.

Je traverse la terrasse en sapin à grand pas et frappe énergiquement à la porte. J’attends, mais personne ne vient m’ouvrir. Je frappe une seconde fois avec la même réponse.

Tant pis. J’entre, la porte n’est pas fermée à clef. Je suis médusée par la beauté du lieu. Des plantes grimpantes ont pris possession des murs du salon qui se trouve en contrebas d’une marche sur la droite. Un poêle habille le mur à côté de l’immense porte-fenêtre. Elle est ouverte. Sur le canapé, les affaires de Silas ont été balancées.

Il est parti courir, j’en déduis. Il ne me reste plus qu’à le rattraper.

Je sors à mon tour et prends le temps de respirer l’air chaud de cette fin de journée. Je tends l’oreille et attends que le vent vienne me souffler la direction à prendre.

Les bruits de la nature sont magnifiques ce soir. J’entends des chouettes hululer d’un côté, un sanglier flairer le sol à la recherche de nourriture, le vent fouetter les feuilles des arbres, deux écureuils faire la course sur les branches, un pivert frapper un tronc.

Une branche se casse sur ma droite, des oiseaux prennent leur envol en piaillant, les buissons sont mal-traités. Il est là.

Je m’élance dans cette direction me fiant à mes oreilles pour m’orienter. Je reste concentrée sur ce que j’entends pour ne pas perdre ma piste, mais garde les yeux fixés droit devant moi. Je ne dois pas me faire avoir. Cette forêt n’est pas mon ennemie.

J’avance, esquive les arbres, passe au-dessus des racines, en dessous des branches les plus basses, je joue dans ses bois en tentant de rattraper le loup-garou.

La distance qui nous sépare se réduit. J’entrevois une queue touffue entre les arbres. J’accélère encore un peu et je parviens à le rattraper. Il n’a pas besoin de tourner la tête vers moi, il sait que je suis là. Il a dû me flairer dès que j’ai mis les pieds chez lui.

Il jappe lorsque j’arrive à sa hauteur, mais continue sa course. Je reste avec lui, le poursuivant au milieu des bois.

À courir ainsi, il évacue toutes les émotions qu’il ressent. Il prend le temps de les classer, de les affronter, de les ressentir sans qu’elles ne l’envahissent. Il fait la part des choses et parvient à ne pas se faire submerger.

Je reste avec lui une bonne heure dans la forêt. Lorsque nous revenons plus tranquillement sur sa terrasse, la lune est bien haute dans le ciel. Elle nous observe.

Silas reprend forme humaine, je lui laisse à peine le temps d’enfiler son caleçon pour m’approcher de lui et le prendre dans mes bras. Il enserre mon corps. Son visage plonge au creux de mon cou, je sens sa respiration contre ma peau. Elle me hérisse les poils. Les muscles de son dos sont tendus, je tente de les détendre en passant mes mains dessus.

— Merci d’être venue, me murmure-t-il.

— Je serai toujours là.

Il renforce son étreinte autour de moi.

— On ne l’a pas trouvé aujourd’hui, mais rien n’est encore perdu.

Il s’écarte de moi, les sourcils froncés. Nous nous installons sur le canapé et je lui raconte ma discussion avec Derek.

— Si on retrouve ce fourgon, on a une chance de retrouver ta fille.

— Ce n’est qu’une chance infime. D’ici là, l’impensable lui sera peut-être déjà arrivé.

Je m’installe sur ses genoux, prends son visage en coupe entre mes mains et le force à me regarder.

— Je t’interdis de penser ça ! Nous allons la retrouver. D’accord ? On va trouver ta fille et tu vas la récupérer. C’est clair ?

— Lya…

— Non ! Je t’interdis de me contredire. On va y arriver. On va te la ramener.

Il ramène une mèche de mes cheveux derrière mon oreille et en profite pour caresser ma joue. Dieux que sa main est chaude. Sa peau est tellement douce. Je ne pensais pas que ça pouvait être autant le cas avant lui.

