Chapitre 21

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Je passe à l’hôtel Héfary. J’ai besoin de nouveaux vêtements. Il faut que je me prépare au mieux. En quarante-huit heures, je n’ai que deux soirs pour espérer croiser Ingels. Si par chance, il se trouve bien au Night Phantom, je dois mettre toutes les chances de mon côté pour pouvoir l’approcher.

Mon appart est toujours aussi dans le désordre que quand j’en suis partie. Personne ne s’occupe de le ranger en mon absence. C’est aussi bien comme ça. Je reconnais que ce n’est pas intuitif, mais mon bazar est un désordre ordonné. Je m’y retrouve.

Inutile d’ouvrir le placard pour espérer trouver une nouvelle tenue à me mettre. Je sais que j’ai balancé, celle que j’ai en tête quelque part par là, entre la chaise, le bureau et le banc à la fenêtre. Je fouille parmi les vêtements étendus et mis en boule, envoyant valser ceux dont je n’ai rien à faire.

Je finis par trouver mon bustier rouge aux roses brodées noires en dessous d’une robe longue de la même couleur. Je reconnais qu’il n’y a pas beaucoup de choix niveau couleur dans ma garde-robe. Je préfère rester dans des couleurs neutres, le noir et le rouge, parfois du gris ou du brun, mais même ça, c’est très rare.

Je continue ma recherche de vêtements et finis par retrouver ma jupe crayon, pile là où je l’avais laissée, en dessous du lavabo de la salle de bain. Je l’enfile par-dessus le collant noir que j’ai retrouvé suspendu à la porte des toilettes et profite d’être devant le miroir pour refaire mon maquillage.

Je remets du mascara, un peu de liner pour me donner un regard de biche et ajoute un gloss rouge pour faire ressortir mes lèvres. Je n’oublie surtout pas de remettre des lentilles de couleur. Pour approcher Ingels, il vaut mieux qu’il ne sache pas que je suis liée. Il comprendrait que je cherche les enfants loups-garous.

À ses yeux, je dois être une vampire sans plus aucune solution pour se ravitailler sans risque et surtout une vampire qui n’a plus aucun code de conduite. Pour lui, je dois devenir le monstre que certains humains voient en nous. Je suis prête à faire semblant.

En arrivant dans le hall de l’hôtel, on me siffle. Je tombe, bien sûr, sur Isaak. Ce type ne me lâchera donc jamais.

— T’as rien trouvé de mieux ?

— Pardon de souligner ta beauté.

— Il serait temps que tu te mettes à la page Isaak. On ne siffle plus les filles dans la rue à tout-va. Ça ne se fait pas.

— Sauf que tu n’es pas une fille comme les autres Lya. Et je peux savoir où tu sors habillée comme ça ?

— Tu arrives deux cents ans trop tard pour être mon père.

— Très drôle, râle-t-il.

— J’ai à faire si tu veux bien m’excuser.

Je le contourne pour pouvoir accéder à la sortie de l’établissement.

— Tu as de nouveaux les yeux rouges ? Le sang chaud du loup n’était pas assez bon ? Je comprends, ils ne sont pas aussi sauvages qu’ils le laissent croire. Tu trouveras toujours meilleur coup chez les vampires. Personne ne saura dompter tes formes comme je sais le faire.

Sans réfléchir, je me retourne et lui envoie ma main sur la joue. La claque résonne dans tout le hall. Jeremiah ouvre grand les yeux, mais ne fait aucune remarque.

Je ne prends même pas la peine de lui parler. Je tourne les talons et sors de l’hôtel. Il a réussi à me mettre en rogne le con. Au moins, il m’a donné un argument en plus pour convaincre Ingels que je n’appartiens plus à mon clan.

Je grimpe dans ma voiture et mets les gaz pour m’éloigner le plus rapidement possible de cet endroit. Si Kain ne m’avait pas convaincu de rester après ma séparation avec Isaak, il y a longtemps que je serai parti d’ici et aurais trouvé un nouveau clan. Il peut être un sacré abruti quand il s’y met.

J’arrive au Night Phantom toujours en rogne. Je sens qu’il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que ma vision tourne au rouge. Je sais qu’il faudrait que je me calme avant de m’aventurer à l’intérieur, mais je n’en ai pas le temps.

Je me gare à la même place que la dernière fois avec Silas. J’espère que tout se passe bien de son côté. Mon téléphone n’affiche aucune notification, aucun message de sa part. Pas de nouvelle, bonne nouvelle comme on dit.

La même ambiance règne à l’intérieur du club. Il n’est pas trop tard, mais déjà les clients affluent autour des scènes et les filles jouent de leur charme un peu partout en salle. Je ne prends pas la peine de faire le tour et me rends directement à la porte menant au sous-sol.

Le videur me toise de la tête au pied avant de se pousser pour me laisser passer. Il croit être discret, mais je l’ai bien vu me mater sans gêne. Il devrait savoir que les vampires ne sont pas au goût de tous les hommes. Je pourrais faire qu’une bouchée de lui, si je le souhaitais.

