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C’était la rentrée, et pour rien au monde il n’aurait voulu la manquer : c’était perdre une occasion de la rencontrer. Il espérait qu’elle eût choisi philosophie ; il ne pensait plus, chemin faisant, qu’à être bientôt satisfait. Et quand il aperçut au loin, sur un banc, à côté de l’une des portes principales, longs cheveux noirs penchés sur un livre, il espérait plus que jamais. Ce livre était bien trop gros pour qu’elle ne fût pas uniquement une étudiante passionnée, elle devait être encore une étudiante d’exception. C’était elle ! Mais pour en être tout à fait sûr, il fallait entendre son prénom.

Pourvu seulement qu’elle fût belle, se répétait-il, et comme elle le fut au moment où il se trouva devant elle, le prénom n’avait alors plus d’importance. À demi éblouie par la lumière du soleil qu’il cachait un peu, très intriguée, elle lui demanda, la main en visière, ce qu’il voulait ; il ne voulait rien que de la voir pour l’éternité. Il répondit qu’il connaissait bien ce livre, dont il ne savait pas le titre. Les Confessions de Rousseau, dit-elle d’un ton peu interrogateur, plutôt moqueur. Eh, c’est mon livre préféré ! Quelle chance extraordinaire qu’elle lût ce qu’il connaissait par cœur. Et tandis qu’elle s’apprêtait à le féliciter, quoiqu’un peu timidement (la méfiance la retenait de sourire plus franchement), il l’interrompit dans une langue exprès rousseauiste, là où la simplicité de quelques mots eût été sans doute plus facilement pardonnée. Feignant d’embrasser sa main, les lèvres qui effleurent, il se redressa d’un bond et ne lui dit rien que l’on pourrait traduire dans quelque parole que ce fût : son regard parlait à sa place. Il se passa quelques secondes avant qu’elle ne cédât. C’était un goujat, un satané goujat même. Mais la contrariété n’était qu’apparente, du moins ne résista-t-elle que peu de temps. Ne souriait plus, se levant non plus, elle parlait d’une autre voix cependant. Comment vous appelez-vous ? Je m’appelle Isaac. Et vous, très chère ? Areve, je m’appelle Areve ; ce qui veut dire soleil en français. C’était bien elle alors ! Areve ! Mon magnifique soleil ! Une parole dut lui échapper car on entendait presque murmurer, après un léger gloussement : En attendant, monsieur, vous me cachez le mien de soleil !

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