— Reste ici cette nuit, me demande-t-il d’une petite voix qui contraste avec son assurance habituelle. Je ne veux pas être seul dans cette maison.

Je lui souris en déposant un chaste baiser sur ses lèvres. J’attrape sa main et le conduis jusqu’à sa chambre à l’étage.

La lumière nocturne offre de doux reflets à ses draps. Nous nous installons sur le lit et nous collons l’un à l’autre.

Sa peau me rendra folle un jour. Je ne peux plus m’en passer. Mes doigts errent sur son bras, dessinant ses muscles et remontant jusqu’à ceux de son cou. Il soupire d’aise alors que je passe le long de sa clavicule.

Je dépose de petits baisers sur son torse et remonte jusqu’à son lobe d’oreille que je mordille du bout des dents. Je sens son excitation grandir contre moi alors que ses soupirs se font de plus en plus longs.

Ses mains passent sur moi, caressent mes formes et descendent jusqu’à mes fesses. Il s’empare d’une de mes jambes et la fait passer au-dessus de lui. C’est à son tour de me couvrir de baisers. Il descend jusqu’à la naissance de ma poitrine, mord le décolleté de mon haut avant de me l’enlever.

Une douce chaleur s’élève dans mon bas-ventre. Je finis de me déshabiller alors qu’il retire le seul morceau de tissu qui couvrait son corps. Nous voilà, peau contre peau. Mes mains passent dans son dos, remontent dans ses cheveux, se perdent contre lui. Je le sens venir en moi, s’insérer doucement.

J’ai cette sensation d’être entière lorsque nous nous unissons. Si nous le pouvions, j'aimerais rester ainsi pour le reste de ma vie. Nos corps étaient faits pour s’aimer et se rencontrer. J’en ai désormais la sincère conviction.

Nous finissons par nous étaler sur le lit, conquis. Je me love contre lui. Nous sommes tous les deux dégoulinants de sueur. Pendant un instant, nous avons oublié tout ce qui nous entourait, tous nos problèmes.

Cet instant, aussi bon soit-il, s’efface bien vite et nous retombons dans la dure réalité.

— Pourquoi enlever Esmée ? se demande Silas en passant un bras sous sa tête.

C’est vrai ça. Je ne me suis jamais posée et ne m'ai jamais demandé pourquoi enlever Esmée en particulier. Et si…

— Ils ont enlevé les enfants humains pour servir de stock de sang aux nouveaux vampires, je rappelle. Et s’ils s’agissaient de la même chose pour Esmée ? Si c’était sa condition de loup-garou qui était recherché ? S’ils cherchaient à créer leur propre stock de sang de loup pour pouvoir marcher au soleil ?

— Il y aurait donc des vendeurs ? Comment tu t’en procures toi ? Qui t’en donne ?

— On doit aller voir Kain !

— Ton chef de clan ?

— Il n’a jamais voulu m’expliquer d’où il sortait tout son stock de sang de loup-garou. Il doit être au courant, il doit forcément l’acheter quelque part. C’est peut-être même lui qui est à la tête de tout ce trafic.

Je grince des dents en disant cette phrase à voix haute. Je ne veux pas croire que l’homme à la tête du clan Héfary est celui qui enlève des enfants loups-garous, mais je ne peux écarter cette hypothèse.

Si c’est bien lui qui est à l’origine de tout ce complot alors je dois le confronter. Je dois en avoir le cœur net. Je ne peux fermer les yeux plus longtemps. Je dois comprendre. Kain me doit des explications depuis un long moment déjà. Il est temps qu’il me les donne enfin.

Très peu de vampires parviennent à marcher au soleil, pourtant tout notre clan parvient à s’alimenter en sang de loup. Pour nous, le soleil fait partie de nos vies et ce grâce à notre chef de clan. Mais s’il récupère tout son stock de manière illégale, en enlevant des enfants, en récoltant leur sang quand bon lui semble alors il faut que ça cesse.

Je préfère oublier la douce chaleur des rayons du soleil sur ma peau que de savoir que mon privilège coûte la liberté et la vie d’enfants loups-garous.

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