Je descends les escaliers et passe la seconde porte. À cet étage aussi les clients sont déjà nombreux. Il n’y a jamais d’heure pour les vampires. L’immortalité peut donner l’impression que chaque jour se ressemble. À partir de là, toutes les heures sont les mêmes.

Je fais un premier tour du salon, mais ne repère pas Ingels. Il n’est pas encore arrivé, je préfère me dire, plutôt qu’il n’est pas là. Il est tôt. Il a le temps pour se montrer. Je m’installe sur un canapé vers le centre de la pièce.

Je veux être visible quand Ingels arrivera. Si je me cache dans un angle et apparais seulement après son arrivée, il croira à un piège. Il faut qu’il ait confiance en moi dès les premiers échanges.

Je surveille les entrées des clients faisant semblant de profiter du spectacle des danseurs. Plusieurs hommes viennent à ma rencontre pour espérer m’offrir leur sang, et même quelques femmes, mais je décline à chaque fois la proposition.

À ce rythme, j’aurai dit non à tous les danseurs qu’Ingels ne serait pas arrivé. Autour de moi, les effusions commencent. De chaque côté où je tourne la tête, le sang coule et les vampires s’abreuvent.

Je fais fi de l’appel du sang et me concentre sur cette foutue porte qui ne s’ouvre jamais sur le vampire que j’espère voir. S’il ne vient pas ce soir, il ne me restera plus qu’à attendre demain, mais les étaux sont déjà trop proches pour avoir le luxe de passer une journée à ne rien faire.

La cage d’escalier s’ouvre encore deux fois quand enfin à la troisième, je le vois descendre. Il est là dans un complet noir et bleu. Ses mains sont gantées et ses cheveux aussi blanc que sur la photo. C’est bien lui, impossible de se tromper.

Nos regards se croisent et je détourne les yeux rapidement. Il ne vaut mieux pas que je le fixe trop longtemps. Du coin de l'œil, je le vois ôter sa veste et la tendre à un des serveurs de l’étage.

Je voudrais écouter ce qu’il dit avec les agents de l’établissement, mais la musique m’empêche de tendre l’oreille. C’est la première fois que j’ai ce problème. Elle doit être réglée d’une certaine manière, sur une certaine fréquence bloquant l’ouïe de ceux de mon espèce. Même chez les vampires, on aime l’anonymat dans des lieux comme celui-là.

Ingels s’installe non loin de moi. Je n’ai qu’à tourner un peu la tête pour croiser son regard. Les quelques fois où j’ose me tourner vers lui, je le surprends en train de me fixer. Au bout de la quatrième fois, je comprends que ce n’est pas un hasard et je décide de m’avancer vers lui.

Il est seul au milieu d’un cercle de bancs rembourrés. Je m’installe en face de lui. Il sourit en me regardant m’asseoir. Il prend bien le temps de me reluquer. Je ne m’offusque pas. Je comptais bien sur mes atouts pour amorcer la discussion avec lui.

— Que fait une belle femme dans un endroit comme celui-ci ? me demande-t-il.

Il se crispe alors qu’il m’offre un sourire. J’ai l’impression que son visage se tord en une grimace comme s’il ne savait pas comment étirer simplement ses lèvres.

— Comme beaucoup d’entre nous, elle cherche à se nourrir sans trop attirer l’attention.

Il se penche en avant en posant ses mains sur la table qui nous sépare. Je l’imite. On ne se retrouve qu’à quelques centimètres d’écart. Je sens son haleine venir empester mes narines. Il y a un mélange de vieux scotch écossais et de sang. Il s’est nourri juste avant de venir.

— Des difficultés à trouver du sang frais ? s’enquiert-il.

— Quelque chose comme ça oui.

— Ton clan ne sait pas s’approvisionner ?

— Il n’y a surtout plus de clan, je m’enfonce dans le dossier du banc comme désabusée.

Il hausse un sourcil tout en me regardant. J’ai attisé sa curiosité.

— Un vampire n’a pas de raison de quitter son clan, me fait-il remarquer.

— Sauf quand ça se passe mal. Mon ex n’est pas du genre à lâcher prise. Je voudrais bien m’occuper de lui, mais il est le petit chouchou du chef alors interdiction d’y toucher.

— Il était prêt à perdre un si beau bijou ?

— Il semblerait, je hausse les épaules.

— C’est une chance pour toi de me croiser ce soir alors. J’ai eu quelques désagréments ces derniers temps et je cherche des vampires pour remplir les rangs.

— Et il y aura de quoi se sustenter ? Il est vrai que la facilité avec laquelle je pouvais me nourrir au clan me plaisait bien.

— Bien sûr ! Je suis en train de former mon propre stock de sang humain, et pas que…

— Et pas que ?

J’affiche un petit sourire avide d’en savoir plus.

— Et si on allait autre part discuter ? me propose-t-il. J’aimerais vérifier quelque chose avant de rentrer chez moi.

— Je vous suis.

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