2
Il n’était certes pas grandement intelligent comme il le croyait d’abord, mais il n’était pas non plus demeuré ; Isaac avait été reçu aux concours de l’ENS, avait été reçu dernier, ce qui était aussi exceptionnel, entendez aussi peu probable, que d’arriver le premier : une preuve encore qu’il n’était pas fait comme les autres. Par une sorte de curiosité particulière, ou plutôt par pure jalousie, il se renseigna sur l’identité de la véritable exception. Une femme. Ce qui était déjà assez pour l’étonner. Mais il y avait plus. À lire son nom, c’était une étrangère ; on voyait déjà la beauté des regards et l’élégance des tenues, on devinait le mystère d’un être parfaitement singulier. Areve avait été reçue première ; Isaac alors partit en mission : la retrouver. Or, ce qui lui vint d’abord, s’entendait par l’insistance d’une question qu’il se posait sur le retour : était-elle vierge ?
Était-il possible qu’un esprit aussi pénétré ne le fût jamais dans la chair ?
...
Qui est-elle ? D’où vient-elle ? Que veut-elle ? Isaac se mettait en état, non de tout savoir, il était humble ; simplement de savoir tout ce qui, de près ou de loin, la concernait. Il n’aurait rien entrepris de la sorte quand il aurait su clairement pourquoi il agissait ; il agissait pour des raisons qui causeraient sa perte.
Isaac normalien ! Et qu'il fût arrivé dernier, il l’oublierait vite, cela même le rendrait spécial. Car ainsi il avait le mérite — que ce fût vrai ou non, peu importait, pourvu seulement que le monde le crût — d’avoir bataillé corps et âme pour parvenir là où l'autre, elle... ne dut sa victoire, indignement, qu’à l’habitude. Tout comme la Troisième Guerre punique, la victoire d’Areve devenait sans honneur, une gloire sans péril.
Si la valeur est liée à la douleur et même constitutive : elle me sera alors inférieure ! Isaac riait de l’absurdité humaine, sa logique et morale d’aujourd’hui. Et quand il apprit à sa mère que... son fils est un génie !... elle l’embrassa sur la bouche et plusieurs fois, comme le voulait la tradition familiale pour les bonnes nouvelles ou les grandes occasions ou parfois, souvent... sans aucune raison.

Annotations
Versions