Chapitre 19

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— Qu’est-ce que ça te fait ? je demande à Silas.

Nous suivons la voiture de Kain devant nous. Il nous emmène en dehors de la ville jusqu’à la meute du marais. J’avoue ne pas trop savoir comment va se passer cette entrevue, ni ce qu’ils pourront vraiment nous apporter. Seulement, j’ai cette petite voix au fond de moi qui me murmure que nous devons nous y rendre. Nous devons les rencontrer.

— Je ne sais pas trop, me répond-il. Il y a bien longtemps que je n’ai pas été en contact avec d’autres loups-garous.

— Tu n’as jamais cherché à rejoindre une meute depuis que tu es ici ?

— Pas vraiment non. Les loups solitaires sont bien plus courants chez nous que chez vous, les vampires. Nous pouvons nous débrouiller seuls, sans aide extérieure. Nous sommes moins dépendants que vous par rapport au reste du monde.

— Oui, mais quand même vivre en communauté avec des personnes qui connaissent et traversent exactement les mêmes choses que toi peut être bénéfique.

— Sûrement. Comme Esmée, je suis né ainsi. J’ai toujours eu et connu cette dualité dans ma vie. Je sais ce que c’est d’être un loup-garou depuis toujours. Je connais les avantages et les inconvénients. Je sais jongler avec.

— Je ne dis pas le contraire, mais ils peuvent être un soutien. Surtout quand on est père célibataire. Ils peuvent…

— Tu crois que je ne m’occupe pas bien de ma fille ? me coupe-t-il la parole. Tu crois que c’est de ma faute si elle a été enlevée ?

— Je n’ai jamais dit ça, je me défends en le regardant étonnée.

— Pardon, je ne voulais pas m’énerver contre toi, mais le temps se fait long. On doit retrouver Esmée.

Je pose ma main sur la sienne et serre légèrement ses doigts.

Je ne peux que comprendre sa frustration et son impatience. Même si je perçois ses émotions à travers notre lien, je ne peux vraiment qu’imaginer la douleur que c’est que de ne pas savoir où est son enfant.

J’accélère un peu pour ne pas me faire distancer par Kain. On s’engage sur un chemin de terre qui nous mène au milieu des bois. Ma voiture n’est pas faite pour ce genre de chemin escarpé. On se retrouve ballottés de droite à gauche.

Après de longues minutes à être secouée, la route retrouve sa droiture et je peux enfin rouler normalement.

On passe sous une arche de bois et de branchages et juste derrière nous arrivons au milieu d’un véritable village. Des enfants courent au milieu des chalets de toute taille alors que les adultes s’affairent autour du point d’eau central.

Deux immenses loups au pelage cuivré approchent de nous lorsque nous mettons un pied en dehors de la voiture. D’abord les babines retroussées et la queue tendue, ils reprennent une posture plus amicale lorsqu’ils aperçoivent Kain.

— Ils restent prudents avec les étrangers, nous confie-t-il. Ils ne voient du monde que très rarement. Ils préfèrent vivre dans leur village.

Ça me rappelle quelqu’un. Je me tourne vers Silas dont les yeux dorés brillent d’une nouvelle lueur. Il contemple les chalets, les familles qui vivent ici, le cadre. Pour quelqu’un qui dit être bien dans sa solitude, j’ai l’impression qu’il est en train de reconsidérer son positionnement.

Les deux loups qui nous ont accueillis, si je puis dire ainsi, nous abandonnent rapidement. J’avance derrière Kain jusqu’au centre du village. Les petits nous regardent avec de grands yeux curieux. Je regarde autour de nous, personne ne possède les mêmes yeux que Silas et moi. Il n’y a aucun autre lié ici.

— Kain, je ne m’attendais pas à ta visite.

Un homme aux cheveux roux s’approche de nous et donne une accolade sincère à mon chef de clan. Les traits de son visage sont les mêmes à peu de chose près de ceux de l’homme sur la photo de Kain. Derrière lui, une femme le prend également dans ses bras en suivant. Elle aussi partage les mêmes traits. Ils ont tous le même air de famille.

— Lya, Silas, je vous présente Harry et Palma, le frère et la sœur de Gabe.

Je leur sers la main chacun leur tour. Silas n’ose pas s’approcher. Il reste en retrait derrière nous. Palma le fixe un moment. Je ne sais interpréter le regard qu’elle lui lance, mais je n’aime pas du tout.

— Je suis désolé de venir sans prévenir Harry, mais Lya fait partie de la police de la ville et elle aurait des questions à vous poser.

