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Elle ne se doutait pas qu’Isaac perdait la tête, n’entendait pas la voix dans la nuit qui jurait des choses et promettait de les voir bientôt réalisées. Elle aimait le jour caresser ses cils et embrasser ses paupières, les plus belles années étaient à venir ; ne voyait là qu’un beau garçon, un garçon adorable qui n’avait rien de mauvais comme Alcibiade à cheval qui ne donnait de ses viscères plus aucune idée. Combien de fruits déjà morts, gâtés, pourris gardent pourtant leur couleur, combien encore conservent un peu de saveur ? Peut-on vraiment être sûr que dans la pomme d’Eris ne se fût pas trouvé un ver ? Isaac savait que ce monstre détesté finirait avec lui et qu’Areve partirait avec un autre. Mais pour le moment ils faisaient l’amour sans penser à rien qui ne fût devant leurs yeux (l’image de ce visage serait la dernière quand, les mains en coupe, il se pencherait sur un seau rempli d’acide). La vie alors, qu’elle fut précieuse dans ce lit-là ! Mais il parlerait encore aux murs. Et quand elle vit un matin que le miroir était brisé et que la main de ce garçon adorable tremblait un peu, elle commençait de comprendre que, peut-être, n’était-il pas précisément celui de ses rêves et qu’avec le temps, sans doute, en parlerait-on comme un amour vague d’une jeunesse qui jamais ne serait connue de ses enfants.

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