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Peut-être que son père n’était pas mort, Isaac après tout n’avait pas vu le corps ; peut-être était-il simplement parti et qu’avec la complicité de la famille on lui jouait un mauvais tour. Mais il ne lui fut plus possible d’y croire plus longtemps quand le pardessus préféré de papa fut découvert dans le grenier au milieu de la poussière. Ce fut alors qu’il se souvint qu’un jour de spectacle, un lapin mort était sorti d’un chapeau et qu’au reste le public applaudissait sans comprendre que l’apprenti magicien pleurait à cause d’un trou percé ni au bon endroit ni au bon moment ; personne ne crut bon d’avouer aux enfants, qui se bousculaient déjà, qu’en caressant le blanc cadavre ils risquaient d’avoir du sang sur les mains. Avouer était traumatiser. Isaac n’était pas sûr que toute la vérité lui fût révélée ; on lui dit que son père n’avait pas souffert, que la mort par asphyxie était une exagération des médecins, que la mort même n’était pas le mot : elle parlait d’une délivrance pour son mari, d’un véritable don du ciel... Sa chère maman parlait sincèrement de l’événement comme d’un miracle, plutôt que d’un heureux ou malheureux hasard.

En prêtant au cours des évènements une volonté qui n’eût pas servi d’abord la sienne, elle ne se doutait pas qu’elle ne cherchât la délivrance que pour elle-même.

Pouvant à présent vivre sans plus que la maladie d’Alzheimer ne contraignît sa liberté de femme, elle aurait alors de nombreux amants et chacun d’eux serait évidemment fou d’elle ! Au lieu de les gaspiller sur la tombe, les roses seraient utilisées dorénavant en pétales sur le lit parental, cependant qu’Isaac compterait encore que la maison familiale ne fût devenue bientôt un bordel et que la mémoire de son père complètement souillée.

Il suffisait de craquer une allumette pour voir les griffures aux murs et pour comprendre que cette chambre était bien le repaire d’un fou. Mais il fallait d’abord sentir les draps pour que le lit parût autre chose qu’un supplice ; une merveille. Qu’au souvenir le visage s’en fût allé si jamais ne fût partout le corps de son père ; son odeur.

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