Le fameux Harry me regarde un instant en fronçant les sourcils.

— Allons chez moi, nous serons plus tranquilles pour discuter.

Nous les suivons jusqu’au fond du village où un chalet en rondin a été construit. À l’intérieur, la maison n’a rien à envier au confort de celle de Silas. On se retrouve dans un petit nid douillet où la nature se mélange parfaitement à une déco plus moderne et surtout plus confortable.

Nous nous installons autour de l’îlot central sur des tabourets alliant bois et métal.

— Dites-nous ce qui vous amène ici, prend les devant Harry.

— Comme vous l’a expliqué Kain, je fais partie de la police de la ville. En ce moment, j’enquête sur la disparition d’enfants.

Palma tressaute et jette un regard à son frère alors que je termine ma phrase.

— Nous en avons retrouvé un groupe. Des enfants humains qui servaient de stock de sang pour un clan de vampires en formation.

Au tour d’Harry de réagir. Son bras se contracte, je devine qu’il serre le poing sous la table.

— Sauf que des enfants loups-garous ont également disparu. La fille de Silas en fait partie. Je pense qu’ils ont été enlevés pour les mêmes raisons que les humains : pour servir de stock à de nouveaux vampires qui voudraient marcher au soleil.

— Je leur ai expliqué que vous nous fournissez votre sang pour le clan, commence Kain. Est-ce que vous avez été approché par une autre personne pour cette raison ? Quelqu’un est-il venu vous voir pour vous demander de les fournir ?

Palma et Harry échangent un regard. Une conversation silencieuse commence entre eux. Nous attendons patiemment que l’un d’eux veuille bien parler. Ce qui est sûr, c’est qu’ils sont au courant de quelque chose.

Ils hésitent. Ils hésitent longtemps. Je ne peux attendre plus longtemps. Nous avons besoin d’informations et s’ils en ont, ils doivent nous les donner.

— Dites-nous ce que vous savez. Des vies d’enfants sont en jeu. Nous devons les retrouver au plus vite.

Harry souffle par le nez et ses épaules s’affaissent.

— Nous avons bien été contactés. Un vampire est venu nous voir il y a environ un mois. Il était au courant qu’on fournissait le clan Héfary, il voulait qu’on en fasse de même avec le clan qu’il était en train de monter.

— Nous avons tout de suite refusé, ajoute Palma. Nous avons nos raisons de fournir Kain et le faisons de bon cœur, mais ce n’est pas pareil avec un clan inconnu.

— Pouvez-vous nous décrire ce vampire ?

— Il était grand, blanc et les cheveux complètement blanc également. Il portait des gants, mais j’ai pu voir une cicatrice remonter de sa main jusqu’à son coude.

Je prends des notes sur mon téléphone pour être certaine de ne rien oublier. La description n’est pas immense, mais elle a au moins l’atout d’exister. Le détail de sa cicatrice pourrait être crucial.

— Il est parti sans insister ?

Palma et Harry se regardent avant que celle-ci ne prenne la parole.

— Il a essayé de nous convaincre, mais nous n’avons pas cédé, explique-t-elle. Lorsqu’il est finalement parti, il nous a répété qu’on faisait une erreur de ne pas conclure un contrat avec lui et qu’on entendrait de nouveau parler de lui. Il nous a dit qu’on aurait mieux fait d’accepter et que maintenant, on allait en subir les conséquences.

— Quelles conséquences ? je demande inquiète de leur réponse.

— Trois enfants de la meute ont disparu.

Silas frappe du point sur la table. Ses émotions brûlent en lui. Je tente de passer par mon lien pour le calmer, mais je n’ai pas l’impression que ça ait un quelconque effet sur lui.

— Depuis quand ? demande Kain qui lui aussi sort de ses gonds. Pourquoi vous ne m’en avez pas parlé ? J’aurai lancé des vampires à leur recherche.

— Cela fait deux semaines pour le premier, nous apprend Palma.

— Tu n’as pas à gérer nos problèmes de loups, continue Harry.

— Bien sûr que si ! Vous êtes autant ma famille que mon clan. Vous auriez dû m’en informer. J’aurai pu agir. On aurait plus d’informations aujourd’hui. On les aurait peut-être déjà retrouvés.

— Mais je vais les retrouver, j’annonce. Je n’arrêterai pas de chercher tant que je ne vous aurez pas, à tous, ramené vos enfants. Je vais retrouver ce vampire et retrouver les enfants.

Mon estomac se serre. Ce n’est ni de la peur, ni du stress, seulement une indéniable motivation.

— Je vais tous les retrouver. Vous en avez ma parole.

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